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	<title>Suzanne Canessa, auteur/autrice sur Journal Zebuline</title>
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	<title>Suzanne Canessa, auteur/autrice sur Journal Zebuline</title>
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		<title>Kader Attou à la Friche la Belle de Mai : Une « Smala » pour méditerraner</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Sep 2026 13:49:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après treize années à la tête du Centre chorégraphique national de La Rochelle, « une belle maison, un bon navire », Kader Attou doit se demander « où poser les valises ». Marseille arrive en 2022 « comme une sorte d’évidence ». Lyonnais, issu d’une famille algérienne, le chorégraphe se souvient de la ville traversée [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Après treize années à la tête du Centre chorégraphique national de La Rochelle, « <em>une belle maison, un bon navire</em> », <strong>Kader Attou</strong> doit se demander « <em>où poser les valises</em> ». Marseille arrive en 2022 « <em>comme une sorte d’évidence</em> ». Lyonnais, issu d’une famille algérienne, le chorégraphe se souvient de la ville traversée dans l’enfance pour rejoindre l’Algérie : « <em>Marseille, c’était notre point de départ en bateau.</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais poser ses valises n’empêche pas de continuer à bouger. Derrière le sens familier de la grande tribu, Attou retrouve l’histoire de l’Émir Abdelkader, originaire comme sa famille de la région de Mascara, et de sa célèbre capitale mouvante. Ce qui l’intéresse tient précisément dans ce mouvement : <em>Smala</em> sera « <em>un laboratoire mouvant, qui ne se figera pas</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Un ciel de constellations</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis près de quarante ans, <strong>Kader Attou</strong> voyage, crée et transmet. Jordanie, Israël, Palestine, Grèce, Tunisie, Algérie : les rencontres s’accumulent jusqu’au moment où il éprouve le besoin de « <em>déplacer la notion de rencontre à un autre endroit</em> ». « <em>Il fallait faire rencontrer les artistes eux-mêmes.</em> »</p>



<p class="wp-block-paragraph">Naît alors <em>Smala</em>, incubateur de talents nourri de laboratoires chorégraphiques au Maroc, en Tunisie, en Égypte, à Chypre, en Grèce puis en Algérie. Attou en donne une image : au commencement, un ciel vide ; chaque laboratoire vient peu à peu y dessiner une constellation. On y travaille techniques, répertoire, interprétation, mais surtout la circulation des gestes et des histoires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car « <em>nous ne sommes pas seulement une histoire, nous sommes une histoire multiple</em> ». Lui-même vient, raconte-t-il, d’apprendre l’existence d’une arrière-arrière-grand-mère turque – « <em>vous imaginez !</em> ». Et les corps gardent la trace de ces circulations : découvrant le kathak en Inde, il croit reconnaître du flamenco « <em>mais sans chaussures</em> ». Une intuition qui fait écho à l’histoire des populations romani, parties du Rajasthan avant de gagner l’Europe et l’Andalousie : les corps, eux aussi, portent la mémoire des déplacements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait dire : <em>méditerraner</em>. L’anthropologue italienne <strong>Ambra Zambernardi</strong> a fait de ce verbe un objet de recherche ; <strong>Barbara Cassin</strong> s’en est également emparée. Faire de la Méditerranée moins une identité qu’un mouvement, une circulation, une rencontre : <em>Smala</em> en propose une traduction chorégraphique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Faire se rencontrer les rencontres</mark></strong></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-large is-resized"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72.jpg?resize=683%2C1024&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-138184" style="aspect-ratio:0.6670015067805123;width:217px;height:auto" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=683%2C1024&amp;ssl=1 683w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=200%2C300&amp;ssl=1 200w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=768%2C1152&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=1024%2C1536&amp;ssl=1 1024w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=1365%2C2048&amp;ssl=1 1365w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=150%2C225&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=300%2C450&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=696%2C1044&amp;ssl=1 696w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=1068%2C1602&amp;ssl=1 1068w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=1920%2C2880&amp;ssl=1 1920w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?resize=280%2C420&amp;ssl=1 280w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/09/Smala-ChypreA%C2%A9Damien-Bourletsis72-scaled.jpg?w=1707&amp;ssl=1 1707w" sizes="(max-width: 683px) 100vw, 683px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Pour la première fois, les différentes constellations sont réunies physiquement à Marseille. Avec la chorégraphe <strong>Sophie Bulbuyan</strong>, <strong>Kader Attou</strong> reprend pendant une semaine les matériaux nés ailleurs pour provoquer de nouveaux points de rencontre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vendredi, conversations, vidéos et cartes blanches permettront de découvrir les artistes. Samedi, une performance née de cette semaine de travail ouvrira sur un bal méditerranéen : DJ, musiciens et danseurs entraîneront à leur tour le public. La communauté déborde alors du plateau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et l’étape marseillaise ne ferme rien. « <em>Les talents sont partout</em> », insiste Attou, alors même que vivre de la danse reste difficile dans certains des pays traversés et que ces projets sont de plus en plus complexes à financer. Reste donc à poursuivre les laboratoires, gagner de nouveaux territoires, puis faire naître de toutes ces constellations un véritable spectacle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Smala</em></strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">18 et 19 septembre<br></mark>Friche la Belle de Mai, Marseille</pre>
