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	<title>Archives des Flammarion - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Flammarion - Journal Zebuline</title>
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		<title>Une écriture salvatrice</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Florence Lethurgez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Jun 2025 12:26:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce roman, le premier publié chez Flammarion de Sonia Feertchak, interroge le lecteur par son titre, pourtant dénué de point d’interrogation&#160;: Ne vois-tu rien venir. Il s’agit de la phrase-refrain, angoissée, empruntée au conte de Perrault, Barbe-Bleue, une phrase-clé pour entrer dans le récit. La réponse du conte, bien connue également, «&#160;Je ne vois rien [&#8230;]</p>
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<p>Ce roman, le premier publié chez Flammarion de <strong>Sonia Feertchak</strong>, interroge le lecteur par son titre, pourtant dénué de point d’interrogation&nbsp;: <em>Ne vois-tu rien venir</em>. Il s’agit de la phrase-refrain, angoissée, empruntée au conte de Perrault, <em>Barbe-Bleue</em>, une phrase-clé pour entrer dans le récit. La réponse du conte, bien connue également, «&nbsp;<em>Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie&nbsp;</em>»<em>,</em> peut renvoyer à l’accent mis par l’auteure sur les descriptions de la nature et du temps qu’il fait, écrites depuis l’encre noire des yeux de Lise, le personnage central.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du conte cruel à l’humour noir</mark></strong></p>



<p>Le roman décrit l’évolution de Lise, depuis ses sept ans jusqu’à ses dix-neuf ans, saisie, avec une précision clinique, par ses pensées et ses émotions. Le point focal est la relation au père, figure tutélaire et sombre, dont le comportement infidèle semble provoquer la déliquescence de ses conquêtes. Le fil narratif est noué à celui du journal intime de l’enfant puis de l’adolescente, sorte de carnet d’enquête dans lequel Lise confie ses constats et ses doutes.</p>



<p>Le texte se lit comme un genre hybride entre fiction et témoignage&nbsp;: biographie ou essai engagé, roman initiatique ou noir, avec ses supposés meurtres en série. L’écriture se tient entre oral et écrit, argot d’époque y compris, au plus près de la parole de Lise et de son environnement domestique, et au lecteur de grandir avec elle.&nbsp;</p>



<p>Le roman est comme le résultat d’un vaste atelier d’écriture, saisissant la construction de l’identité-femme de Lise, de «&nbsp;<em>l’enfant de la nature&nbsp;</em>» à la jeune femme d’écriture. Et à travers elle se dessine un portrait à charge de l’homme dominateur et prédateur, à l’image de Barbe-Bleue.&nbsp;</p>



<p>Mais le premier atout du roman réside dans le caractère nuancé des pensées et des faits que relate le récit. D’autres points forts tiennent au suspense, qui croît de page en page, à l’humour, mécanisme de défense entre trauma vécu et mots pour le dire, aux descriptions minutieuses des êtres, des choses et de la nature, enfin à une conception protectrice et salvatrice de l’écriture. L’ensemble est traversé par une pensée féministe à la fois ouverte, engagée et par une écriture minutieuse, claire et accessible.</p>



<p>FLORENCE LETHURGEZ</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Ne vois-tu rien venir</em>, de <strong>Sonia Feertchak</strong><br><a href="https://editions.flammarion.com/ne-vois-tu-rien-venir/9782080447326">Flammarion</a> - 21 €</pre>



