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	<title>Archives des Ancrages - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Ancrages - Journal Zebuline</title>
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		<title>Tatouer nos mémoires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Sep 2025 15:05:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Idées et rencontres]]></category>
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<p><em>«&nbsp;Le tatouage amazigh&nbsp;: fonctions sociales et usages contemporains</em>.&nbsp;» Le sujet de la table ronde pouvait paraître étroit, peu susceptible de concerner hors d’une communauté. Pourtant ce sont les particularités mêmes de cette histoire, celle des femmes dites berbères (déclinaison du mot barbare), qui touchent à une universalité&nbsp;: celle de la transmission, par les femmes et leur corps, des marques de la beauté, de la fierté, du sacré. Ou de l’appartenance, du réprouvé, du harām.<br>Pour les trois femmes amazighes présentes, l’histoire du tatouage est la même&nbsp;:&nbsp; <strong>Malika Assam</strong>, maîtresse de conférence en langue et culture amazighes, <strong>Raïssa Leï</strong>, chorégraphe et artiste engagée pour la transmission des cultures amazighes, et <strong>Samia Chabani</strong> qui organisait la table ronde, ont toutes trois une mère, ou une grand-mère, qui portait ces tatouages géométriques. Ils ont été une marque de fierté, puis de honte. En France, leurs mères étaient comparées à des Apaches, et au Maroc moquées ou déclarées impures.&nbsp;</p>



<p>Ce rejet a commencé dans les années 40, mais n’a atteint les villages que dans les années 60&nbsp;: toutes les femmes amazighes nées avant avaient le visage tatoué, non comme un rituel de passage, comme nous l’apprend Malika Assam, mais comme un ornement. A visée esthétique, comme les bijoux, les vêtements, les tatouages n’étaient pas non plus un langage, précise-t-elle&nbsp;: certains signes varient d’un village à l’autre, d’une femme à l’autre. Raissa Leï souligne pourtant que certains tatouages ont un sens, certes variable, sans pour autant signer une appartenance, mais une singularité de chacune, une manière de valoriser le corps, qu’on retrouve aussi dans la pluralité des danses d’Afrique du Nord.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Ornements millénaires </mark></strong></p>



<p>Des ornements, une esthétique du corps qui remonte à des millénaires, bien avant l’invasion arabe. La culture amazighe, c’est d’abord une langue, parlée, dans ses différences, «&nbsp;<em>de l’ouest du Maroc à l’est de l’Égypte</em>&nbsp;». Au temps des pharaons, les textes les nomment les Libyens, et les représentent, hommes et femmes, avec des tatouages, 3000 ans avant notre ère. Plus tard désignés comme Maures, ils sont aussi représentés en Occident avec des tatouages. Animistes, puis Juifs pour partie, désignés comme des «&nbsp;berbères&nbsp;» (étranger en grec) par les Romains puis très majoritairement convertis à l’Islam dès le VIIe siècle, les Amazighs ont conservé et transmis leur culture par les femmes. Par la beauté, le corps, la cuisine, le tissage, les bijoux.</p>



<p>Et le tatouage. Sa pratique se répand aujourd’hui en Europe loin des marins et des prisons qui ont longtemps été le lieu d’un tatouage populaire, réprouvé, masculin. L’exposition <em>Tatouage, Histoire de la Méditerranée,</em> visible pour quelques jours encore, démontre que l’usage contemporain, esthétique, figuratif souvent, du tatouage, prend ses racines dans l’embellissement individuel d’un peuple qui se désignait lui même comme celui des êtres libres.&nbsp;</p>



<p>Une conviction que <strong>Nicolas Misery</strong>, commissaire de l’exposition et directeur des musées de Marseille, veut concrétiser en acquérant la série de portraits de Dalila Dalléas Bouzar, <em>Les Princesses</em>. «&nbsp;<em>Pour rééquilibrer le fonds des musées de Marseille, qui contient peu d’œuvres de femmes, et très peu&nbsp; d’artistes du Maghreb</em>&nbsp;».&nbsp;</p>



<p>Agnès Freschel</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Tatouage, Histoire de la méditerranée</em> se tient<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"> jusqu’au 28 septembre</mark> au centre de la Vielle Charité, Marseille</pre>



<p>Retrouvez nos articles <em><a href="https://journalzebuline.fr/category/societe/politique-culturelle/">Politique culturelle</a></em> ici</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity"/>



<p>Nos articles <em>Diasporik</em>, conçus en collaboration avec <a href="https://ancrages.org">l’association Ancrages</a> sont également disponible en intégralité sur leur site</p>
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		<title>De quoi le « décolonial » est-il le nom ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Sep 2025 12:18:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Édito]]></category>
		<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le terme « décolonial » fait irruption dans les musées, la recherche et l’espace public, mais demeure souvent perçu comme une abstraction clivante. Réduit à des polémiques sur des statues déboulonnées ou des rues rebaptisées, il est caricaturé en posture idéologique, soupçonné de repentance. Pourtant, il renvoie à une aspiration profonde : nommer et penser [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le terme « décolonial » fait irruption dans les musées, la recherche et l’espace public, mais demeure souvent perçu comme une abstraction clivante. Réduit à des polémiques sur des statues déboulonnées ou des rues rebaptisées, il est caricaturé en posture idéologique, soupçonné de repentance. Pourtant, il renvoie à une aspiration profonde : nommer et penser l’héritage colonial, longtemps laissé dans l’angle mort de la mémoire nationale.</p>



<p>En France, certains découvrent brutalement la réalité de la colonisation, faute d’enseignement structuré.&nbsp; Le colonial n’a pas seulement été une domination militaire et politique : il était un système global, mêlant exploitation économique, extractivisme, capitalisme de prédation et racisme structurel. N’est-il pas légitime d’en reconnaître les fondements et les héritages ?</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Des savoirs situés</mark></strong></p>



<p>Issu des travaux du collectif latino-américain Modernité/Colonialité, le « décolonial » met en évidence la capacité des mouvements sociaux à produire des savoirs sur la société en dehors des cadres issus des héritages coloniaux, patriarcaux ou raciaux. Mais en France, cette perspective peine à s’imposer dans les sciences sociales, en raison d’un universalisme républicain censé neutraliser les discriminations.</p>



<p>Or la mémoire nationale, comme l’a montré l’historien Pierre Nora, est conçue comme ciment collectif, et tend donc à effacer ou subordonner les mémoires minoritaires : coloniales, ouvrières, régionales. Le décolonial se situe précisément à la croisée de ces fractures mémorielles.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">La persistance de la colonialité</mark></strong></p>