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		<title>À Aix, l’Italie en grand écran</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Sep 2026 13:21:45 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">Elle a déjà largement traversé le printemps aixois. Invitée d’honneur de la troisième <em>Biennale</em>, l’Italie s’est glissée dans les rues et les lieux patrimoniaux, dans les grands textes de non-fiction réunis par le festival <em>Effets Réels</em>, ou encore dans la photographie de mode de Marino Parisotto. Elle sera encore au cœur du deuxième volet de la manifestation ; avant même son ouverture officielle, le cinéma prend les devants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec <strong><em>Voyages en Italie</em></strong>, <a href="https://www.institut-image.org/">l’Institut de l’Image</a> en parcourt les contradictions et les métamorphoses à travers douze films et 45 projections, du néoréalisme des années 1950 au cinéma contemporain. Une histoire du cinéma, donc, mais aussi celle d’un pays : ses fractures sociales, son rapport à la modernité, ses combats politiques, ses enthousiasmes et ses désillusions. <em>Pâques sanglantes</em> de<strong> Giuseppe De Santis</strong>, projeté dès le 3 septembre, ouvre cette traversée. <strong>Fellini</strong> lui succède avec <em>La Dolce Vita</em>, Palme d’or 1960, les 3, 11 et 20 septembre ; <strong>Antonioni</strong> avec <em>L’Éclipse</em>, les 4, 10, 18 et 26, rencontre entre Alain Delon et Monica Vitti ; <strong>Vittorio De Sica</strong> avec <em>La Ciociara</em>, porté par <strong>Sophia Loren</strong> et <strong>Jean-Paul Belmondo</strong>, à partir du 5 septembre. <strong>Dino Risi, Marco Ferreri, Damiano Damiani et Ermanno Olmi</strong> complètent ce panorama où la comédie côtoie le cinéma politique et l’inquiétude existentielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Nous nous sommes tant aimés</em> d’<strong>Ettore Scola</strong> condense à lui seul une bonne part de cette histoire : celle d’une génération passée des espoirs de la Résistance aux compromis de l’Italie d’après-guerre. Le film sera projeté une seule fois, le 6 septembre à 18h15, lors d’une séance présentée par <strong>Sabine Putortì</strong>, qui introduira également la rétrospective.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">D’une génération à l’autre</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le week-end des 12 et 13 septembre fait dialoguer trois générations de cinéastes. Le critique <strong>Eugenio Renzi</strong>, qui a participé à l’élaboration du cycle, présentera <em>Des oiseaux petits et gros</em> de Pasolini le samedi 12 à 14h30, puis <em>Sogni d’oro</em> de <strong>Nanni Moretti</strong> à 17h30 ; les deux projections seront suivies d’une discussion. Le dimanche 13 à 14h, il accompagnera <em>Les Merveilles</em> d’<strong>Alice Rohrwacher</strong>, Grand Prix à Cannes en 2014. Trois manières très différentes de regarder un même pays, de l’Italie des bouleversements politiques et idéologiques à celle, contemporaine, des territoires ruraux et des mondes menacés de disparition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ces 45 projections s’ajoute, le 19 septembre à 18h30, une séance unique de <em>Journal intime</em> de <strong>Nanni Moretti</strong>, qui ouvrira la soirée de départ de <strong>Sabine Putortì</strong>, après vingt-trois ans à la tête de l’Institut de l’Image – elle va prendre la tête de l’antenne marseillaise de la Cinémathèque française. La projection sera suivie d’une initiation à la pizzica menée par <strong>Federica Melcore</strong>, d’une restauration italienne et d’un karaoké. Une dernière fête avant de tourner la page.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em><a href="https://www.institut-image.org/">Voyages en Italie</a></em></strong><br>Du 3 au 27 septembre<br>École supérieure d’art d’Aix-en-Provence</pre>
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		<title>Le poids des morts</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Aug 2026 12:22:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La mort accompagne depuis longtemps le désir de modernité de la danse. Elle faisait déjà du Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj une pièce inoubliable. Dans le pas de deux final, Roméo empoigne Juliette inerte et tente de lui insuffler les gestes qui avaient éclairé sa vie ; réveillée trop tard, elle les lui rend avec [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La mort accompagne depuis longtemps le désir de modernité de la danse. Elle faisait déjà du <em>Roméo et Juliette</em> d’<strong>Angelin Preljocaj</strong> une pièce inoubliable. Dans le pas de deux final, Roméo empoigne Juliette inerte et tente de lui insuffler les gestes qui avaient éclairé