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		<title>Se jeter à l’eau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chris Bourgue]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 09:44:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Arnaud Cathrine]]></category>
		<category><![CDATA[Bouches-du-Rhône]]></category>
		<category><![CDATA[Flammarion]]></category>
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		<category><![CDATA[Roman de plages]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le dernier roman d’Arnaud Cathrine se présente sous la forme d’un journal intime dans lequel Raphaël note ses interrogations, son malaise, suite à la rupture décidée par sa femme, Anne, qui déclare ne plus l’aimer. Dur à encaisser. Comment parvient-on au désamour&#160;? Il sombre dans une dépression qu’il ne nomme pas. C’est son éditeur qui [&#8230;]</p>
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<p>Le dernier roman d’<strong>Arnaud Cathrine</strong> se présente sous la forme d’un journal intime dans lequel Raphaël note ses interrogations, son malaise, suite à la rupture décidée par sa femme, Anne, qui déclare ne plus l’aimer. Dur à encaisser. Comment parvient-on au désamour&nbsp;? Il sombre dans une dépression qu’il ne nomme pas. C’est son éditeur qui le fera hospitaliser puis lui conseillera de se remettre à l’écriture, en reprenant son journal, par exemple.&nbsp;</p>



<p>Pour cela Raphaël se tourne vers les paysages maritimes, ces lieux qui l’ont toujours nourri et inspiré. Du 14 mai au 16 août 2022, quatre séjours dans des stations balnéaires le prépareront à un nouveau départ. Des rencontres lui permettront peu de se remettre debout. Avec Mona à La Grande-Motte, il retrouve le plaisir de la nage&nbsp;; à Arcachon il va sur les traces de son grand-père et rencontre le jeune Loïs avec lequel il partage le goût du naturisme libérateur&nbsp;; à Bénerville, une femme le séduit – comme une parenthèse bienfaitrice – alors que la Gironde est en feu. La quatrième plage, celle de Préfailles, est celle de l’enfance et de la maison familiale dans laquelle Raphaël retrouve sa fille et qu’il a décidé de vendre.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Raison de vivre</mark></strong></p>



<p>Il apparaît que Raphaël ressemble beaucoup à Arnaud qui s’est probablement projeté dans son personnage. Comme Arnaud, Raphaël est écrivain, aime la mer et la nage, et les écrivaines qui en ont parlé comme Chantal Thomas, Annie Leclerc. Il lit aussi Barthes, Sagan, Duras. On aime à imaginer qu’Arnaud a croqué son personnage avec gourmandise, jouant avec son propre vécu, mélangeant souvenirs et fictions, dans la langue limpide et juste qui le caractérise.&nbsp;</p>



<p>On le suit avec curiosité gourmande. Est-ce Raphaël ou l’auteur qui déclare&nbsp;: «&nbsp;<em>Raconter ma vie m’emmerde. Je préfère celle des autres</em>&nbsp;»&nbsp;&#8211; on sait que Raphaël y excelle… Belle aventure que la création littéraire, belle expérience que le partage entre écrivain et lecteur. Raphaël n’écrira pas son histoire avec Anna mais il liquide proprement son passé.</p>



<p>CHRIS BOURGUE</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Roman de plages</em> d’<strong>Arnaud Cathrine</strong><br>Flammarion - 21 €, avec des photos de l’auteur en N&amp;B<br>L’auteur sera présent au <a href="https://ohlesbeauxjours.fr">Festival <strong><em>Oh les beaux jours</em></strong></a> pour plusieurs lectures à Marseille</pre>



<p>Retrouvez nos articles <em><a href="https://journalzebuline.fr/category/litterature/">Livres et Littérature</a></em> ici </p>
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		<title>Parfums d’exil</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anne-Marie Thomazeau]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Mar 2025 09:58:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[exil]]></category>
		<category><![CDATA[Flammarion]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Omar Youssef Souleimane]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le narrateur n’a pas de nom mais c’est un «&#160;arabe qui sourit&#160;».&#160;Syrien réfugié à La Rochelle, il&#160;est «&#160;nez&#160;». Il&#160;fabrique des parfums&#160;aux flagrances d’exil et de nostalgie, celles de musc, de rose et de jasmin&#160;qui lui rappelle les&#160;effluves&#160;de Damas, sa ville&#160;qu’il a&#160;quittée&#160;en 2011&#160;pour&#160;échapper au régime d’Assad. Il est d’abord&#160;hébergé&#160;à Beyrouth&#160;par&#160;son ami Naji,&#160;«&#160;deux enfants étrangers dans un [&#8230;]</p>
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<p>Le narrateur n’a pas de nom mais c’est un «&nbsp;<em>arabe qui sourit&nbsp;</em>».&nbsp;Syrien réfugié à La Rochelle, il&nbsp;est «&nbsp;nez&nbsp;». Il&nbsp;fabrique des parfums&nbsp;aux flagrances d’exil et de nostalgie, celles de musc, de rose et de jasmin&nbsp;qui lui rappelle les&nbsp;effluves&nbsp;de Damas, sa ville&nbsp;qu’il a&nbsp;quittée&nbsp;en 2011&nbsp;pour&nbsp;échapper au régime d’Assad.</p>



