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	<title>Archives des carte blanche - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des carte blanche - Journal Zebuline</title>
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		<title>Cyrille Tricoire, un anniversaire bien orchestré</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Mar 2023 09:52:56 +0000</pubDate>
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<p>Voilà désormais trente ans que le violoncelliste <strong>Cyrille Tricoire </strong>a rejoint l’orchestre de Montpellier pour y officier en tant que supersoliste. «<em>&nbsp;Trente ans pile poil&nbsp;: j’ai auditionné en février 1993.&nbsp;</em>» Activité qui l’a conduit à ce qu’il qualifie pudiquement de <em>«&nbsp;mises en lumière&nbsp;</em>», sur des programmes symphoniques et chambristes,dont il n’a guère envie de se vanter. Il y aurait pourtant de quoi, à en croire son parcours et sa discographie. Il n’est en effet pas donné à tout le monde de jouer en compagnie de Michel Portal, Fazil Say, Michel Dalberto… Ou de voir plusieurs de ses enregistrements salués par la critique, Choc Classica et autre Diapason d’Or à l’appui.<br><br><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Un parcours rare<br></mark></strong>Cette réussite somme toute rare pour un titulaire d’orchestre, Cyrille Tricoire l’attribue avant tout à «<em>&nbsp;la politique culturelle rare et précieuse développée à Montpellier. Dès mon arrivée à l’orchestre – et cela n’a jamais cessé – cette politique avait pour principe de mélanger les grands solistes internationaux avec les solistes de l’orchestre.&nbsp;</em>»Une décision qui a particulièrement valorisé les musiciens de la structure. «<em>&nbsp;Ce sont des opportunités inouïes, qui n&rsquo;existent dans aucune autre institution : jouer </em>La Truite <em>de Schubert en compagnie de Maria João Pirès, ou son </em>Quintette D 956 <em>avec Janos Starker. C’est une chance incroyable, très rarement donnée à des musiciens d’orchestre.&nbsp;</em>» Une chance qui lui aura également permis de se frotter à un répertoire qui lui est particulièrement cher, la musique contemporaine, et à des musiciens tels que Philippe Hersant, dont il aura entre autres enregistré le <em>Concerto n°2 pour violoncelle et orchestre</em>. <em>« Toute autre institution aurait recouru à un soliste de renom pour une création de cette ampleur, à quelqu’un comme Yo-Yo-Ma. Mais pas Montpellier.&nbsp;»&nbsp;<br></em>Cyrille Tricoire ne se rêve pas pour autant en concertiste attitré. «&nbsp;<em>Ce qui m’intéresse, c’est l’orchestre. Le répertoire d’orchestre pour violoncelle est tout simplement extraordinaire. En se concentrant sur le répertoire de soliste, on peut vite tourner en rond…&nbsp;»</em> Cette culture de l’orchestre, c’est à son professeur Erwan Fauré – <em>«&nbsp;aucun lien&nbsp;!&nbsp;» </em>– qu’il l’impute, et aux nombreux concerts de l’Orchestre d’Île-de-France auxquels il a assisté.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une carte blanche aux petits oignons<br></mark></strong>Au Corum de Montpellier, le programme élaboré par le violoncelliste reflète ce goût du collectif et du contemporain. Pour le concocter, Tricoire a notamment sollicité la pianiste et cheffe de chant <strong>Anne Pagès-Boisset</strong>. On y entendra également deux jeunes recrues du chœur&nbsp;: la soprano <strong>Hwanyoo Lee </strong>et la mezzo-soprano <strong>Dominika Gajdzis</strong> sur des pages sublimes de Manuel de Falla, Massenet, Villa-Lobos, Mozart, Offenbach… Mais aussi une mélodie coréenne de <strong>Wonju Lee </strong>et une création du compositeur et contrebassiste montpelliérain <strong>Jean-Marc Fouché</strong>, écrite pour Cyrille et sa fille <strong>Juliette Tricoire</strong>, tromboniste co-soliste de l’orchestre depuis peu. En conclusion du concert, un triptyque réunissant Bernstein et les percussionnistes <strong>Philippe Limoge </strong>et <strong>Patrice Héral</strong>, qui <em>«&nbsp;valent à eux seuls qu’on se déplace pour le concert. Rien que pour eux, il faut venir&nbsp;!</em></p>



<pre class="wp-block-verse">SUZANNE CANESSA<br><br>La <strong>Carte blanche à</strong> <strong>Cyrille Tricoire</strong> s'est déroulé le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">4 mars<br></mark>à l'Opéra Berlioz – Le Corum, Montpellier<br><a href="http://opera-orchestre-montpellier.fr">opera-orchestre-montpellier.fr</a></pre>
