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	<title>Archives des Décolonial - Journal Zebuline</title>
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		<title>« Décoloniser n’est pas un mot diabolique »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 12:06:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Diasporik. Entre républicanisme et «&#160;wokisme&#160;», comment défendre une approche nuancée du décolonial ?Stéphane Dufoix. La logique du « campisme » – choisir un camp contre l’autre – n’aide pas à comprendre. La perspective décoloniale n’est pas seulement militante : elle est aussi scientifique et politique. Prendre de la distance permet de voir comment ces camps [&#8230;]</p>
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<p><strong>Diasporik<em>. </em>Entre républicanisme et «&nbsp;wokisme&nbsp;», comment défendre une approche nuancée du décolonial ?<br>Stéphane Dufoix.</strong> La logique du « campisme » – choisir un camp contre l’autre – n’aide pas à comprendre. La perspective décoloniale n’est pas seulement militante : elle est aussi scientifique et politique. Prendre de la distance permet de voir comment ces camps se sont formés, et de mieux cerner les enjeux actuels.</p>



<p><strong>Quelles médiations entre monde académique, luttes sociales et institutions ?<br></strong>La perspective décoloniale permet de penser la production de savoirs au-delà du cadre universitaire. Les mouvements sociaux – du Chiapas aux forums altermondialistes – produisent eux aussi des connaissances sur la société. Leur circulation par chercheurs, médias ou intellectuels élargit le champ des possibles. La stricte séparation entre science et militantisme limite ces circulations et bloque les transformations sociales.</p>



<p><strong>Quel rôle pour les citoyen·nes, notamment les personnes racisées, dans ce chantier ?<br></strong>Nous restons prisonniers de structures mentales héritées du passé national : genre, couleur de peau, religion, origine. Toute personne peut contribuer à les déconstruire, mais celles et ceux qui vivent directement discriminations et exclusions disposent d’une capacité particulière à les objectiver. Leur expérience, transformée en récit, recherche, art ou mobilisation, enrichit la critique et ouvre des voies nouvelles.</p>



<p><strong>Quelles transformations nécessaires au-delà du symbolique dans les institutions culturelles ?<br></strong>Le chantier est immense. L’Éducation nationale devrait engager une réflexion d’ensemble sur l’histoire de France, intégrant pleinement esclavage, colonisation et immigration. Le Musée national de l’histoire de l’immigration illustre cette démarche. L’ouverture des archives sensibles, notamment celles de la guerre d’Algérie, va dans le même sens. Mais entre accès aux documents et mise en récit fidèle à la réalité historique, il reste un long chemin.</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p><em>« La perspective décoloniale n’est pas une idéologie, c’est un outil critique pour comprendre et transformer nos sociétés. »</em></p></blockquote></figure>



<p><strong>Comment les sciences sociales françaises intègrent-elles (ou résistent-elles) à la critique décoloniale ?<br></strong>25 ans après leur émergence, les travaux du collectif Modernité/Colonialité restent peu traduits et mal diffusés en France, malgré l’effort de chercheur·es comme Philippe Colin, Lissell Quiroz ou Capucine Boidin. Deux raisons principales : la disciplinarité universitaire, peu adaptée à une approche transversale, et le poids d’un universalisme français qui, depuis les années 1990, a pénétré le monde intellectuel. Les recherches critiques sont souvent disqualifiées comme « idéologies » – islamo-gauchisme, wokisme, intersectionnalisme – plutôt que débattues sur le fond.</p>



<p><strong>Vous évoquez souvent le pluriversalisme. En quoi éclaire-t-il les résistances françaises ?<br></strong>L’universalisme politique, hérité des Lumières, est une construction historique. La France, comme les États-Unis, s’est pensée investie d’une mission : hier la « mission civilisatrice », aujourd’hui une certaine idée de l’exception française. Mais universaliser un point de vue particulier revient à le déshistoriciser. D’où l’appel de Dipesh Chakrabarty à « provincialiser l’Europe ». La critique de ce faux universalisme ne signifie pas forcément relativisme. Le pluriversalisme, tel que défendu par Walter Mignolo ou Arturo Escobar, s’inspire de l’idée zapatiste d’un monde « où coexistent de nombreux mondes ». Il affirme une universalité de la pluralité.</p>



