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	<title>Archives des 74è BERLINALE - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des 74è BERLINALE - Journal Zebuline</title>
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		<title>« La Cocina », le capitalisme sur le gril</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Apr 2025 07:25:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous sommes à New York dans la cuisine du Gril, resto populaire près de Time Square. On y entre par un long couloir, à la suite d’Estela (Anna Diaz), jeune immigrée, mexicaine comme le réalisateur. Elle connaît Pablo (Raúl Briones Carmona) un gars de son village, devenu cuisinier. Elle espère un job qu’elle obtient sur [&#8230;]</p>
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<p>Nous sommes à New York dans la cuisine du Gril, resto populaire près de Time Square. On y entre par un long couloir, à la suite d’Estela (<strong>Anna Diaz</strong>), jeune immigrée, mexicaine comme le réalisateur. Elle connaît Pablo (<strong><a href="https://www.instagram.com/rulobrionesc/?hl=fr">Raúl Briones Carmona</a></strong>) un gars de son village, devenu cuisinier. Elle espère un job qu’elle obtient sur un malentendu.</p>



<p>Dès lors, on plonge dans le ventre de l’établissement comme les homards ligotés dans leur aquarium. Découvrant comme elle – qui ne parle ni ne comprend l’anglais – la fébrilité du service organisé par catégorisation des tâches et spécialités culinaires. Le ballet incessant des serveuses. La hiérarchie managériale paternaliste et féroce. La diversité des langues des employés, clandestins pour la plupart, qu’on exploite et à qui on promet des papiers et l’Amérique. Une très belle scène les réunit à la pause dans la rue à l’arrière des cuisines, près des poubelles. Chacun révèle son rêve, parfois déjà brisé. Entre eux se nouent des amitiés, des complicités, fermentent des inimitiés, des jalousies. Des drames humains se jouent là, suggérés ou développés. Des fils narratifs comme l’accusation de vol du fantasque Pedro par le gérant. Ou la romance du cuisinier mexicain et de Julia (<strong><a href="https://www.instagram.com/rooney.mara/?locale=fr_CA&amp;hl=ja">Rooney Mara</a></strong>) une serveuse américaine. Flirt et jeux amoureux entre deux portes. Fantasme d’une vie possible dans un pays «&nbsp;<em>qui n’existe pas&nbsp;</em>».</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Sauvage</mark></p>



<p><em>La Cocina</em> d’<strong>Alonso Ruizpalacio </strong>nous propose de virtuoses plans séquences dans le rythme effréné du travail. L’intensité du film, écrit comme une partition, passe par les syncopes, les ruptures de rythme et de registres, les effets visuels. Et, la violence contenue explose parfois en apothéose. Car le Gril est un ring à l’image de la société. Film en noir et blanc (mention spéciale au directeur de la photographie<strong> <a href="https://www.instagram.com/juanpabloramirez/?hl=fr">Juan Pablo Ramirez</a></strong>), <em>La Cocina </em>met en scène le capitalisme sauvage, se rapprochant de films américains comme <em>On achève bien les chevaux</em>. Sa chorégraphie du chaos quand l’ordre du restaurant bascule brusquement dans la folie, rejoint celle des grands burlesques du Muet.</p>



<p>On pense aussi à Ruben Östlund pour la fable politique se libérant du réalisme par l’excès, la stylisation, la métaphore. Inspiré de la pièce du britannique <strong>Arnold Wesker</strong>, <em>La Cocina</em> est un film sur l’Amérique et sur tant d’autres endroits où «<em>&nbsp;Un peu d’humanité ne &nbsp;ferait pas de mal&nbsp;»</em> comme le dit une employée du Gril à son patron.</p>



<p>ÉLISE PADOVANI<br></p>



<p><em>La Cocina</em>, d’<strong>Alonso Ruizpalacio</strong></p>



<p>The Grill, en salles le 2 avril</p>
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		<title>Dying, la bonne partition de Matthias Glasner</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Sep 2024 09:02:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La perte d’autonomie, l’alcoolisme, la dépression, le suicide, un Parkinson et un cancer, concentrés dans un film de 183 minutes &#8211; le plus long de la compétition de cette 74e Berlinale, auraient pu constituer une épreuve pénible et définitivement déprimante. Mais contre toute attente Sterben (Dying) du réalisateur allemand Matthias Glasner est un film émouvant [&#8230;]</p>
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<p></p>