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		<title>Maryse Condé superstar</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Dec 2022 10:05:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Idées et rencontres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Awa Isoa]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Conçue avec la complicité du Comité Mam Ega, de la Collective, de l’association Mamanthé et du festival Kadans Caraïbe, la carte blanche accordée à Maryse Condé a convoqué nombre d’artistes, d’auteurs et d’autrices proches de l’écrivaine. Pour un résultat honorant les différentes facettes d’une œuvre riche et complexe, ses influences, références mais aussi ses héritiers [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Conçue avec la complicité du Comité Mam Ega, de la Collective, de l’association Mamanthé et du festival Kadans Caraïbe, la carte blanche accordée à Maryse Condé a convoqué nombre d’artistes, d’auteurs et d’autrices proches de l’écrivaine. Pour un résultat honorant les différentes facettes d’une œuvre riche et complexe, ses influences, références mais aussi ses héritiers de tous bords.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Prima la musica&nbsp;!</mark></strong><br>Sans surprise pour cette programmatrice de deux jours et sa complice de toujours, <strong>Christiane Taubira</strong>, la musique tenait une place primordiale dans cette célébration d’amitiés. La <em>Célébration du Gwoka&nbsp;</em>donnée en conclusion par la <strong>Compagnie Boukousou</strong> fit ainsi danser des corps déjà réchauffés par les chants haïtiens entonnés avec tendresse et malice par <strong>Mariann Mathéus</strong>. L’hommage, entre lectures, slam, rap et envolées free jazz de l’impressionnant <strong>Blade AliMbay </strong>et de son complice <strong>Nicolas Baudino</strong>, fut également un moment rare. Mais c’est peut-être au son de la voix lyrique, ample et colorature de la soprano guadeloupéenne <strong>Leïla Brédent </strong>que les deux amies Maryse et Christiane semblèrent les plus sensibles. Et pour cause&nbsp;: les morceaux de bravoure se sont enchaînés avec puissance et musicalité, du vertigineux air de la folie de <em>Lucia di Lammermoor </em>aux clochettes de <em>Lakmé</em>. Pour se conclure, en bis, sur un air emprunté au Chevalier de Saint-George. Sur l’adaptation touchant à la perfection de <em>Desirada</em>, l’interprétation au cordeau de <strong>Nathaly Coualy</strong> put compter sur le Chapman Stick enchanteur de <strong>David Blamèble</strong>, prompt à accompagner avec un sens de l’à-propos et une subtilité précieuses ce récit âpre de femmes et de violence. Il fallut également sortir les mouchoirs une fois la brève apparition sur scène de <strong>Laurent Voulzy </strong>terminée&nbsp;: ce <em>Belle-Île-en-Mer, Marie Galante </em>entonné par le chanteur orphelin depuis quelques mois avait de quoi secouer l’auditoire. Sur le refrain – «&nbsp;<em>séparé petit comme vous, je connais ce sentiment de solitude et d’isolement&nbsp;» </em>–l’autrice jusque-là un peu absente eut bien du mal à retenir ses larmes. Le choix de cette balade souvent qualifiée à tort d’exotique, alors qu’elle ne raconte rien d’autre que l’exil, se révéla particulièrement bien pensé.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Fiertés</mark></strong><br>Ils seront tous nombreux à réaffirmer quel modèle l’autrice guadeloupéenne a pu incarner pour eux. Titulaire, entre autres, du Booker Price, celle-ci s’est également vu décerner en 2018 un prix Nobel «&nbsp;alternatif&nbsp;». Celui tenu, malgré l’annulation du prix pour des raisons judiciaires, par un jury ayant à cœur d’honorer la plus illustre écrivaine francophone. Ce désir de rendre justice à une écrivaine encore trop méconnue était également au cœur de cette carte blanche. Envisagées suite à la participation de Maryse Condé à l’édition 2019 <em>d’Oh Les Beaux Jours&nbsp;!</em>, ces deux journées semblaient mues par l’urgence. Celle, notamment, de faire connaître ses textes et leurs thématiques trop rares aux plus jeunes. Ce fut le cas <em>Moi, Tituba sorcière,</em>&nbsp;récit de la vie réelle d’une esclave condamnée pour sorcellerie, interprété par des élèves du collège Henri Wallon. Mené sous la direction du musicien&nbsp;<strong>Awa Isoa</strong> et de la comédienne <strong>Léa Jean-Théodore</strong>, le projet, pensé comme un «&nbsp;acte mémoriel&nbsp;» par le Comité Mam Ega, a ouvert la journée du 25 novembre.</p>