<p><strong>À Marseille, les diasporas portent des démarches décoloniales, parfois en opposition aux institutions. Qu’en pensez-vous ?<br></strong>La logique diasporique et l’approche décoloniale ne se confondent pas, même si elles convergent dans la contestation d’un récit national unique et exclusif. Les diasporas construisent des espaces communautaires, selon des appartenances vécues. Le projet décolonial, lui, vise un horizon plus large : transformer les cadres collectifs du vivre-ensemble.</p>



<p>ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SAMIA CHABANI</p>


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<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="307" height="547" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/10/decolonial-Anamosa.jpg?resize=307%2C547&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-132016" style="width:203px;height:auto" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/10/decolonial-Anamosa.jpg?w=307&amp;ssl=1 307w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/10/decolonial-Anamosa.jpg?resize=168%2C300&amp;ssl=1 168w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/10/decolonial-Anamosa.jpg?resize=150%2C267&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/10/decolonial-Anamosa.jpg?resize=300%2C535&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/10/decolonial-Anamosa.jpg?resize=236%2C420&amp;ssl=1 236w" sizes="(max-width: 307px) 100vw, 307px" /></figure>
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<p>Nos articles <em>Diasporik</em>, conçus en collaboration avec <a href="https://ancrages.org">l’association Ancrages</a> sont également disponible en intégralité sur leur site</p>
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		<title>De quoi le « décolonial » est-il le nom ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Sep 2025 12:18:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Édito]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le terme « décolonial » fait irruption dans les musées, la recherche et l’espace public, mais demeure souvent perçu comme une abstraction clivante. Réduit à des polémiques sur des statues déboulonnées ou des rues rebaptisées, il est caricaturé en posture idéologique, soupçonné de repentance. Pourtant, il renvoie à une aspiration profonde : nommer et penser [&#8230;]</p>
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<p>Le terme « décolonial » fait irruption dans les musées, la recherche et l’espace public, mais demeure souvent perçu comme une abstraction clivante. Réduit à des polémiques sur des statues déboulonnées ou des rues rebaptisées, il est caricaturé en posture idéologique, soupçonné de repentance. Pourtant, il renvoie à une aspiration profonde : nommer et penser l’héritage colonial, longtemps laissé dans l’angle mort de la mémoire nationale.</p>



<p>En France, certains découvrent brutalement la réalité de la colonisation, faute d’enseignement structuré.&nbsp; Le colonial n’a pas seulement été une domination militaire et politique : il était un système global, mêlant exploitation économique, extractivisme, capitalisme de prédation et racisme structurel. N’est-il pas légitime d’en reconnaître les fondements et les héritages ?</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Des savoirs situés</mark></strong></p>



<p>Issu des travaux du collectif latino-américain Modernité/Colonialité, le « décolonial » met en évidence la capacité des mouvements sociaux à produire des savoirs sur la société en dehors des cadres issus des héritages coloniaux, patriarcaux ou raciaux. Mais en France, cette perspective peine à s’imposer dans les sciences sociales, en raison d’un universalisme républicain censé neutraliser les discriminations.</p>



<p>Or la mémoire nationale, comme l’a montré l’historien Pierre Nora, est conçue comme ciment collectif, et tend donc à effacer ou subordonner les mémoires minoritaires : coloniales, ouvrières, régionales. Le décolonial se situe précisément à la croisée de ces fractures mémorielles.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">La persistance de la colonialité</mark></strong></p>



<p>La colonialité perdure de manière diffuse, dans nos institutions comme dans nos représentations. Elle s’incarne dans le racisme systémique, dans la violence matérielle et symbolique, parfois policière, qui frappe les populations racisées.&nbsp;</p>



