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	<title>Archives des Festval de Locarno - Journal Zebuline</title>
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		<title>Hanami, sous le sable noir du Cap-Vert</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Jul 2026 16:00:00 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Hanami, ça ne s’explique pas. Il faut le voir</em>&nbsp;» dit un vulcanologue japonais à son ami capverdien, en buvant un thé dans un champ de lave noire. Hanami, c’est regarder les fleurs printanières des cerisiers, abricotiers ou pêchers, de leur éclosion à la dispersion de leurs pétales, en pluie rose et blanche. Un rituel célébrant un miracle éphémère, renouvelé de saison en saison, une poésie de l’instant fragile et éternel. Ici, sur l’île aride de Fogo, au sud de l’archipel du Cap-Vert, on est bien loin du Japon pourtant. De pluie il n’y en a pas. Ni florale ni liquide. Les racines nourricières ne trouvent plus l’eau et les paysans migrent vers d’autres pays. L’Atlantique, frère lointain du Pacifique, bat les plages de sable gris. Mais le rapport au monde de ces insulaires qui vivent de peu, fraternise avec celui de leurs homologues japonais&nbsp;: la brisure, la séparation se mettent en scène comme un Kintsugi, cette technique ancestrale qui répare les porcelaines brisées à la poudre d’or pour en faire des objets plus beaux, plus riches d’histoire que les originaux. Les paysages sont d’une sidérante beauté. L’abstraction voisine le prosaïque comme dans un haïku. Le titre du film est programmatique&nbsp;: contemplation, fragilité, cassure, reconstitution, sublimation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au centre, le regard grave et perçant de Nana, fillette (<strong>Dalima Mendes</strong>) puis adolescente ( <strong>Sanaya Andrade</strong>). Le film s’ouvre sur le départ de sa mère, Nia (<strong>Alice da Luz</strong>) vers une vie meilleure loin du sol natal. Et sur «&nbsp;l’abandon&nbsp;» ritualisé&nbsp;de sa fille : le bébé passe de bras en bras dans une file de femmes de plus en plus âgées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nana grandit entourée et aimée par sa famille maternelle&nbsp;: une existence de gestes domestiques simples. La lessive, les repas, les œufs prélevés dans le poulailler qui devient son refuge. Son oncle fait des gâteaux au coco et rêve d’un tiramisu dont aucun des ingrédients n’est disponible sur l’île. Il y a ceux qui sont partis et ceux qui sont restés. La mémoire familiale en photos de pères, mères, enfants, endimanchés pour poser en studio, devant un décor peint. En sourdine et basse continue, la déchirure de l’exil, de l’absence. Les dangers des migrations des hommes et des tortues qui viennent pondre sur les plages de Fogo et dont beaucoup d’œufs puis de bébés sont dévorés par les prédateurs. Le retour des Exilés pour les vacances, déracinés à jamais, étrangers à leur propre culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Le chant du monde</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Nana garde ses larmes, apprend à tout faire, joue avec les enfants du quartier, s’applique à l’école&nbsp;; plus tard, elle aidera son oncle qui a réussi à ouvrir une boulangerie. Enfant, son mal intérieur se concrétise par des accès de fièvre et elle ira seule près du grand Volcan chercher auprès d’une guérisseuse, le «&nbsp;savon des sorcières&nbsp;». Un rite de passage suivi d’une ellipse, qui lui ouvre l’adolescence et l’enracine dans son identité capverdienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La langue, les contes anciens où se côtoient pêcheurs et sirènes, le grondement permanent des vagues de l’Océan, la musique des mots créoles, de l’air dans les coquillages collés à l’oreille, ont façonné son imaginaire. La caméra observe Nana qui observe le monde&nbsp;; elle la duplique en jeux de miroirs quand la jeune fille retrouvera Nia, sa mère revenue pour quelques semaines sur l’île.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’effet immersif du film s’opère grâce à une BO subtile et lancinante, aux plans fixes d’une incroyable beauté plastique, composés comme des tableaux par la directrice de la photographie espagnole <strong>Alana Mejía González</strong>. Grâce aussi à un rythme lent et envoûtant qui semble suspendre le temps entre rêves et matérialité essentielle du monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">ELISE PADOVANI</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Hanami</em> de <strong>Denise Fernandez</strong> Fernandez</p>



<p class="wp-block-paragraph">En salle le 1er juillet</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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