sa vie ; réveillée trop tard, elle les lui rend avec moins de force, mais le même désespoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Requiem(s)</em> revient à plusieurs reprises sur cette image. Duos, trios et ensembles se construisent entre corps vivants et corps abandonnés à leur poids. On relève, traîne, porte, enlace ; l’élan se brise contre l’inertie. Ce travail redoutable exige des dix-neuf interprètes une technique souveraine : donner sa vérité au relâchement sans perdre la précision du geste. Le chaos vient régulièrement rompre les architectures, jusque dans une bande sonore remarquablement pensée. La fureur mélancolique de <strong>System of a Down</strong> surprend davantage que Ligeti, Bach ou Messiaen, mais s’impose. On ne sait plus si la paix se trouve dans la frénésie des vivants ou dans la douce quiétude des morts.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Libérer la vie</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La voix de Gilles Deleuze prolonge le travail engagé par le chorégraphe dans <em>Deleuze/Hendrix</em> : corps et pensée, existence et idée ne sont jamais compartimentés. Évoquant Primo Levi et la « honte d’être un homme », le philosophe assigne à l’art la tâche de « libérer la vie que l’homme a emprisonnée ». La Shoah élargit ainsi le deuil intime aux morts de l’Histoire. Plus loin, des voix marquées par l’âge racontent la perte d’un nouveau-né et retrouvent dans le récit une tendresse et une vigueur intactes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette porosité gagne toute la pièce. Sur Messiaen, fait rare chez Preljocaj, la mélopée semble un instant dicter sa ligne à la danse, sans que celle-ci devienne mimétique. Les vidéos de <strong>Nicolas Clauss</strong>, qui évoquent Bill Viola, reprennent l’image sur laquelle s’achevait <em>Mythologies</em> : <em>Requiem(s)</em> commence là où l’œuvre précédente finissait. Les costumes gothiques d’<strong>Eleonora Peronetti</strong>, les Pietà, les figures renaissantes et les poupées de <em>Noces</em> composent moins un musée de la mort qu’un répertoire de formes sans cesse réanimées. Vie et mort travaillent ici plus que jamais le même corps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Requiem(s)</em> a été donné du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">28 au 30 juillet</mark> au Théâtre de l’Archevêché, à Aix-en-Provence.</pre>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>L’art du dialogue s’impose à la Roque d’Anthéron</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Aug 2026 13:00:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À La Roque, le piano se donne le plus souvent seul, à deux ou face à l’orchestre. Le duo avec violoncelle demeure plus rare, et la réunion de deux artistes amis de longue date n’ayant pourtant jamais partagé l’affiche ensemble, avait de quoi enthousiasmer. Et ce d’autant plus qu’aucune des partitions choisies ne relègue le [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">À La Roque, le piano se donne le plus souvent seul, à deux ou face à l’orchestre. Le duo avec violoncelle demeure plus rare, et la réunion de deux artistes amis de longue date n’ayant pourtant jamais partagé l’affiche ensemble, avait de quoi enthousiasmer. Et ce d’autant plus qu’aucune des partitions choisies ne relègue le clavier au rang d’accompagnateur, et que chacune se distingue par une approche singulière de la composition et de l’instrument.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fauré, inclassable parmi les inclassables, ouvre ce parcours. <strong>Victor Julien-Laferrière</strong> tire de son instrument un chant mélodique presque éthéré, mais aussi poignant et puissant lorsque l’écriture l’exige. Rien n’est forcé : la ligne respire, soutenue par un piano qui ne la double pas mais l’interroge, l’oriente et lui ouvre d’autres profondeurs. Sur le rare Stephen Paulello Opus 102 aux cordes parallèles, <strong>Lucas Debargue</strong>, pianiste singulier, lettré, également compositeur, distingue chaque voix sans assécher le lyrisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>Sonate</em> de César Franck confirme cet équilibre. Sa version pour violoncelle, autorisée par le compositeur, n’est pas une transcription de circonstance. Le violoncelle n’y occupe pas le centre soliste : il est porté, entouré, englobé par l’architecture mouvante et fascinante d’un piano monumental. La technique est omniprésente ; l’intelligence des plans et la musicalité à l’œuvre n’étonnent pas quand on sait également la carrière de chef d’orchestre de Victor Julien-Laferrière, à l’écoute de toutes les inflexions qui l’entourent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Le sens de l’écoute</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Après l’entracte, les <em>Trois Pièces</em> de Nadia Boulanger fascinent. Deux viennent de l’orgue et conservent quelque chose de son étagement des registres : le violoncelle devient tour à tour pédalier mouvant ou ligne suspendue, tandis que le piano fait chanter le grave et diffuse l’harmonie dans l’aigu. Qui porte alors le chant ? Les deux instruments, selon un échange constant des fonctions. Trop souvent considérée d’abord comme pédagogue, ou laissée dans l’ombre de sa sœur Lili, Nadia Boulanger apparaît ici de nouveau comme une musicienne passionnante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grieg ne rompt pas le fil français : on entend plutôt l’estime réciproque que lui et Ravel se vouaient. La netteté du rythme, la couleur, l’art de faire surgir un paysage de l’harmonie. Le duo révèle la modernité et les accents presque français de cette <em>Sonate</em> sans lui retirer son élan propre. Leur entente se mesure moins aux regards échangés qu’à la précision avec laquelle chacun sait écouter et laisser place à l’autre.</p>