<p>La perte d’autonomie, l’alcoolisme, la dépression, le suicide, un Parkinson et un cancer, concentrés dans un film de 183 minutes &#8211; le plus long de la compétition de cette 74e Berlinale, auraient pu constituer une épreuve pénible et définitivement déprimante. Mais contre toute attente <em>Sterben</em> (<em>Dying</em>) du réalisateur allemand<strong> Matthias Glasner</strong> est un film émouvant sans pathos, tragique sans grandiloquence, et … drôle. Oui ! Drôle et vivifiant.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Trois enterrements, trois naissances</mark></p>



<p>Les trois enterrements auxquels on assiste sont contrebalancés par deux naissances, auxquelles on peut ajouter celle d’une œuvre musicale magnifique, bouleversante, qui porte le même titre que le film. Conçue dans la douleur, elle clôt le tableau comme un triomphe.</p>



<p>Matthias Glasner construit un récit choral en trois chapitres se superposant dans le temps et croise les trajectoires de trois membres de la famille Lunies. La mère Lissy Lunies (<strong>Corinna Harfouch</strong>) ne supporte plus Gerd (<strong>Hans-Uwe Bauer</strong>) son mari, hagard et dément. Le fils Tom Lunies, interprété par l’admirable <strong>Lars</strong> <strong>Eidinger</strong>, est chef d’orchestre. Divorcé de Liv (<strong>Anna Bederke</strong>) dont il reste proche, il endosse le rôle paternel auprès du bébé qu’elle vient d’avoir avec son nouveau compagnon. Tom prépare la création de <em>Dying</em> composé par son ami, Bernard (<strong>Robert Gwisdek</strong>) dont il gère au mieux les exigences, les angoisses et les violences. Enfin la fille, Ellen Lunies (<strong>Lilith Stangenberg</strong>) assistante dentaire à la dérive, dépendante à l’alcool, s’engage dans une relation adultère avec Sebastian (<strong>Ronald Zehrfeld</strong>), son patron.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">À la mort, à la vie&nbsp;!</mark></p>



<p>Si à la faveur de certaines confessions, des explications éclaireront le dysfonctionnement de cette famille, elles ne seront jamais réductrices. N’arrêteront pas la dynamique narrative et, comme tout le reste, seront dédramatisées par le comique inhérent au tragique, que le réalisateur excelle à extraire.</p>



<p>Ainsi la terrible scène d’ouverture &#8211; qui fait penser à <em>Amour</em> d’Haneke, et montre sans filtre la déchéance du corps et de l’esprit du vieux couple, sera suivie d’une vraie scène d’auto-dérision. Ainsi la romance entre le dentiste et son assistante se teintera de burlesque autour de la bouche grand ouverte d’un patient. Le grand-guignolesque s’invitera à la première d’un concert et les affres sentimentales du trouple seront désamorcées par le concours cocasse des deux pères pour faire manger bébé. Les aveux terribles de la mère à son fils, le suicide d’un ami, les blessures anciennes et nouvelles n’empêcheront pas Tom, de garder son équilibre et de jouer sa partition. Le réalisateur crée la sienne de rires et de larmes, empreinte d’une grande humanité.</p>