<p>La colonialité perdure de manière diffuse, dans nos institutions comme dans nos représentations. Elle s’incarne dans le racisme systémique, dans la violence matérielle et symbolique, parfois policière, qui frappe les populations racisées.&nbsp;</p>



<p>Frantz Fanon, dans <em>Les Damnés de la Terre</em>, décrivait la colonisation comme une structure intrinsèquement violente, inscrite dans l’espace, le droit et les corps. Achille Mbembe a prolongé cette lecture en montrant combien cette violence persiste sous des formes sécuritaires, économiques et raciales. Autrement dit, la colonialité n’est pas un vestige : elle s’exprime aujourd’hui dans les relations sociales, la gestion des territoires et les récits médiatiques.</p>



<p>Les sociologues Abdelmalek Sayad et Pierre Bourdieu ont mis en lumière une logique durable : les immigrés des anciennes colonies ont été pensés comme une main-d’œuvre provisoire, non comme des citoyens. Cette assignation a traversé les générations et marque encore les quartiers populaires : la relégation territoriale, les contrôles sécuritaires «&nbsp;au faciès&nbsp;», la stigmatisation raciale et culturelle, les discriminations à l’embauche et au logement sont réels et documentés.</p>



<p>L’espace urbain est devenu un instrument de discrimination où les inégalités sociales se sont naturalisées. Entre invisibilisation&nbsp; et politiques d’« intégration », la gestion de l’altérité reste prisonnière de l’héritage colonial.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Décoloniser les imaginaires</mark></strong></p>



<p>Depuis la création, en 2015, du collectif <em>Décoloniser les arts</em> autour de Françoise Vergès, il n’est plus seulment question de «&nbsp;diversité&nbsp;», de la place des artistes racisés dans les institutions. Il s’agit d’interroger aussi les programmations culturelles, la restitution des œuvres et des restes humains spoliés, et la représentation des identités minoritaires.</p>



<p>L’ethnographie de spectacle ou les « villages Bamboula » appartiennent désormais à un passé dénoncé. L’objectivation raciste qui les sous-tendait n’est plus tolérée dans des sociétés traversées par des identités multiples.</p>



<p>Le débat décolonial s’incarne aussi dans les médias, dans des portails académiques comme <em>Marsimperium.org</em>, mais aussi des chaînes YouTube ou des comptes Instagram, qui jouent un rôle central dans la circulation mondiale des récits. Des collectifs tels qu’<em>Histoires Crépues</em>, <em>Décolonisons-nous</em> ou <em>Diaspolemic</em>&nbsp; (voir p 18) proposent des contre-récits face aux infox et aux tentatives de museler l’histoire coloniale. Soutenus par des médias transnationaux comme AJ+ ou Blast, ces passeurs contribuent à sortir du prisme national dans lequel les médias traditionnels se sont longtemps enfermés.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une bataille culturelle et politique</mark></strong></p>



<p>Dans un contexte national où la vie associative se fragilise et où les politiques antidiscriminations reculent, le décolonial apparaît comme une démarche essentielle pour déconstruire les stéréotypes hérités de l’imaginaire colonial. &nbsp;</p>



<p>Les consciences diasporiques, faites de pratiques sociales, culturelles et militantes transnationales, créent des ponts entre « ici » et « là-bas » et les diasporas ont un poids croissant dans les mobilisations citoyennes. Ainsi, les solidarités face aux guerres actuelles s’inscrivent dans une mémoire politique de l’anticolonial. L’occupation israélienne, héritière de logiques coloniales modernes, nourrit des mobilisations transnationales où s’expriment aussi bien des solidarités européennes que des engagements juifs en faveur de la libération palestinienne.</p>



<p>Le décolonial n’est pas une idéologie close, mais un processus : il interroge les mémoires, les rapports sociaux, les pratiques culturelles, pour proposer un socle émancipateur au vivre-ensemble. Dans la région artistes, chercheurs et militants en font un terrain d’expérimentation culturelle et politique. Face à la montée de l’extrême droite, il constitue plus que jamais une bataille culturelle décisive.</p>



<p>Samia Chabani</p>



<p></p>



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		<title>Aussi ancien que Charlemagne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Mar 2025 10:54:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[ACHAC]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 16 panneaux, l’exposition fait magistralement le tour de la question, en suivant un fil chronologique où tout se nuance et se rejoint : les chercheurs de l’ACHAC (Association pour la Connaissance de l&#8217;Histoire de l&#8217;Afrique Contemporaine) qui ont conçu l’exposition ont une approche scientifique qui énonce des faits explicites : l’arabo-oriental – c’est à dire le maghrébin, ottoman ou proche-oriental – est [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>En 16 panneaux, l’exposition fait magistralement le tour de la question, en suivant un fil chronologique où tout se nuance et se rejoint : les chercheurs de l’<a href="https://achac.com">ACHAC</a> (Association pour la Connaissance de l&rsquo;Histoire de l&rsquo;Afrique Contemporaine) qui ont conçu l’exposition ont une approche scientifique qui énonce des faits explicites : l’arabo-oriental – c’est à dire le maghrébin, ottoman ou proche-oriental – est présent en France depuis Charlemagne et les conquêtes arabo-musulmanes qui lui sont contemporaines. Il figure une altérite que la France monarchique combat, ou avec laquelle elle dialogue et négocie, mais surtout que la France républicaine ou impériale exploite, comme combattant (les Turcos, les soldats indigènes), comme travailleurs dans l’industrie, le bâtiment ou l’agriculture saisonnière.</p>



<p>L’exposition met aussi en évidence la rupture historique que constitue la colonisation, qui entraîne une forte dégradation de l’image de l’oriental, et un racisme systémique. Les derniers panneaux sont ceux d’une histoire des luttes, des marches et des revendications. Mais aussi une réflexion sur les différentes représentations, artistiques et médiatiques, pour sortir de l’essentialisation coloniale.Un pas indispensable pour cesser de discriminer cet « autre » qui a toujours été là. </p>



<p><em>AGNÈS FRESCHEL</em></p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>L’histoire des présences arabo-orientales en France</em></strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu’au 22 mars</mark><br>Maison des associations, Marseille</pre>



<p>Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/arts-visuels/">Arts Visuels</a> ici et <a href="https://journalzebuline.fr/category/societe/">Société ici</a></p>