<pre class="wp-block-verse">SUZANNE CANESSA<br>Le concert a été donné <strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">le 1<sup>er</sup> août</mark></strong> au Parc de Florans dans le cadre du festival international de piano de la Roque d’Anthéron</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/musiques/">Musiques </a>ici </p>



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		<title>Le poids des morts</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Aug 2026 11:59:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La mort accompagne depuis longtemps le désir de modernité de la danse. De La Mort du cygne de Fokine au Sacre du printemps, un corps s’éteint pour qu’une forme renaisse. Elle faisait déjà du Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj une pièce inoubliable. Dans le pas de deux final, Roméo empoigne Juliette inerte et tente de [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La mort accompagne depuis longtemps le désir de modernité de la danse. De <em>La Mort du cygne</em> de Fokine au <em>Sacre du printemps</em>, un corps s’éteint pour qu’une forme renaisse. Elle faisait déjà du <em>Roméo et Juliette</em> d’<strong>Angelin Preljocaj</strong> une pièce inoubliable. Dans le pas de deux final, Roméo empoigne Juliette inerte et tente de lui insuffler les gestes qui avaient éclairé sa vie ; réveillée trop tard, elle les lui rend avec moins de force, mais le même désespoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Requiem(s)</em> revient à plusieurs reprises sur cette image. Duos, trios et ensembles se construisent entre corps vivants et corps abandonnés à leur poids. On relève, traîne, porte, enlace ; l’élan se brise contre l’inertie. Ce travail redoutable exige des dix-neuf interprètes une technique souveraine : donner sa vérité au relâchement sans perdre la précision du geste. Le chaos vient régulièrement rompre les architectures, jusque dans une bande sonore remarquablement pensée. La fureur mélancolique de System of a Down surprend davantage que Ligeti, Bach ou Messiaen, mais s’impose. On ne sait plus si la paix se trouve dans la frénésie des vivants ou dans la doucequiétude des morts.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Libérer la vie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La voix de Gilles Deleuze prolonge le travail engagé dans <em>Deleuze/Hendrix</em> : corps et pensée, existence et idée ne sont jamais compartimentés. Évoquant Primo Levi et la « honte d’être un homme », le philosophe assigne à l’art la tâche de « libérer la vie que l’homme a emprisonnée ». La Shoah élargit ainsi le deuil intime aux morts de l’Histoire. Plus loin, des voix marquées par l’âge racontent la perte d’un nouveau-né et retrouvent dans le récit une tendresse et une vigueur intactes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette porosité gagne toute la pièce. Sur Messiaen, fait rare chez Preljocaj, la mélopée semble un instant dicter sa ligne à la danse, sans que celle-ci devienne mimétique. Les vidéos de <strong>Nicolas Clauss</strong>, qui évoquent Bill Viola, reprennent l’image sur laquelle s’achevait <em>Mythologies</em> : <em>Requiem(s)</em> commence là où l’œuvre précédente finissait. Les costumes gothiques d’<strong>Eleonora Peronetti</strong>, les Pietà, les figures renaissantes et les poupées de <em>Noces</em> composent moins un musée de la mort qu’un répertoire de formes sans cesse réanimées. Vie et mort travaillent ici plus que jamais le même corps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>SUZANNE CANESSA</strong></p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Requiem(s)</em> a été donné <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">du 28 au 30 juillet</mark> au Théâtre de l’Archevêché, à Aix-en-Provence.</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/">Scènes ici</a></p>



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		<title>Occitanie : Le souffle et l’abîme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 13:14:39 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>The Unanswered Question</em> de Charles Ives s’érige sur un tapis de cordes presque immobile. Depuis les gradins, une trompette solitaire lance sa question ; les bois, menés par les chromatismes de la flûte, lui opposent des réponses de plus en plus agitées. <strong>Roderick Cox</strong> pose d’emblée les antagonismes de timbres et d’espaces. Très belle préparation à l’écoute : la musique ne sera pas un discours univoque, mais la coexistence de mondes qui s’entendent sans parvenir à se rejoindre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jamie Barton</strong> entre alors dans les <em>Rückert-Lieder</em> de Mahler avec une voix ample, sombre, expressive. L’Orchestre national Montpellier Occitanie l’entoure sans jamais l’étouffer. Les textures se renouvellent autour d’elle, parfois caressantes, parfois rugueuses. Dans <em>Um Mitternacht</em>, les cordes se taisent ; les cuivres et les bois creusent la nuit, rencontrent les graves de la mezzo-soprano et leur donnent une profondeur presque tellurique. Barton, que l’on avait entendue en Brangäne à Aix en 2021 et dont le timbre incarne à lui seul ce post-romantisme-là, connaît intimement cette manière de faire de la voix le lieu même du drame. Avec <em>Ich bin der Welt abhanden gekommen</em>, le retrait du monde devient une paix étrange, suspendue.