<p>ÉLISE PADOVANI</p>



<p>À Berlin</p>



<p><em>Dying</em>, de <strong>Matthias Glasner</strong></p>



<p>Sortie 4 septembre</p>



<p> Titre français : La Partition</p>
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		<title>Berlin célèbre la résistance au féminin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Mar 2024 11:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Berlin est une ville où l’histoire tragique du XXe siècle pèse plus fort qu’ailleurs. Elle a incarné au cœur de l’Europe la séparation des blocs Est/Ouest et les mémoriaux actuels que scolaires et touristes visitent, rappellent ce dont sont capables les dictatures brunes ou rouges. La Berlinale propose fréquemment des drames historiques qui font revivre [&#8230;]</p>
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<p>Berlin est une ville où l’histoire tragique du XX<sup>e</sup> siècle pèse plus fort qu’ailleurs. Elle a incarné au cœur de l’Europe la séparation des blocs Est/Ouest et les mémoriaux actuels que scolaires et touristes visitent, rappellent ce dont sont capables les dictatures brunes ou rouges. La Berlinale propose fréquemment des drames historiques qui font revivre cette sombre période. Cette année encore, deux films nous y ramenaient à travers la véritable histoire de deux femmes que rien ne prédestinait à l’héroïsme mais qui, par amour ou fidélité à leurs valeurs n’ont pas tremblé devant les bourreaux.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Marie</mark></p>



<p><em>Le Silence de Marie</em> du réalisateur <strong>Davis Simanis</strong>, raconte le destin de <strong>Maria Leiko</strong>. Comédienne née à Riga en Lettonie, elle a été adulée dans son pays mais aussi en Russie et en Allemagne qu’elle a fui à l’arrivée des nazis. <em>Le Silence de Marie</em> commence en 1937. Maria se rend à Moscou pour reconnaître le cadavre de sa fille et récupérer sa petite-fille encore bébé. C’est une star qui semble intouchable. Un trophée pour le régime soviétique. On la convainc de rester à Moscou, de se joindre à la troupe du théâtre letton Skatuve. Très vite, elle est témoin des exactions de la NKVD. Il s’agit entre autres d’éliminer les camarades lettons, en les accusant tour à tour d’être des fascistes, des saboteurs, des espions. Que faire&nbsp;quand la mauvaise foi est armée et sans pitié ? Sinon continuer à jouer coûte que coûte, contourner la censure tant que c’est possible, opposer son art à la brutalité et à la bêtise. Piégée, surveillée, soumise au chantage quand on enlève sa petite fille, Maria sera arrêtée, torturée, sommée d’accuser ses collègues. Que faire&nbsp;? Sinon se taire, ne pas devenir aussi indignes que les bourreaux.</p>



<p>Ni la femme élégante, fourrure blanche sur les épaules, ni la comédienne drapée de voiles à la danse très éloignée des canons du réalisme socialiste ni la prisonnière dépouillée de ses atours, ni la condamnée ne renonceront au théâtre, ultime acte de résistance. C’est <strong>Olga Sepicka</strong> qui incarne avec force Maria dans ce film modeste, de facture classique, à la palette sombre, qui résonne très fort dans le contexte de la guerre d’annexion conduite par Poutine.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Hilde</mark></p>



<p><em>From Hilde with love</em> d’<strong>Andreas Dresen</strong>, fait revivre <strong>Hilde Coppi</strong>, membre du groupe communiste allemand <em>Orchestre Rouge</em>. Arrêtée comme son compagnon en 1942, alors qu’elle était enceinte, guillotinée en 1943 avec ses camarades de lutte, elle a laissé un fils né en prison, qui n’eut de cesse de garder la mémoire de ses parents, et dont on entend la voix à la fin du film. Pas de croix gammées, de coups de feu, de séances insoutenables de torture. Pas plus que d’actes de sabotage pyrotechniques spectaculaires dans ce film d’une incroyable douceur. Le réalisateur évoque un été radieux, la rencontre amoureuse d’Hilde et de Hans Coppi, les baignades et les pique-niques des jeunes résistants au bord de l’eau, l’exultation des corps comme une véritable ode à la Vie. Images saturées de soleil qui reviendront en flash back alors qu’Hilde de sa prison n’aperçoit qu’un bout de ciel. En alternance, espaces ouverts de liberté et espaces fermés (ceux pour l’amour et la clandestinité puis pour la mort).</p>