<p>Avant que la soirée finale du 26 novembre ne vienne confronter nombre d’auteurs et d’autrices à leur aînés, plusieurs comédiens et musiciens se succèdent pour donner vie à son œuvre et ses références. Tant et si bien que la table ronde attendue de pied ferme par un public nombreux s’est avérée la moins apte à en faire entendre toute la richesse. La faute à un agencement poussant les intervenantes à égrener les anecdotes plutôt qu’à rentrer dans les textes&nbsp;et le vif du sujet ? Ou par le choix questionnable de faire lire les questions de Maryse Condé par <strong>Eva Doumbia</strong>, et de contraindre les invitées à lui répondre à la troisième personne, comme si l’autrice certes diminuée ne pouvait les entendre&nbsp;? Contrainte par le dispositif à prendre faits et voix pour l’autrice, Eva Doumbia sortira cependant de ce rôle bien difficile à tenir pour saluer l’« <em>immensité</em>&nbsp;» de l’œuvre, l’«&nbsp;<em>incroyable précision historique</em> » de la saga <em>Ségou. </em>Même son de cloche chez la romancière et dramaturge <strong>Gäel Octavia</strong> saluant cette «&nbsp;<em>véritable cathédrale</em>&nbsp;» happant son lecteur «&nbsp;<em>avec le même pouvoir d’addiction qu’une série Netflix</em>.&nbsp;» <strong>Laurent Gaudé</strong>, moins prompt à l’épanchement, saluera cependant la «&nbsp;<em>choralité</em>&nbsp;» et l’«&nbsp;<em>oralité </em>» poussées par l’autrice au paroxysme&nbsp;: «&nbsp;<em>les personnages arrivent et se disent. C’est inédit et bouleversant.&nbsp;»</em> Le texte se fera enfin entendre dans toute sa splendeur à travers la voix de son mari et traducteur <strong>Richard Wilcox</strong>, lisant l’extrait de <em>La Vie sans Fard </em>narrant leur rencontre, et la perspective d’enfin réaliser auprès de lui son désir d’écriture.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="696" height="309" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?resize=696%2C309&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-117595" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?w=700&amp;ssl=1 700w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?resize=300%2C133&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2022/12/Le_Caravage_creole_%C2%A9_Francoise_Semiramoth.png?resize=696%2C309&amp;ssl=1 696w" sizes="(max-width: 696px) 100vw, 696px" /><figcaption class="wp-element-caption">Le Caravage créole © Francoise Semiramoth</figcaption></figure>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Créolisations</mark></strong><br>Il faut enfin saluer la cohérence des choix artistiques toujours pluridisciplinaires effectués par l’invitée pour rendre justice à ses textes les plus passionnants. L’adaptation de <em>La Migration des Cœurs </em>aurait certes, pour plus de lisibilité, mérité un comédien ou deux en sus. Mais l’interprétation inspirée de <strong>Laura Clauzel</strong>, <strong>Vanessa Dolmen </strong>et<strong> Christian Julien</strong>, accompagnée de la bande sonore tout aussi subtile de <strong>Romain Trouillet</strong>, emporte. Elle fait découvrir ce texte étonnant, transposition des <em>Hauts de Hurlevent </em>dans les Caraïbes du début du XX<sup>e</sup> siècle. Heathcliff y devient Razyé, jeune orphelin adopté par une famille béké. La langue y est étincelante&nbsp;: imagée – ce «&nbsp;<em>silence pesant comme un linge mouillé</em>&nbsp;» et autres «&nbsp;<em>ventres à crédit</em>&nbsp;» – et divinement créolisée. Fil rouge de la programmation, cette réécriture était également le point de départ du <em>Caravage Créole</em>, installation sonore et vidéo de <strong>Françoise Sémiramoth </strong>réinsérant les couleurs chères à l’autrice&nbsp;: le vert du refus, le noir de «&nbsp;<em>l’envers des rêves</em>&nbsp;». La refonte des mythes, littéraires, ne saurait se faire qu’iconographique pour cette révolutionnaire au cœur tranquille :&nbsp;«&nbsp;<em>Si le végétal devient roi, si les peaux changent de couleur évitant la terrible dichotomie qui nous fit tant de mal, si le cheval devient un symbole de faiblesse et d&rsquo;aveuglement, c&rsquo;est à la magie du rêve que nous le devons. Il faut rêver, c&rsquo;est urgent.&nbsp;</em>»</p>



<p>SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Les amitiés de Maryse Condé</em> se sont tenues les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">25 et 26 novembre</mark> au Mucem, Marseille</pre>
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