<p>Il est d’abord&nbsp;hébergé&nbsp;à Beyrouth&nbsp;par&nbsp;son ami Naji,&nbsp;«&nbsp;<em>deux enfants étrangers dans un pays étranger</em>&nbsp;».&nbsp;Comme&nbsp;des millions de réfugiés,&nbsp;ils&nbsp;partagent «&nbsp;<em>le même mode de vie, la même cuisine, la même crise économique et les mêmes malheurs</em>&nbsp;» que les Libanais. Les deux jeunes hommes&nbsp;gravitent&nbsp;dans les milieux&nbsp;d’opposition&nbsp;au «&nbsp;raïs&nbsp;».&nbsp;Puis&nbsp;«&nbsp;<em>celui qui sourit</em><em>&nbsp;</em>»&nbsp;décided’effectuer le grand saut vers la France «&nbsp;<em>abandonnant</em>&nbsp;»&nbsp;Naji et&nbsp;la Résistance.&nbsp;</p>



<p>À&nbsp;l’aéroport,&nbsp;leurs derniers mots&nbsp;sont pleins de tendresse et d’affection&nbsp;: «&nbsp;<em>T</em><em>u ne veux pas venir en France chez les capitalistes&nbsp;? Alors je viendrai au Liban te&nbsp;</em><em>revoir comme</em><em>&nbsp;un colonialiste</em>&nbsp;», déclare celui qui part.&nbsp;«&nbsp;<em>Rappelle-</em><em>toi que</em><em>&nbsp;ton esprit gardera pour toujours les catastrophes</em><em>, les paradoxes et la magie du Proche O</em><em>rient</em>&nbsp;»&nbsp;prédit celui qui reste.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Enquête de vérité&nbsp;</mark></strong></h3>



<div class="wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-ad2f72ca wp-block-group-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="300" height="400" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/03/Photo-Sebastien-Leban-%C2%A9-Flammarion.jpeg?resize=300%2C400&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-128917" style="width:213px;height:auto" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/03/Photo-Sebastien-Leban-%C2%A9-Flammarion.jpeg?w=300&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/03/Photo-Sebastien-Leban-%C2%A9-Flammarion.jpeg?resize=225%2C300&amp;ssl=1 225w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/03/Photo-Sebastien-Leban-%C2%A9-Flammarion.jpeg?resize=150%2C200&amp;ssl=1 150w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /><figcaption class="wp-element-caption">© Flammarion</figcaption></figure>



<p>Dix ans ont passé.&nbsp;Les amis ne se sont pas revus.&nbsp;Un jour,&nbsp;le «&nbsp;<em>Français</em>&nbsp;» reçoit&nbsp;un message de Delia, une Italienne rencontrée lors d’une manifestation anti&nbsp;Assad.&nbsp;Naji est décédé, il s’est suicidé.&nbsp;En finir, quitter la scène, le combat, voilà qui ne ressemble pas à son vieil ami&nbsp;engagé,&nbsp;rebelle, déterminé,&nbsp;croyant en la résistance internationale contre l’impérialisme.&nbsp;Le narrateur&nbsp;triste et troublé&nbsp;repart au Liban sur les traces de Naji, qui avec sa&nbsp;mort&nbsp;le ramène au pays&nbsp;et l’entraîne dans une aventure rocambolesque.</p>
</div>