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis vient la <em>Symphonie n°6</em> de Tchaïkovski, et avec elle l’un de ces concerts dont on sort changé. Roderick Cox obtient de l’orchestre une plénitude extraordinaire : chaque pupitre existe, chaque motif revient chargé de ce qui l’a précédé, et l’émotion n’abolit jamais la construction. Le troisième mouvement emporte tout dans sa marche éclatante. Il possède l’énergie, l’évidence et la puissance conclusive d’un finale. Le public applaudit ; nous aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais non. Tchaïkovski nous a laissé croire à la victoire pour mieux nous la reprendre. L’<em>Adagio lamentoso</em> commence et défait lentement ce qui semblait acquis. Le célèbre motif revient, obsédant, terrassant ; les cordes s’enfoncent, la vie se retire. Créée sous la direction du compositeur en octobre 1893, quelques jours avant sa mort, la <em>Pathétique</em> a souvent été lue comme un requiem prémonitoire. Elle est surtout, ici, une expérience physique de l’effondrement. On quitte l’auditorium la boule encore vive au ventre, reconnaissant d’avoir entendu un orchestre et un chef capables de conduire si loin.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Isolde, enfin</mark></strong></p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-recalc-dims="1" decoding="async" width="696" height="418" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?resize=696%2C418&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-137834" style="aspect-ratio:1.6667191188040913;width:1014px;height:auto" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?w=1000&amp;ssl=1 1000w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?resize=300%2C180&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?resize=768%2C461&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?resize=150%2C90&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?resize=696%2C418&amp;ssl=1 696w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2026/07/Jaap-van-Zweden-et-l-Orchestre-Philharmonique-de-Radio-France-%C2%A9-X-DR.jpeg?resize=700%2C420&amp;ssl=1 700w" sizes="(max-width: 696px) 100vw, 696px" /><figcaption class="wp-element-caption">Jaap van Zweden et l&rsquo;Orchestre Philharmonique de Radio France © X-DR</figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le lendemain, cinq heures de <em>Tristan et Isolde</em> passent comme un seul souffle. On goûte généralement peu les versions de concert, qui peuvent réduire l’opéra à une succession d’airs debout devant des pupitres. Celle-ci rappelle au contraire que toute la scène est déjà dans la partition de Wagner. Un solo, une inflexion, un appel hors champ : tout agit, tout vibre, tout signifie&nbsp;; tout désire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous la direction de <strong>Jaap van Zweden</strong>, le prélude déborde sans jamais perdre son assise. Tout est en place, mais rien n’est figé. Dès le premier acte, <strong>Anja Kampe</strong> impose une Isolde souveraine. Maîtrise absolue de l’instrument, timbre limpide, projection franche, intelligence de chaque inflexion : cet acte est le sien. Comment peut-on encore parler du « Tristan », comme si l’héroïne n’était que le terme du voyage masculin ? Sa colère, sa mémoire et son désir organisent toute la traversée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à elle, la Brangäne de <strong>Tanja Ariane Baumgartner</strong> offre un timbre sombre, presque celui d’un alto, d’une mélancolie profonde. Au deuxième acte, la complémentarité des deux voix devient dramaturgie : l’une veille dans la nuit, l’autre conserve une lumière juvénile. Le duo s’écoule sans rupture, porté par un Orchestre Philharmonique de Radio France rompu à l’exercice wagnérien. Les heures disparaissent. Les soli sont d’une beauté inouïe, notamment celui du violoncelle ; les appels hors scène du cor anglais ouvrent soudain un autre espace dans la salle, comme la trompette d’Ives la veille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième acte appartient davantage à Tristan. <strong>Stuart Skelton</strong> semble né pour le rôle. Sa puissance terrienne, presque pataude, se fend d’une fragilité juvénile ; on entend les sanglots dans le timbre sans que la ligne cède jamais. <strong>Iain Paterson</strong> lui offre un Kurwenal d’une fidélité ardente, <strong>Kwangchul Youn</strong> un roi Marke noble et profondément humain. Mais Isolde revient, et <strong>Anja Kampe</strong> reprend jusqu’au dernier souffle son inoubliable <em>Liebestod</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les voix portent l’expérience d’artistes mûrs, tandis que les personnages conservent quelque chose d’absolu, de presque adolescent. Ce contraste ne les éloigne pas du mythe : il fait entendre dans leurs tourments à la fois la démesure puérile du désir et une douleur vieille comme le monde. Au terme de ces deux soirées, une même évidence demeure : celle d’une musique incandescente devenue pure émotion, lorsque l’interprétation atteint ce degré d’engagement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse">Les deux concerts, donnés les<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"> 10 et 11 juillet</mark> au <a href="https://www.corum-montpellier.com/fr">Corum de Montpellier,</a> ont été diffusés sur France Musique : <em>Symphonie pathétique</em> en direct le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">10 juillet à 20h</mark> ; <em>Tristan et Isolde</em> le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">19 juillet à 20h</mark>. <br>Ils sont disponibles à la réécoute sur le site de <a href="https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/le-concert-du-soir/festival-radio-france-occitanie-montpellier-roderick-cox-dirige-la-symphonie-pathetique-de-tchaikovski-6224673">France Musique et l’application Radio France</a></pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/on-y-etait"><em>Musiques</em> ici </a></p>