<p>Le réalisateur dit avoir voulu s’éloigner des stéréotypes héroïques qui lui étaient proposés dans la RDA de son enfance, rendant perversement inaccessible au commun des mortels toute rébellion. Il montre comment la résistance à la monstruosité du Troisième Reich passe par de petits actes : une femme qui cache un document dangereux en s’asseyant dessus, une infirmière qui s’oppose à un docteur-boucher, une matonne qui infléchit les règles pour aider Hilde.</p>



<p>Incarnée par <strong>Liv Lisa Fries</strong> – l’inoubliable Charlotte Ritter de la série <em>Babylon Berlin </em>-, Hilde est une fille sage, discrète, au look de gouvernante avec sa tenue convenable et ses lunettes rondes. Une fille bien élevée même quand la Gestapo l’interroge. C’est par amour pour Hans qu’elle rejoint le réseau d’activistes et met sa subtilité au service de leur lutte anti-nazie, apprend le morse, envoie des messages aux Soviétiques, écoute les émissions de Radio Moscou pour transmettre aux familles des nouvelles des prisonniers allemands, colle des affiches. Liv excelle à traduire par ses gestes et postures, la vulnérabilité de cette femme et cette force intérieure, « cette boussole » comme dit le réalisateur qui lui indique ce qui est juste de faire. <em>De Hilde avec amour,</em> les derniers mots d’une dernière lettre de Hilde Coppi, repris par le titre du film semblent s’adresser tout aussi bien à sa mère et à son fils, qu’à nous qui voyons 80 ans plus tard, la résurgence décomplexée des mouvements fascistes.</p>



<p>ÉLISE PADOVANI</p>



<p>À Berlin</p>



<p><em>Le Silence de Marie</em>, de <strong>Davis Simanis</strong></p>



<p><em>From Hilde with love,</em> d’<strong>Andreas Dresen</strong></p>
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		<title>« Shikun »,un rhinocéros dans la tour de Babel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Mar 2024 08:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>65 ans après sa création en 1959, à l’heure de la montée en puissance de nouveaux fascismes décomplexés, à l’heure où des bras se lèvent à l’unisson dans des foules uniformes, plus que jamais, la pièce du dramaturge franco-roumain, semble pertinente. C’est cette pièce-là, décrivant par l’absurde et la métaphore l’avènement du totalitarisme, que le [&#8230;]</p>
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<p></p>



<p>65 ans après sa création en 1959, à l’heure de la montée en puissance de nouveaux fascismes décomplexés, à l’heure où des bras se lèvent à l’unisson dans des foules uniformes, plus que jamais, la pièce du dramaturge franco-roumain, semble pertinente. C’est cette pièce-là, décrivant par l’absurde et la métaphore l’avènement du totalitarisme, que le cinéaste-plasticien-metteur en scène-architecte, <strong>Amos Gitaï </strong>choisit de placer au centre de son dernier long-métrage : <em>Shikun</em>. Réalisé avant le 7 octobre, ce film est né dans le contexte des manifestations contre le gouvernement d’extrême-droite de Netanyahou. Groupes féministes, soldats, pacifistes militant pour la coexistence israélo-arabe, unis dans une réaction non seulement, contre les réformes anti-démocratiques mais encore contre l’étouffement de tout esprit critique.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une dialectique sensible</mark></p>