<p></p>
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		<title>DIASPORIK : Comment finit l’Etat de droit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 25 Oct 2024 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Diasporik. Quel est le point de départ de ce film documentaire&#160;? Joseph Paris. Le Repli est un film qui analyse la montée des discours racistes en France depuis le début des années 1980 et la restriction des libertés depuis 2015. J’ai commencé à y travailler en réaction aux discours publics post-attentats de 2015, en particulier [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Diasporik. Quel est le point de départ de ce film documentaire&nbsp;?</strong></p>



<p><strong>Joseph Paris.</strong> <em>Le Repli</em> est un film qui analyse la montée des discours racistes en France depuis le début des années 1980 et la restriction des libertés depuis 2015. J’ai commencé à y travailler en réaction aux discours publics post-attentats de 2015, en particulier celui sur la déchéance de nationalité prononcé par François Hollande devant le congrès réuni à Versailles. On se souvient comment il avait affirmé que la France était attaquée en tant que patrie des droits de l’Homme, proposant au même moment le projet de déchéance de nationalité, au mépris de la devise républicaine et en violation de l’article 1 de la déclaration des droits de l’homme&nbsp;: la déchéance de nationalité c’est l’inégalité des citoyens devant la loi.</p>



<p>J’ai commencé à filmer l’obsession sécuritaire qui se mettait en place, en même temps que je faisais retour sur les archives politiques des 40 dernières années pour comprendre la progression de ces discours. La difficulté de produire un film sur ces thématiques a permis de l’inscrire dans un temps long&nbsp;: celui des archives, qui nous font revisiter la progression des discours islamophobes des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, et aussi l’accélération sécuritaire depuis 2015, illustrée notamment par la pérennisation de l’état d’urgence.</p>



<p><strong>Selon vous, pourquoi est-il difficile pour l’opinion publique de comprendre que les Français de confession musulmane sont également victimes du terrorisme ?</strong></p>



<p><strong>J.P.&nbsp;</strong>Dans l’imaginaire collectif le monde musulman est associé à la violence, au fanatisme et au terrorisme. Mais admettre que les musulmans sont les premières victimes du terrorisme c’est remettre en question le récit officiel du «&nbsp;eux contre nous&nbsp;». Cela remet aussi en question toute l’architecture du contre-terrorisme qui se fonde sur l’idée d’un ennemi intérieur lui-même l’extension de l’ennemi extérieur.&nbsp;</p>



<p><strong>À quoi correspond la«zone grise&nbsp;» dont vous parlez dans le documentaire ?&nbsp;</strong></p>



<p><strong>Yasser Louati.</strong> La zone grise a été théorisée par Abu Musab Al Suri, tête pensante de Daesh. Pour lui, il s’agit de la faire disparaître. Elle correspond à la zone de cohabitation pacifique entre musulmans et non musulmans en Occident, plus particulièrement en Europe. C’est cette zone où chacun trouve sa place et qui s’oppose à une séparation. Ce qui est terrible, c’est que la presse majoritaire, les intellectuels publics, les polémistes, une partie influente du monde de la culture, et les gouvernements successifs depuis Hollande, ou Le Pen-compatibles sous Macron, disent et font exactement ce que Daesh attend d’eux. À savoir détruire cette zone grise et ne parler des musulmans qu’avec un discours belliqueux.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;Le Conseil Constitutionnel a nourri le monstre qui s’en prend désormais frontalement à lui »</p>
</blockquote>



<figure class="wp-block-image size-large"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="696" height="376" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=696%2C376&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-125722" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=1024%2C553&amp;ssl=1 1024w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=300%2C162&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=768%2C415&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=1536%2C829&amp;ssl=1 1536w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=150%2C81&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=696%2C376&amp;ssl=1 696w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=1068%2C577&amp;ssl=1 1068w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?resize=778%2C420&amp;ssl=1 778w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?w=1600&amp;ssl=1 1600w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/10/image-0560370-20241011-ob_f8af4e_le-repli-15.jpeg?w=1392&amp;ssl=1 1392w" sizes="(max-width: 696px) 100vw, 696px" /></figure>



<p><strong>Comment évaluez-vous la situation française en matière de racisme et d’État de droit, alors que Bruno Retailleau déclare que « <em>L’État de droit, ça n’est pas intangible ni sacré</em> » ?</strong></p>



<p><strong>J.P. </strong>Cette déclaration ne sort pas de nulle part, elle fait suite notamment au lapsus de Macron visible dans le film, lorsque en voulant promettre la sortie de l’état d’urgence, sa langue fourche et il n’annonce rien de moins que « la sortie de l’État de droit », avant de se corriger. Lapsus qui sera rapidement suivi d’un acte : en promulguant la loi de « sortie de l’état d’urgence », qui en fait inscrit dans le droit commun l’essentiel des mesures de l’état d’urgence, il s’entoure du ministre de l’Intérieur, en l’absence notable de la ministre de la Justice. Il assume ainsi l’effacement de l’État de droit jusque dans l’image. Cela s’inscrit aussi dans un empilement de lois sécuritaires depuis 40 ans, qui constituent de sérieuses entorses aux libertés fondamentales. En les ayant laissé passer, le Conseil Constitutionnel a nourri le monstre qui s’en prend désormais frontalement à lui.</p>



<p>On est en train de vivre un véritable effondrement de l’État de droit. Dans le film, Mireille Delmas-Marty, professeure au collège de France, explique que ce glissement sécuritaire que nous vivons comme un autoritarisme, peut se changer en totalitarisme. Une telle alerte fait froid dans le dos. Oui l’extrême droite est aux portes du pouvoir, voire a déjà un pied dedans, et les politiques menées ces dernières années nous laissent sans le rempart du droit pour faire face. C’est sur le dos des minorités que toutes ces lois ont été votées ; on voit bien aujourd’hui qu’elles se traduisent en effondrement des libertés pour toutes et tous.&nbsp;</p>



<p><strong>L’islamophobie sur fond de racisme postcolonial semble endémique. Quels sont les éléments qui les réactivent aujourd’hui?</strong></p>



<p><strong>Y. L.</strong> Cette islamophobie est comme un virus dormant qui se réveille lorsque les conditions sont réunies. Aujourd’hui, le virus a même muté au vu du peu de résistance des institutions, de l’état du débat public et la normalisation totale de l’islamophobie au sommet de l’État. Rappelons-nous&nbsp;: Darmanin a accusé Le Pen d’être trop molle, non pas sur l’islamisme, mais sur l’islam.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>«&nbsp;La gauche a soit refusé de prendre au sérieux l’islamophobie soit l’a alimentée&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p><strong>Dans les plis du repli, il y a des mouvements sociaux de la classe ouvrière immigrée des années 1970, assimilés à de l’agitation communautaire voire à du terrorisme.</strong></p>