<p>Frantz Fanon, dans <em>Les Damnés de la Terre</em>, décrivait la colonisation comme une structure intrinsèquement violente, inscrite dans l’espace, le droit et les corps. Achille Mbembe a prolongé cette lecture en montrant combien cette violence persiste sous des formes sécuritaires, économiques et raciales. Autrement dit, la colonialité n’est pas un vestige : elle s’exprime aujourd’hui dans les relations sociales, la gestion des territoires et les récits médiatiques.</p>



<p>Les sociologues Abdelmalek Sayad et Pierre Bourdieu ont mis en lumière une logique durable : les immigrés des anciennes colonies ont été pensés comme une main-d’œuvre provisoire, non comme des citoyens. Cette assignation a traversé les générations et marque encore les quartiers populaires : la relégation territoriale, les contrôles sécuritaires «&nbsp;au faciès&nbsp;», la stigmatisation raciale et culturelle, les discriminations à l’embauche et au logement sont réels et documentés.</p>



<p>L’espace urbain est devenu un instrument de discrimination où les inégalités sociales se sont naturalisées. Entre invisibilisation&nbsp; et politiques d’« intégration », la gestion de l’altérité reste prisonnière de l’héritage colonial.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Décoloniser les imaginaires</mark></strong></p>



<p>Depuis la création, en 2015, du collectif <em>Décoloniser les arts</em> autour de Françoise Vergès, il n’est plus seulment question de «&nbsp;diversité&nbsp;», de la place des artistes racisés dans les institutions. Il s’agit d’interroger aussi les programmations culturelles, la restitution des œuvres et des restes humains spoliés, et la représentation des identités minoritaires.</p>



<p>L’ethnographie de spectacle ou les « villages Bamboula » appartiennent désormais à un passé dénoncé. L’objectivation raciste qui les sous-tendait n’est plus tolérée dans des sociétés traversées par des identités multiples.</p>



<p>Le débat décolonial s’incarne aussi dans les médias, dans des portails académiques comme <em>Marsimperium.org</em>, mais aussi des chaînes YouTube ou des comptes Instagram, qui jouent un rôle central dans la circulation mondiale des récits. Des collectifs tels qu’<em>Histoires Crépues</em>, <em>Décolonisons-nous</em> ou <em>Diaspolemic</em>&nbsp; (voir p 18) proposent des contre-récits face aux infox et aux tentatives de museler l’histoire coloniale. Soutenus par des médias transnationaux comme AJ+ ou Blast, ces passeurs contribuent à sortir du prisme national dans lequel les médias traditionnels se sont longtemps enfermés.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Une bataille culturelle et politique</mark></strong></p>



<p>Dans un contexte national où la vie associative se fragilise et où les politiques antidiscriminations reculent, le décolonial apparaît comme une démarche essentielle pour déconstruire les stéréotypes hérités de l’imaginaire colonial. &nbsp;</p>



<p>Les consciences diasporiques, faites de pratiques sociales, culturelles et militantes transnationales, créent des ponts entre « ici » et « là-bas » et les diasporas ont un poids croissant dans les mobilisations citoyennes. Ainsi, les solidarités face aux guerres actuelles s’inscrivent dans une mémoire politique de l’anticolonial. L’occupation israélienne, héritière de logiques coloniales modernes, nourrit des mobilisations transnationales où s’expriment aussi bien des solidarités européennes que des engagements juifs en faveur de la libération palestinienne.</p>



<p>Le décolonial n’est pas une idéologie close, mais un processus : il interroge les mémoires, les rapports sociaux, les pratiques culturelles, pour proposer un socle émancipateur au vivre-ensemble. Dans la région artistes, chercheurs et militants en font un terrain d’expérimentation culturelle et politique. Face à la montée de l’extrême droite, il constitue plus que jamais une bataille culturelle décisive.</p>



<p>Samia Chabani</p>



<p></p>



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