<p>Un Shikun est un logement social. Celui dans lequel est tourné le film est un immeuble d’inspiration corbuséenne, de 250 mètres de long, édifié dans la ville de Beer-Sheva au sud d’Israël dans le désert de Néguev. Architecture forte que le réalisateur – admirateur du Bauhaus – utilise pour structurer son récit, figurer une tour de Babel d’après le châtiment divin, où se brouillent les langues. Palestiniens, Israéliens, émigrés ukrainiens, indiens, russes se côtoient au quotidien, interfèrent ou pas. Autour du Shikun, se construisent d’autres immeubles. On les aperçoit depuis le champ théâtral en huis clos délimité par le réalisateur. La caméra parcourt d’interminables couloirs-coursives le long desquels s’ouvrent les portes des appartements. Sur la musique de <strong>Louis Sclavis</strong> ou celle d’<strong>Alexei Kochetkov</strong>, cuivres et cordes, elle nous embarque en trottinette au sous-sol, sillonnant d’immenses aires de parking, rythmées par des piliers de béton. Plans séquences, caméra mobile, Amos Gitai chorégraphie avec virtuosité, une circulation incessante dans l’espace commun, joue sur les perspectives, les angles bruts. Sur la continuité et les contiguïtés. Un groupe d’architectes ou de promoteurs, un couple, une fanfare, des militaires, des rabbins, des petites filles… le débat se saisit dans une dialectique sensible : on se glisse dans le flux ou on le traverse à contre-courant. Une comédienne (<strong>Irène Jacob</strong>) qui semble répéter son rôle, surgit déclamant des extraits du <em>Rhinocéros</em>. Elle danse, court, virevolte, monologue, ou interprète plusieurs personnages à la fois. On s’arrête : un guitariste joue dans le passage, des élèves d’un cours de langue se présentent en hébreu à leur enseignante, une femme chante une vieille chanson… Reprenant un texte d’<strong>Amira Hass </strong><em>Nos enfants demanderont</em>, une jeune femme interpelle un vieil homme : « <em>Comment avez-vous pu infliger tant d’injustices durant tant d’années aux Palestiniens ?</em> ». Dans un atelier, une jeune femme (<strong>Bahira Ablassi</strong>) et un homme fabriquent en silence des cornes de rhinocéros. Dans une antique bibliothèque yiddish, une vieille dame (<strong>Hana Laszlo</strong>) retrouve le livre que lui avait offert son père – survivant de la Shoah, pour sa bar-mitsvah.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Pense aux autres</mark></p>



<p>À travers les interventions d’Irène Jacob, on suit la progression de la rhinocérite imaginée par Ionesco. La surprise de voir apparaître un rhinocéros («&nbsp;<em>c’est réel et ça ne devrait pas exister&nbsp;!&nbsp;</em>») La frayeur de la contagion puis le déni. La relativisation («&nbsp;<em>au fond c’est naturel un</em> <em>rhinocéros et on a le droit d’en être un&nbsp;</em>»). Enfin l’adhésion et la normalisation («&nbsp;<em>c’est beau une bête et c’est tellement plus simple d’être comme tout le monde&nbsp;</em>»). Comme dans la pièce, il ne reste plus qu’une petite voix de résistance, la seule en langage humain portée par le seul rescapé. Une voix qui ne peut plus être entendue par personne&nbsp;: «&nbsp;<em>je ne capitulerai pas&nbsp;</em>».</p>



<p>C’est <strong>Mahmoud Darwich</strong> qui aura le dernier mot&nbsp;: «&nbsp;<em>Pense aux autres&nbsp;</em>» nous dit le grand écrivain palestinien&nbsp;: quand tu fais la guerre, règles ta facture d’eau, rentres chez toi, comptes les étoiles… pense à ceux qui réclament la paix, qui tètent les nuages, vivent sous les tentes, ne peuvent rêver, et à tous ceux qui ont perdu le droit à la parole. En Israël, le titre du film d’Amos Gitai est celui d’une chanson qu’on entend dans le film&nbsp;: <em>It’s Not Over Yet</em> (<em>Ce n’est pas fini</em>). Si c’est d’espoir dont il s’agit, puisse-t-il dire vrai&nbsp;!</p>



<p>ÉLISE PADOVANI</p>



<p><em>Shikun</em>, de<strong> Amos Gitaï</strong> clôt la trilogie initiée avec <em>Un Tramway à Jérusalem</em> et <em>Laïla in Haifa</em></p>



<p>En salles <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">le 6 mars</mark></p>



<p>Le film était à la 74è Berlinale, Section Berlinale Special</p>
<p>L’article <a href="https://journalzebuline.fr/shikunun-rhinoceros-dans-la-tour-de-babel/">« Shikun »,un rhinocéros dans la tour de Babel</a> est apparu en premier sur <a href="https://journalzebuline.fr">Journal Zebuline</a>.</p>
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