<p><strong>J.P. </strong>Ce qu’il s’est passé dans les années 1980 est très éclairant pour comprendre l’état du débat public aujourd’hui. Cette mémoire renvoie à une trahison de la gauche d’une telle ampleur qu’il est diffcile de l’admettre pour les électrices et électeurs de gauche. On se souvient généralement du « tournant de la rigueur » du gouvernement de Pierre Mauroy, un moment pendant lequel le Parti Socialiste se reconfigure idéologiquement en tournant le dos aux classes populaires pour adopter les thèses néolibérales et se construire une respectabilité auprès des milieux d’affaires. Mais on se souvient moins que ce tournant a eu pour premières victimes les classes ouvrières immigrées. Ce qui ressort des archives visuelles de ces années-là, c’est la manière dont le gouvernement de gauche a donné une monumentale résonance médiatique aux accusations portées par le patronat contre les grévistes, majoritairement immigrés, de l’industrie automobile. Accusations selon lesquelles les grèves étaient menées non pas pour exiger de meilleures conditions de travail, mais qu’elles seraient le fait d’une agitation religieuse extrémiste.</p>



<p>L’islamophobie a été utile à la gauche pour décrédibiliser les mouvements sociaux menés par les travailleurs immigrés, alors qu’il était attendu qu’elle les soutienne. C’est pendant le mandat de François Hollande que Manuel Valls, devenu Premier ministre, a affirmé, en pleine mobilisation contre la loi El Khomri, que ce qui prime ce n’est pas le chômage mais la bataille identitaire. Au point que Marine Le Pen a déclaré qu’elle avait l’impression de se lire en lisant les propos de Valls sur l’islam.</p>



<p><strong>Quelles sont selon vous, les exploitations politiques de ces dérives ?&nbsp;</strong></p>



<p><strong>J.P. </strong>L’extrême droite se retrouve sans réelle opposition depuis des décennies, sa normalisation était inéluctable. L’islamophobie a fait converger les tenants de la «&nbsp;néo-laïcité&nbsp;», qui est la laïcité redéfinie pour être un concept islamophobe, et la fachosphère. Malheureusement, la gauche a soit refusé de prendre au sérieux l’islamophobie soit l’a alimentée, tout en se proclamant républicaine et défenseure de la laïcité. Elle a porté aux portes du pouvoir les héritiers de Pétain.</p>



<p>ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SAMIA CHABANI</p>



<p><a href="https://journalzebuline.fr/diaporik-lenfer-des-plantations/">Retrouvez plus de DIASPORIK ici </a></p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Le Repli, </em>de Yasser Louati et Joseph Paris<br>En salles <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">le 30 octobre</mark><br><br><strong>Projections et débats</strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">4 novembre</mark><br>En présence de Yasser Louati, militant témoin dans le film<br><a href="https://www.cinemas-utopia.org/"><strong>Cinéma Utopia</strong>,</a> Avignon<br><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">5 novembre</mark> <br>En présence d’Issam El Kalfaoui (Collectif Vérité pour Souheil) et du collectif Vérité et Justice pour Amadou Koumé et <a href="https://ancrages.org/">d’Ancrages</a><br><strong><a href="https://cinemalegyptis.org/">Cinéma Le Gyptis</a></strong>, Marseille</pre>



<p></p>
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		<title>DIASPORIK : Denis Martinez, du signe au récit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Jul 2024 07:23:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Ancrages]]></category>
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		<category><![CDATA[Effervescences éphémères]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 25 juin, l’exposition s’ouvrait avec la projection de Denis Martinez, un homme en libertés en présence de l’artiste et du réalisateur Claude Hirsch. Réalisé en 2013, le documentaire brosse le portrait de celui qui est probablement le plus grand peintre algérien vivant. Exilé depuis 1994 à Marseille, l’histoire qui lie intimement l’artiste à son [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Le 25 juin, l’exposition s’ouvrait avec la projection de <em>Denis Martinez, un homme en libertés</em> en présence de l’artiste et du réalisateur Claude Hirsch. Réalisé en 2013, le documentaire brosse le portrait de celui qui est probablement le plus grand peintre algérien vivant. Exilé depuis 1994 à Marseille, l’histoire qui lie intimement l’artiste à son pays participe de sa cosmologie et fait de lui cet aventurier de l’art, passionné et audacieux.&nbsp;</p>



<p>Co-fondateur du groupe Aouchem (« tatouage ») qui a exposé dès 1960 en rassemblant une dizaine d&rsquo;artistes, peintres et poètes, il s&rsquo;est opposé aux imageries qu’il jugeait démagogiques que présentait la galerie officielle de l’Union nationale des arts plastiques, fondée en 1963, et dont la plupart des peintres actifs avant 1962 ont été exclus. Sa déconstruction plastique revendique une authenticité ancestrale dont les signes millénaires trouvent leur origine sur les parois du Tassili : certaines traditions plastiques ont réussi à se maintenir dans les gestes qui modèlent et peignent l’argile, tissent la laine, décorent les murs, gravent le bois ou le métal : c’est sur ces survivances que le groupe Aouchem porte l’ambition de la transmission. </p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Poésie graphique </mark></strong></p>



<p>Avec l’exposition <em>Effervescences éphémères</em> on retrouve la puissance des signes qui font les rites et les secrets, les touches colorées, omniprésente dans son œuvre, les propos de ses amis et poètes et de plusieurs générations d’artistes marquées durablement par son enseignement à l’école des Beaux-Arts d’Alger et dans plusieurs villes, villages et lieux insolites d’Algérie. Pour cette&nbsp;exposition l&rsquo;artiste&nbsp;a réalisé une série&nbsp;d&rsquo;œuvres&nbsp;graphiques de grands formats sur carton d&#8217;emballage.</p>



<p>Des extraits de ses écrits poétiques, liés à différents moments de son parcours d&rsquo;artiste citoyen, émaillent le parcours de l’exposition et éclairent le parcours de l’homme.Au fil des récits, le voile se lève aussi sur sa participation active aux luttes des intellectuels algériens pour la liberté de création, son départ contraint d’Algérie,&nbsp;en 1994,&nbsp;après l’assassinat de son ami, l’écrivain et journaliste Tahar Djaout,&nbsp;son retour au pays en mars 2000 et la création, en 2004, du festival nomade <em>Raconte-Arts</em> en Kabylie&nbsp;avec Hacene Metref et Salah Silem.&nbsp;Une belle rencontre avec un homme d’exception.</p>