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		<title>Ainsi va la Vague Classique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Jul 2026 12:04:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce soir-là, rien ne va. Déplacé à l’Espace André-Malraux en raison de la chaleur et des impératifs de sécurité, après avoir déjà changé de date quelques mois plus tôt, le concert commence avec un léger retard. Patricia Petibon paraît trop tôt : « Je me suis trompée d’entrée. » Dès L’Arrivée de la reine de [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Ce soir-là, rien ne va. Déplacé à l’Espace André-Malraux en raison de la chaleur et des impératifs de sécurité, après avoir déjà changé de date quelques mois plus tôt, le concert commence avec un léger retard. <strong>Patricia Petibon</strong> paraît trop tôt : « <em>Je me suis trompée d’entrée. </em>» Dès <em>L’Arrivée de la reine de Saba</em>, une corde de violon cède. <strong>Jean-Christophe Spinosi</strong> meuble, raconte une anecdote, fait rire sans peine une salle complète et manifestement ravie d’être là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’amplification légère ne dénature guère les instruments, mais complique la tâche des voix. Très peu augmentée, Patricia Petibon souffre parfois de la trop grande présence des graves, tandis que les micros saisissent jusqu’au moindre soupir de Jean-Christophe Spinosi. Heureusement, sa ligne de violon ne tremble jamais. L’<strong>Ensemble Matheus</strong> part à l’assaut de Haendel : le continuo fuse, les attaques claquent, la musique avance avec une énergie à toute épreuve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Remanié pour s’accorder à l’acoustique, le programme devient un voyage plus libre encore que la succession d’airs annoncée. La <em>Music for the Funeral of Queen Mary</em> de Purcell répond à la <em>Médée</em> de Charpentier ; le <em>Cum dederit</em> de Vivaldi, transcrit pour violon et continuo, glisse vers la <em>Sarabande</em> de Haendel, avant le <em>Concerto rustico</em> et les folies de <em>Platée</em>. Les pages espagnoles de José de Nebra et de Haendel, puis les airs de tradition orale, déplacent encore les frontières. Tonalités parentes, traits semblables, mêmes élans de danse ou de plainte : ici, la musique classique n’est ni corsetée ni morte. Elle circule, vibre et se partage.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Vers l’horizon</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette liberté tient beaucoup à l’amitié ancienne et à la complicité réelle entre la soprano et le violoniste. Elle joue, ose, passe de la tragédie au sourire ; il relance, accompagne, provoque. Même les accidents deviennent matière de concert.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la fête ne dissipe pas tout. Depuis mars, la commune est dirigée par le RN, vainqueur par vingt et une voix d’avance. Le nouveau maire a promis de conserver l’édition 2026, tout en annonçant qu’en 2027 le festival « prendra une nouvelle forme » [<em><a href="https://journalzebuline.fr/le-rn-naime-pas-la-vague/">Lire ici</a></em>]. Une formule assez vague pour nourrir les craintes exprimées par Jean-Christophe Spinosi et les musiciens en fin de soirée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Patricia Petibon<strong> </strong>prend alors le micro pour évoquer sa famille de La Seyne-sur-Mer, les ouvriers des chantiers navals, artistes et musiciens en puissance qui auraient peut-être pu le devenir pleinement si les circonstances le leur avaient permis. Elle se dit chanceuse. L’émotion la gagne. Soutenir un festival, rappelle-t-elle en creux, c’est aussi empêcher que des vocations demeurent des vies inaccomplies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En bis, <em>Danny Boy</em> suspend la salle. Le navire tangue, mais la musique tient bon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse">Le concert a été donné le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">19 juillet</mark> à l’Espace André-Malraux de Six-Fours-les-Plages dans le cadre du<em><a href="https://www.sixfoursvagueclassique.fr"> festival La Vague Classique</a></em></pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr"><em>Musiques </em>ici</a></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Oiseau : Ce que la neige recouvre</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jul 2026 14:39:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux femmes en blanc, deux pupitres et le mur presque nu du Palais des papes. Oiseau réunit deux mythes du cinéma et du théâtre : Isabelle Huppert, familière de la Cour, et Hyeyoung Lee, immense figure de la scène et de l’écran coréens. La première avance avec cette netteté inquiète qui lui appartient ; la [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Deux femmes en blanc, deux pupitres et le mur presque nu du Palais des papes. <em>Oiseau</em> réunit deux mythes du cinéma et du théâtre : <strong>Isabelle Huppert</strong>, familière de la Cour, et <strong>Hyeyoung Lee</strong>, immense