<p>«<em>&nbsp;Comme disait le poète Tahar Djaout, Je suis le déterreur de l’histoire insoumise et de ses squelettes irascibles enfouis dans vos temples dévastateurs. Je ne cautionnerais jamais vos cieux incléments et rétrécis ou l’anathème tient lieu de credo. Je ne cautionnerais jamais la peur mitonnée par vos prêtres-bandits des grands chemins qui ont usurpé les auréoles d’anges. Je me tiendrais hors de portée de votre bénédiction qui tue, vous pour qui l’horizon est une porte clouée, vous dont les regards éteignent les foyers d’espoir, transforment chaque arbre en cercueil. </em>»<em>&nbsp;</em></p>



<p>SAMIA CHABANI<br>Directrice de l’association Ancrages</p>



<pre class="wp-block-verse"><em><strong>Effervescences éphémères</strong> </em>de Denis Martinez, <br>au Jardin des Arts de la médiathèque Jorgi Reboule, Septèmes-les-Vallons. </pre>



<pre class="wp-block-verse"><strong>À venir </strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">16 juillet :</mark> « Mon chemin des tajmaat », une conférence de Denis Martinez sur ses interventions éphémères dans des villages en Kabylie de 2004 à 2019 dans le cadre du festival Raconte-Arts.<br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">19 juillet :</mark> Finissage avec <em>Périssable</em>, une performance de clôture par l’artiste. </pre>
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		<title>Art et soin, quelles hospitalités ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jul 2024 09:54:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[3 bis f]]></category>
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		<category><![CDATA[Aix-en-Provence]]></category>
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		<category><![CDATA[Centre d’art contemporain]]></category>
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		<category><![CDATA[Exposition]]></category>
		<category><![CDATA[Lina Jabbour]]></category>
		<category><![CDATA[Montperrin]]></category>
		<category><![CDATA[Provence]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Marseillaise depuis 1998, Lina Jabbour est née à Beyrouth et diplômée de l’école d’art de Bourges. Investissant l’espace, d’installations monumentales, son dessin se mue en trace et la trame en fil rouge d’une lecture sensible où les femmes ont été internées et « contenues ». Car les œuvres émergent de sa résidence au 3 bis f, sis [&#8230;]</p>
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<p>Marseillaise depuis 1998, <strong>Lina Jabbour</strong> est née à Beyrouth et diplômée de l’école d’art de Bourges. Investissant l’espace, d’installations monumentales, son dessin se mue en trace et la trame en fil rouge d’une lecture sensible où les femmes ont été internées et « contenues ». Car les œuvres émergent de sa résidence au 3 bis f, sis au cœur du Centre Hospitalier Montperrin. Son travail, des séries de dessins et de peintures de 10 mètres de long, se nourrit de l’histoire du lieu, notamment l’emplacement des lits des patientes dont le sol est reproduit dans différentes formes. Les fantômes des patientes se muent en une forme légère et transparente de tarlatane, les cellules de contention sont également investies et le son de la grande calandre de la blanchisserie accompagne la visite. </p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Montperrin, un lieu à mémoires multiples</mark></strong></p>



<p>Depuis 40 ans, c’est cette démarche articulant la création artistique au soin qui se déploie au 3 bis f, Centre d’art contemporain d’intérêt national. À l’heure où la création artistique comme la santé mentale interpellent sur leur condition d’exercice, cette démarche originale illustre une alternative ancrée dans la pratique innovante et l’engagement des acteurs.&nbsp;</p>



<p>SAMIA CHABANI<br>Directrice de l’association Ancrages&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Le sol et son dièse</em></strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu’au 31 août</mark><br>3 bis f, Aix-en-Provence</pre>
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		<title>L’espace public est peu publique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Jun 2024 08:56:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Arts visuels]]></category>
		<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Ancrages]]></category>
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		<category><![CDATA[Institut des Culture d'Islam]]></category>
		<category><![CDATA[Les Intruses]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[Randa Maroufi]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontres à l&#039;Echelle]]></category>
		<category><![CDATA[Théâtre de La Criée]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les femmes et les hommes ne sont pas présent·e·s dans les mêmes espaces d’une ville : les femmes sont repérables aux sorties d’école, dans les squares et parcs avec les enfants, et en mouvement près des commerces. Les hommes investissent davantage les places centrales, les bancs, les infrastructures de sport, les terrasses de bars et [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Les femmes et les hommes ne sont pas présent·e·s dans les mêmes espaces d’une ville : les femmes sont repérables aux sorties d’école, dans les squares et parcs avec les enfants, et en mouvement près des commerces. Les hommes investissent davantage les places centrales, les bancs, les infrastructures de sport, les terrasses de bars et cafés. Les femmes traversent l’espace public, d’un point A à un point B, et les hommes l’occupent et en profitent, en s’y sentant en sécurité.</p>



<p>C’est ce déséquilibre et cette domination que <strong>Randa Maroufi </strong>met en scène et documente, revendiquant une démarche sociale et politique, et une certaine ambiguïté des images et des&nbsp; représentations<em>. </em>«<em> Je dis souvent que je fais de la peinture avec des moyens cinématographiques. La photographie est un moyen pour moi de saisir le moment, l’ici et le maintenant.</em>»<strong>&nbsp;</strong></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-recalc-dims="1" decoding="async" width="696" height="367" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?resize=696%2C367&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-124106" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?w=945&amp;ssl=1 945w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?resize=300%2C158&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?resize=768%2C405&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?resize=150%2C79&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?resize=696%2C367&amp;ssl=1 696w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/06/LES-INTRUSES-%E2%80%93-Les-oeuvres-1-5.jpg?resize=797%2C420&amp;ssl=1 797w" sizes="(max-width: 696px) 100vw, 696px" /><figcaption class="wp-element-caption">Les Intruses &#8211; Les œuvres </figcaption></figure>



<p>À la jonction de deux pratiques et de deux pays, la photographe née en 1987 à Casablanca (Maroc), vit et travaille à Paris, après avoir été diplômée de l’Institut national des Beaux-Arts de Tétouan et de l’École supérieure des Beaux-Arts d’Angers. Croisant une esthétique cinématographique et la photographie grand format, elle interroge les limites des territoires, et les manières avec lesquelles les individus investissent l’espace public, révélant ainsi ce que ces espaces, réels ou symboliques, produisent sur les corps. Ses photographies et images animées examinent les conflits et les questions d’accès et de sécurité dans les espaces publics, par des mises en scènes où les femmes prennent la place qu’occupent habituellement les hommes dans l’espace public. L’artiste invite ainsi les visiteurs à s’interroger sur la nature et le contenu de l’image qu’ils voient, mais également sur leur propre perception de cette situation d’inversion.</p>



<p>SAMIA CHABANI</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>Les Intruses</em></strong><br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu’au 22 juin</mark><br>Vernissage le 7 juin à 18h30<br>La Criée, Centre dramatique national de Marseille<br>Un partenariat entre l’Institut des Cultures d’Islam, Ancrages et les Rencontres à l’Échelle.</pre>
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		<title>DIASPORIK : Se former, pour lutter contre les discriminations</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Nicolas Santucci]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Apr 2024 09:06:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Zébuline. Vous organisez trois jours de formation sur les discriminations en direction des tsiganes. Pourquoi avoir eu envie de commencer par ce sujet ?  Samia Chabani.&#160;L’entrée principale de cette&#160;formation&#160;est la prise en compte des discriminations dans les pratiques professionnelles. Il est essentiel de préciser qu’elle est soutenue par la Fondation de France. Au sein de l’enjeu de lutte contre les [&#8230;]</p>
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<p><strong>Zébuline. Vous organisez trois jours de formation sur les discriminations en direction des tsiganes. Pourquoi avoir eu envie de commencer par ce sujet ? </strong></p>



<p><strong>Samia Chabani.</strong>&nbsp;L’entrée principale de cette&nbsp;formation&nbsp;est la prise en compte des discriminations dans les pratiques professionnelles. Il est essentiel de préciser qu’elle est soutenue par la Fondation de France. Au sein de l’enjeu de lutte contre les discriminations, l’antitsiganisme demeure l’un des « angles morts ».&nbsp;À&nbsp;Marseille, le contexte de rejet&nbsp;autour de la&nbsp;possible&nbsp;création d’un village d’insertion&nbsp;pour&nbsp;populations romanis [<em>projet finalement reporté par la préfecture, ndlr</em>], illustre l’enjeu d’une meilleure connaissance des parcours résidentiels, migratoires et des conditions de vie de ces populations.</p>



<p><strong>À qui s’adresse cette formation&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p>À une mixité de publics&nbsp;: des professionnels, agents de service public qui sont en charge de ces questions, mais aussi à des intervenants bénévoles ou&nbsp;en service civique, intervenant dans le cadre de&nbsp;l’accompagnement social ou culturel,&nbsp;l’hébergement d’urgence, l’accès aux droits et aux soins. Des personnes qui interviennent, sans avoir nécessairement bénéficié d’une formation initiale ou continue sur la prévention des discriminations.&nbsp;Sophie Latraverse, juriste experte en RSE rappelle que 82% des employeurs déclarent n’avoir reçu aucune formation sur les discriminations.&nbsp;</p>



<p><strong>En quoi cette discrimination se distingue-t-elle des autres formes de racisme&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p>Il y a chez les populations tsiganes, un cumul de représentations péjorées qui font d’eux une «&nbsp;classe dangereuse&nbsp;»&nbsp;: suspicion de traite humaine, de vol, de délinquance, criminalisation du nomadisme… Autant de stigmates liés à un mode de vie singulier autant qu’à l’assignation sociale produite par la catégorisation administrative et plus largement à l’exclusion. Beaucoup de gens associent romanis, tsiganes, gens du voyage… alors que l’on parle de groupes sociaux différents.&nbsp;C’est intéressant aussi de voir qu’aujourd’hui combien on promeut la mobilité comme une compétence à haute valeur ajoutée, alors que le nomadisme apparaît toujours comme un mode de vie marginal et déprécié.&nbsp;</p>



<p><strong>Vous invitez&nbsp;Ilsen About, un historien&nbsp;qui s’intéresse à&nbsp;l’histoire des politiques antitsiganes au XX</strong><strong><sup>e</sup></strong><strong>&nbsp;siècle. Comment cette discrimination d’État s’est elle matérialisée&nbsp;?</strong></p>



<p>De différentes manières&nbsp;: l’enfermement des tsiganes, mais aussi par la création du carnet anthropométrique [<em>document administratif créé en 1912 pour surveiller les déplacements des populations nomades, ndlr</em>]. On peut dire que les tsiganes ont subi une forme de contrôle social et administratif (fichage) extrêmement puissant – qui a pu concerner d’autres populations –&nbsp;mais qui&nbsp;perdure&nbsp;encore, et participe&nbsp;à&nbsp;cette représentation de «&nbsp;classe dangereuse&nbsp;».&nbsp;Sans oublier que les tsiganes ont également été déportés pendant la Seconde Guerre mondiale. &nbsp;</p>



<p><strong>Comment peut-on analyser, ou quantifier,&nbsp;le racisme dont sont victimes&nbsp;les populations tsiganes aujourd’hui&nbsp;?</strong></p>



<p>L’objet du cycle en trois sessions&nbsp;est&nbsp;d’invoquer différentes formes de discriminations,&nbsp;mais aussi d’introduire des concepts qui nous permettent de les penser. L’approche pluridisciplinaire et l’alternance d’interventions entre chercheurs et professionnels y contribuent.&nbsp;Si les discriminations sont réelles, on a une difficulté à les documenter et à les prendre en compte, car on n’a pas le droit de faire des statistiques ethniques mais également à faire valoir le droit pour aboutir à de véritable recours juridique.&nbsp;Il y a quelques années, la Cnil a autorisé&nbsp;la création d’une enquête&nbsp;qui s’appelle&nbsp;<em>Trajectoires et&nbsp;origines</em>, qui a permis de quantifier les discriminations&nbsp;et de les distinguer [<em>sous la direction de Cris Beauchemin, Christelle Hamel et Patrick Simon, qui intervient dans la session de juillet, ndlr]. </em>L’enquête statistique réalisée conjointement par l’Ined et l’Insee éclaire la question des inégalités et des discriminations. Elle illustre l’impact systémique des discriminations en France, notamment celles des discriminations liées à l’origine. L’assignation raciale est un concept qu’on a du mal à penser en France. La reconnaissance de l’absence de race ne suffit pas à résoudre la question du racisme. Tout l’enjeu de cette formation est de montrer comment la construction sociale de la « race » permet d’identifier les processus de racialisation. Le cycle de formation mobilise les experts du sujet, comme la sociologue Sarah Mazouz, autrice de <em>Race</em> aux éditions Anamosa, ouvrage qui propose une approche critique de la notion de race. Nous nous faisons également l’écho des actions du réseau local ou du Défenseur du Droit. La formation se tient à la Maison départementale de lutte contre les discriminations.</p>