figure de la scène et de l’écran coréens. La première avance avec cette netteté inquiète qui lui appartient ; la seconde lui répond dans une langue dont la musicalité fait déjà surgir un autre paysage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Adapté du début d’<em>Impossibles adieux</em>, le texte suit Gyeongha, envoyée par son amie Inseon sur l’île de Jeju pour sauver un oiseau laissé seul. Mais le voyage, pris dans une tempête, remonte peu à peu vers un autre hiver : celui du massacre de 1948 et de ses dizaines de milliers de victimes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La neige est partout chez <strong>Han Kang</strong>. Elle recouvre les chemins, les arbres, les tombes absentes ; elle efface les contours tout en révélant ce qui demeure dessous. Les silhouettes noires qui émergent du paysage deviennent celles des morts que l’Histoire a voulu ensevelir, et dont la douleur traverse encore les générations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette écriture narrative, poétique, faite de rêves, de déplacements et de strates temporelles, n’est pas la plus simple à porter à la scène. <strong>Julie Deliquet</strong> choisit justement de ne pas en forcer la théâtralité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Contre l’oubli</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La mise en scène assume la forme d’une lecture, jusque dans ce qu’elle peut avoir de frontal et de presque rétif au spectacle. Le parti pris ne fonctionne pas toujours &#8211; comme si le texte résistait encore à devenir action. Mais cette retenue trouve aussi sa nécessité : rien n’est reconstitué, rien n’est illustré avec insistance. Quelques lumières dans la pierre, un sol progressivement gagné par le blanc, la neige qui tombe enfin suffisent à faire apparaître le paysage mental du récit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’émotion passe surtout par les voix. Le passage du français au coréen rend particulièrement justice à la langue invitée du Festival : il permet à l’événement enfoui de revenir dans les mots mêmes de celles et ceux qui l’ont vécu. Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, remarquables de précision et de pudeur, rendent sensible cette remontée vers l’origine de la blessure. Leur naturel apparent ne masque jamais leur maîtrise du plateau : un recul devant le micro, un silence prolongé, un regard porté jusqu’au fond de la Cour suffisent à faire basculer le récit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque <strong>Han Kang</strong> les rejoint pour saluer un public visiblement ému, elle ne prononce aucun mot. Après cette traversée de ce que la neige recouvre sans parvenir à l’effacer, sa présence prolonge simplement celle du texte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Oiseau</em>, d’après <em>Impossibles adieux</em> a été joué les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">15 et 16 juillet</mark> à la <a href="https://festival-avignon.com/fr/edition-2026/programmation/oiseau-355347">Cour d’honneur du Palais des papes</a></pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/"><em>Scènes</em> ici</a></p>
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		<title>How Romantic : Le couple en option</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 11:54:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>How Romantic se présente comme une relecture d’On achève bien les chevaux, le film de Sydney Pollack inspiré des marathons de danse organisés aux États-Unis pendant la Grande Dépression. Pourtant, on peinera à reconnaître au fil du récit les danses de couple, le bal ou même le lindy hop, revenu en force depuis quelques années. [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><em>How Romantic</em> se présente comme une relecture d’<em>On achève bien les chevaux</em>, le film de Sydney Pollack inspiré des marathons de danse organisés aux États-Unis pendant la Grande Dépression. Pourtant, on peinera à reconnaître au fil du récit les danses de couple, le bal ou même le lindy hop, revenu en force depuis quelques années. La référence agit moins comme un répertoire de gestes que comme une question lancée au présent : que reste-t-il, un siècle plus tard, de la danse à deux ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La danse à plusieurs, semble répondre <strong>Katerina Andreou</strong>. Les quatorze interprètes de la compagnie norvégienne Carte Blanche entrent un à un, le même temps que les spectateurs, s’installent sur une longue estrade, puis se laissent gagner par une pulsation sourde. Un bras frémit, un pied bat le sol, les corps se soulèvent, se rejoignent et se contaminent. Les lèvres, teintées de rouge, s’animent au rythme des vibrations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le couple n’a pas disparu : il devient une option parmi d’autres. Plusieurs duos se dessinent, de tous les genres&nbsp;: beaux, sensuels, violents, parfois fragiles. Des bras enlacent soudain le vide ; des partenaires se soutiennent, s’abandonnent ou se perdent dans le groupe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’univers du bal a laissé place à la culture rave et à l’imaginaire des free parties, que la chorégraphe ré-esthétise sans les mettre sous cloche. Sous les rangées de projecteurs jaunes et roses, la fête devient un paysage composé, traversé d’éclats, de ruptures et de réminiscences.