<p><strong>Le&nbsp;champ culturel joue-t-il suffisamment&nbsp;son rôle dans la lutte contre les discriminations envers les tsiganes&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p>C’est paradoxal.&nbsp;Le champ culturel a pu contribuer à lutter contre l’antitsiganisme, en valorisant ces cultures (on pense à des artistes comme Django Reinhardt), tout en renforçant des stéréotypes, tels que la figure hyper sexualisée de la «&nbsp;gitane&nbsp;». Récemment, on peut saluer la scénographie de l’exposition&nbsp;<em>Barvalo</em>&nbsp;au Mucem, qui a été une très belle réussite. Le projet a été pensé avec les peuples romanis, qui ont pu apporter le regard des concernés… Le musée du Gadjo de l’artiste Gabi Jimenez était une forme innovante de retournement du stigmate.&nbsp;Cette méthode participative devrait être la règle, pas l’exception. La commissaire de l’exposition Julia Ferloni et William Acker seront présents pour partager leur expérience. Enfin l’institut Calam sera présent pour évoquer l’articulation entre les identités religieuses et LGBTQ+.&nbsp;</p>



<p>ENTRETIEN RÉALISÉ PAR N.S.</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong>Approche multifactorielle des discriminations </strong><br>Du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">14 au 16 mai</mark> : La question des discriminations en direction des tsiganes, romanis. <br>Du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">9 au 11 juillet </mark>: Introduction à l’enquête Teo2 et approche juridique des discriminations <br>Du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">7 au 9 octobre</mark> : Introduction à la sociologie de la race et articulation des discriminations  Lgbtophobie.</pre>



<pre class="wp-block-verse">S’inscrire auprès de <a href="mailto:formation@ancrages.org">formation@ancrages.org</a><br>Lieu: Maison départementale de lutte contre les discriminations <br>67 av de Toulon 13006 Marseille </pre>
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		<title>L’aveu de l’antitsiganisme </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé Macaire]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 07 Mar 2024 08:29:00 +0000</pubDate>
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<p>Le mardi 20 février avait lieu au cinéma de l’Alhambra, à Marseille, une projection du documentaire <em>Une jeunesse rom</em> (2021) de Deborah Da Silva. Le film s’intéresse à la vie en bidonville en France et notamment au combat pour l’accès à la scolarité des enfants roms en suivant plusieurs associations en Île-de-France et à Toulouse. La réalisatrice donne la parole à des jeunes et leurs parents qui racontent leur arrivée en France et la vie en bidonville, le racisme et la précarité, mais aussi et surtout la combativité. Elle suit aussi le travail de l’association L’École pour tous, fondée par l’avocate rom Anina Ciuciu. La projection été suivie d&rsquo;un débat avec les marseillais qui s&rsquo;étaient déplacés. Parmis eux était présente la maire des 15 et 16e arrondissements, Nadia Boulainseur, qui a encore un fois témoigné de son indignation face à l&rsquo;abandon d&rsquo;un énième projet d&rsquo;aide aux familles roms.&nbsp;</p>



<p>En effet, quelques jours avant la projection organisée par les associations Rencontres Tsiganes et Ancrages, le préfet à l’égalité des chances Michaël Sibilleau avait annoncé l’abandon du projet de village d’insertion à Saint-Henri.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Projet(s) avorté(s)</mark></strong></p>



<p>Les villages d’insertion, apparus en France dans&nbsp;les années 2000, sont des lieux d’accueil temporaires dont l’objectif est d’accompagner les familles, choisies pour y résider, vers le logement individuel et l’emploi. Ce dispositif est souvent décrié par des collectifs comme Romeurope qui dénonce dans son fonctionnement un regroupement des populations dans des formes de ghettos où accompagnement social et contrôle social renforcé se confondent. Au contraire, la coordinatrice de Rencontres Tsiganes et membre de Romeurope Caroline Godard explique vouloir œuvrer pour «&nbsp;<em>un retour au droit commun, sans passer par ces habitats intercalaires</em>&nbsp;». Elle poursuit&nbsp;: «&nbsp;<em>la raison pour laquelle on est obligé de revenir vers ce genre d’aménagements, c’est la terrible crise du logement qu’il y a en ce moment&nbsp;</em>».</p>



<p>Le projet était assez mal accueilli par une partie de la population de Saint-Henri. Ils se sont rassemblés le 14 février pour manifester devant l’avis de construction. Nombre d’opposants dénoncent notamment un manque de concertation citoyenne vis-à-vis du projet. Cet argument ne convainc pas la coordinatrice de l’association Ancrages Samia Chabani&nbsp;: «&nbsp;<em>il est important de concerter la population sur certains projets, comme la construction d’une route, mais là on n’est pas en train de créer une nuisance, on est dans le devoir qu’a l’État de mise à l’abri des personnes vulnérable</em>s&nbsp;». Certains propriétaires craignent aussi une dévaluation de leur bien. «&nbsp;<em>Ce n’est pas nouveau cet antitsiganisme, il y a eu la Busserine il y a 10 ans, la mobilisation comités d’intérêt de quartier…&nbsp;</em>» explique Samia Chabani, faisant référence à d’autres projets du même type qui ont avorté par le passé.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">« Non au roms »</mark></strong></p>



<p>Quelques jours avant la manifestation, le 11 février, le bitume du chemin de Bizet, en contrebas de l’ancienne aire d’autoroute où devait être installé le village d’insertion, a été marqué de grandes lettres à la peinture blanche&nbsp;: «&nbsp;<em>Non au roms&nbsp;</em>» [sic]. Derrière les oppositions au projet, c’est donc bien d’antitsiganisme dont il est question.</p>



<p>Cette forme de racisme se caractérise par la très large acceptation dont elle fait l’objet dans la société, ainsi que son aspect hautement institutionnalisé et l’inaction des pouvoirs publics. Son caractère essentialiste justifie les discriminations dont sont victimes ces populations, considérées comme n’étant pas «&nbsp;civilisées&nbsp;» et incapables de le devenir.&nbsp;</p>



<p>Ainsi, leur accès à des ressources normales est compromis. Par exemple, l’un des clichés les plus persistants est leur nomadisme supposé. Cette fausse idée est très largement partagée, y compris chez les travailleurs sociaux qui sont censés les accompagner vers le logement individuel. Comme en témoigne une famille dans le documentaire de Deborah Da Silva, l’accès à un appartement peut aussi être compliqué à cause des violences dont les roms sont encore plus susceptibles d’être victimes en étant isolés. De la même manière, la scolarisation des enfants roms est difficile, en dépit de la volonté des parents. Certains maires ou directeurs refusent l’inscription d’élèves sans domiciliation, bien que ce soit illégal. Il est aussi fréquent que les enfants roms soient victimes de racisme de la part de leurs camarades ou des enseignants qui les stigmatisent en raison notamment des difficultés d’apprentissage liées à leur cadre de vie.&nbsp;</p>



<p>Il existe des associations et des collectifs qui luttent contre l’antitsiganisme et pour l’égalité des droits, mais ce sont rarement des personnes roms qui les dirigent. En effet, l’une des conséquences de toutes ces discriminations est d’empêcher l’accès de ces populations à la parole publique.</p>



<p>Malgré l’aspect profondément culturel de l’antitsiganisme, les associations insistent sur le fait que la lutte contre ces discriminations ne repose pas sur la compréhension de la culture rom «&nbsp;<em>Je ne défends pas des roms</em>, martèle Caroline Godard, <em>je défends des droits&nbsp;</em>».&nbsp;</p>



<p>CHLOÉ MACAIRE</p>
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		<title>Marseille au cœur de l’histoire globale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[journalzebuline]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Feb 2024 14:27:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour présenter le dernier livre de Pierre Singaravélou lors d’une table ronde organisée au Musée d’Histoire de Marseille par l’association Ancrages, en partenariat avec le Mucem, l’historien spécialiste des empires coloniaux était aux côtés de Guillaume Calafat, spécialiste du monde méditerranéen à l’époque moderne, ainsi que d’Aurélia Dusserre et Catherine Atlan, membres du projet Mars-Imperium.&#160; [&#8230;]</p>
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<p>Pour présenter le dernier livre de Pierre Singaravélou lors d’une table ronde<strong> </strong>organisée au Musée d’Histoire de Marseille par l’association<strong> </strong>Ancrages, en partenariat avec le Mucem, l’historien spécialiste des empires coloniaux était aux côtés de Guillaume Calafat, spécialiste du monde méditerranéen à l’époque moderne, ainsi que d’Aurélia Dusserre et Catherine Atlan, membres du projet Mars-Imperium.&nbsp;</p>



<p>Pierre Singaravélou est tout d’abord revenu sur le projet de ce livre de plus de 700 pages consacré à l’histoire de la colonisation et destiné à un large public. En mobilisant plus de 250 contributeurs de tout l’Hexagone, des Antilles, et d’autres pays (Royaume-Uni, États-Unis, etc.), ce volume entend embrasser le fait colonial français dans une perspective pluridisciplinaire et décentrée. Le pluriel du titre vise par ailleurs à interroger la diversité des rapports de domination coloniale et postcoloniale dans le monde. L’organisation à rebours de l’ouvrage, qui commence à la période contemporaine pour se terminer aux prémices de la colonisation, combat également la tendance de l’histoire traditionnelle à assigner une finalité aux événements, ainsi que l’idée selon laquelle la colonisation française commencerait avec la prise d’Alger de 1830.&nbsp;</p>



<p>Cette élaboration d’une histoire du fait colonial français à l’échelle du monde s’inscrit dans le sillage du courant récent de la «&nbsp;micro-histoire globale&nbsp;», héritier de la micro-histoire italienne et de l’histoire globale. En apparence paradoxale, cette démarche consiste à étudier, à partir d’un fait, les interconnections avec d’autres espaces et d’accéder à une échelle globale de l’histoire. Les acteurs de Mars-Imperium, qui s’intéressent aux vestiges de l’histoire coloniale à Marseille pour penser le fait colonial, s’inscrivent tout à fait dans cette perspective.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">L’histoire d’une rencontre</mark></p>



<p>Ces réflexions ont été poursuivies à l’occasion de<strong> </strong>deux journées d’étude organisées au Mucem les 31 janvier et 1<sup>er</sup> février autour de l’exposition<em> «&nbsp;Une autre histoire du monde&nbsp;»</em> dont Pierre Singaravélou est un des commissaires. Plusieurs spécialistes ont nourri les interrogations amorcées la veille, comme Céline Regnard, qui souligne que la Méditerranée, espace de connexions multiples, a façonné les approches de l’histoire globale. Christian Grataloup, lui, rappelle la nécessité de déconstruire l’histoire coloniale, préférant le terme de «&nbsp;connexion&nbsp;» à celui de «&nbsp;découverte&nbsp;» pour parler de la rencontre que fait l’Europe de l’Amérique à la fin du XVI<sup>e</sup> siècle.&nbsp;</p>



<p>Une table ronde consacrée aux «&nbsp;coulisses&nbsp;» de l’exposition a ensuite permis à ses commissaires de revenir sur sa genèse&nbsp;: au thème initial de la colonisation a été préféré le défi de proposer une histoire du monde affranchie du prisme de la colonisation, en rendant compte de la manière dont les sociétés non européennes ont raconté leur histoire. L’œuvre de Chéri Samba (<em>La Vraie carte du monde, </em>2011), qui présente un planisphère retourné, est à ce titre emblématique. Les cartels eux-mêmes reflètent cette ambition, utilisant la projection de Fuller, représentation du monde non européanocentrée, en rupture avec le planisphère hérité de Mercator.&nbsp;</p>



<p>Enfin, plusieurs spécialistes du monde des musées (Nanette Snoep, Nathalie Bondil, Sarah Ligner) ont décliné cette question de la mondialité en histoire de l’art, ainsi que Léa Saint-Raymond, autrice de <em>Fragments d’une histoire globale de l’art </em>(Rue d’Ulm, 2022). Ce souci d’adopter une muséographie affranchie de la geste coloniale hante les musées d’aujourd’hui, et le dispositif participatif de la fin du parcours de l’exposition, proposant au visiteur de devenir lui-même un objet « sous cloche », en est une des réponses ludiques que l’on ne peut qu’inviter à aller expérimenter jusqu’au 11 mars prochain. </p>



<p>MATHILDE MOUGIN</p>
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