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Tenir la cadence</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette heure de danse, très intense, est travaillée dans ses moindres inflexions. Les motifs se répètent, s’amplifient, passent d’un corps à l’autre ; le mouvement collectif laisse émerger une solitude, puis la résorbe. Le goût de l’éclat et de l’impression fugitive n’est jamais entaché par l’évidente minutie de l’écriture. Les interprètes de <strong>Carte Blanche</strong>, superbes, font de l’épuisement une énergie et de la virtuosité une manière de tenir ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le souvenir des marathons demeure alors dans cette injonction à continuer, au-delà de la fatigue. Mais la compétition recule au profit d’une transe partagée. Même l’irruption du <em>Sacre du printemps</em>, avec ce qu’elle charrie de peur du collectif et de goût de l’abjuration, ne suffit pas à assombrir durablement ces élans.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le romantisme annoncé par le titre n’est ainsi ni un véritable horizon ni tout à fait une ironie. Il flotte comme une possibilité parmi d’autres dans un futur laissé ouvert. Les derniers sauts, frontalement adressés au public, ont la violence joyeuse de celles et ceux qui refusent de s’arrêter. On tient peut-être là le spectacle le plus optimiste de cette édition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>How Romantic</em>, de <strong>Katerina Andreou</strong>, avec la compagnie Carte Blanche, a été joué du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">13 au 16 juillet</mark> à <a href="https://www.google.com/search?client=safari&amp;rls=en&amp;q=La+FabricA+du+Festival+d%E2%80%99Avignon&amp;ie=UTF-8&amp;oe=UTF-8">La FabricA du Festival d’Avignon</a></pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles<em> </em><a href="https://journalzebuline.fr/category/on-y-etait"><em>Scène</em>s ici</a></p>
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		<title>Festival d&#8217;Aix : L’Histoire à contre-chant</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jul 2026 11:27:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelques spectateurs quittent la salle lorsqu’ils comprennent qu’El Cimarrón ne sera pas l’opéra académique et propret qu’ils attendaient. On ne saurait, pour notre part, qu’être ravis. Hans Werner Henze nomme d’ailleurs « récital pour quatre musiciens » cette œuvre créée en 1970 : un récit chanté, parlé, crié, soufflé, frappé, où la musique naît autant [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Quelques spectateurs quittent la salle lorsqu’ils comprennent qu’<em>El Cimarrón</em> ne sera pas l’opéra académique et propret qu’ils attendaient. On ne saurait, pour notre part, qu’être ravis. Hans Werner Henze nomme d’ailleurs « récital pour quatre musiciens » cette œuvre créée en 1970 : un récit chanté, parlé, crié, soufflé, frappé, où la musique naît autant des corps que des instruments.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Né esclave à Cuba, Esteban Montejo tente très jeune de s’enfuir, vit caché dans la forêt, connaît l’abolition, combat pendant la guerre d’indépendance, puis traverse jusqu’à plus de cent ans les bouleversements de l’île. À partir du témoignage recueilli par Miguel Barnet, Hans Magnus Enzensberger compose le texte de quinze tableaux. Henze, qui écrit l’œuvre à Cuba en 1969 et 1970, leur donne une partition libre, âpre, inventive : la flûte devient souffle de la forêt ou alarme du fugitif, les percussions font surgir la plantation et la bataille, la guitare laisse affleurer des rythmes cubains avant de les briser.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une vie à voix haute</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Appelé au dernier moment à remplacer Eric Greene, empêché, <strong>Iván García</strong> connaît intimement le rôle. Sa présence est sidérante. Baryton profond mais doté d’aigus presque martin, acteur, danseur, conteur, il fait passer Montejo de la peur à l’ironie, de la douleur à une étrange joie. Jamais réduit à sa souffrance, l’homme demeure puissant, astucieux, drôle, parfois cynique : vivant. <strong>Daniel Shao</strong> aux flûtes, <strong>Jean-Marc Zvellenreuther</strong> à la guitare et <strong>Minh-Tâm Nguyen</strong> aux percussions deviennent à ses côtés personnages et forces agissantes d’une partition admirablement défendue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mise en scène d’<strong>Elayce Ismail</strong> s’imbrique dans le dispositif instrumental. Formée au théâtre physique issu de Jacques Lecoq, passée récemment par l’Académie d’Aix, elle offre au public un plateau nu, mobile, traversé d’images puissantes. Peut-être est-elle, dans cette édition encore marquée par Pierre Audi, celle qui porte le plus nettement l’identité souhaitée par Ted Huffmann : un opéra pensé comme théâtre, politiquement vif, ouvert à d’autres formes et directement adressé au public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsque Montejo brandit enfin sa machette, elle n’est pas un symbole décoratif mais l’outil d’une liberté toujours à reprendre. <em>El Cimarrón</em> rappelle combien Henze, compositeur encore trop peu joué, mérite d’être entendu : sa modernité furieuse n’exclut ni le récit, ni l’émotion, ni le désir de toucher à l’universel et à l’Histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>El Cimarrón </em>a été joué les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">17, 18 et 20 juillet</mark> au Théâtre du Jeu de Paume, dans le cadre du <em><a href="https://festival-aix.com">Festival d’Aix-en-Provence</a></em></pre>



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