<p>Avec ce nouveau roman, le journaliste, poète et écrivain Omar Youssef Souleimane continue d’explorer la thématique de l’exil. Exil qu’il a lui-même vécu. Journaliste traqué par les services secrets du régime syrien il quitte clandestinement son pays pour&nbsp;la Jordanie&nbsp;puis&nbsp;la France dont il ignore&nbsp;tout. «&nbsp;<em>Je me suis réfugié dans la langue d&rsquo;Éluard&nbsp;</em>» écrit-t-il. C&rsquo;est désormais en français qu&rsquo;il publie des récits&nbsp;imagés et sensibles&nbsp;d&rsquo;inspiration principalement autobiographique.</p>



<p>ANNE-MARIE THOMAZEAU&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>L’Arabe qui sourit</em>,&nbsp;de&nbsp;<strong>Omar Youssef Souleimane&nbsp;<br></strong><a href="https://editions.flammarion.com">Flammarion</a>&nbsp;-&nbsp;20 €</pre>



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<p></p>
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		<title>Un lieu à nous </title>
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		<dc:creator><![CDATA[journalzebuline]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Aug 2024 13:38:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[En rayon]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Beata Umubyeyi Mairesse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a 30 ans, au printemps 1994, avait lieu le génocide des Tutsis mené par les Hutus au Rwanda. Beata Umubyeyi Mairesse avait alors quinze ans. Elle et sa mère échappèrent au pire grâce à un convoyage humanitaire de Terre des Hommes, une ONG suisse. Avec d&#8217;autres enfants, elles franchirent la frontière vers le [&#8230;]</p>
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]]></description>
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<p>Il y a 30 ans, au printemps 1994, avait lieu le génocide des Tutsis mené par les Hutus au Rwanda. Beata Umubyeyi Mairesse avait alors quinze ans. Elle et sa mère échappèrent au pire grâce à un convoyage humanitaire de Terre des Hommes, une ONG suisse. Avec d&rsquo;autres enfants, elles franchirent la frontière vers le Burundi voisin, et gagnèrent ensuite la France. Il s&rsquo;agit pour l&rsquo;autrice de s&rsquo;émanciper avec ce livre, d&rsquo;une littérature romanesque.&nbsp;</p>



<p>Son premier roman en 2019, <em>Tous les enfants dispersés</em>, revenait sous une forme chorale sur cette terrible période. Cette fois-ci, elle choisit un récit pur, un témoignage à la fois autobiographique mais sans doute davantage collectif mené sous la forme d&rsquo;une enquête de plusieurs années, à la recherche des sauveteurs (les humanitaires), des reporters de la BBC qui ont filmé, des photographes et des autres enfants convoyés. Ce qui est essentiel à ses yeux, c&rsquo;est l&rsquo;appropriation des faits et des événements par les victimes tutsies, la mise en œuvre d&rsquo;un lieu à eux car ce sont le plus souvent des étrangers qui ont œuvré pour constituer une documentation du génocide, plus ou moins juste. L&rsquo;écriture génocidaire de Umubyeyi Mairesse passe par des références : les textes de Primo Levi, d&rsquo;Anna Langfus ou de Charlotte Delbo sur l&rsquo;univers concentrationnaire et l&rsquo;extermination durant la shoah &#8211; le titre et le propos du livre font écho au <em>Kindertransport</em>, opération de sauvetage d&rsquo;enfants juifs d&rsquo;Europe centrale vers l&rsquo;Angleterre.&nbsp;</p>



<p>L&rsquo;évocation strictement personnelle du sort des deux femmes tient en quelques pages. Entre avril et juin 1994, elles se cachent d&rsquo;abord à leur domicile puis changent d&rsquo;endroits, de cave en cinéma désaffecté&#8230; Elles survivent avec peu de nourriture et redoutent l&rsquo;arrivée des génocidaires. L&rsquo;adolescente se fait passer pour une Française car elle a la peau claire, et ce mensonge les sauve. Le parcours en camion jusqu&rsquo;au Burundi se fait dans la clandestinité : il faut se cacher sous des tas de vêtements car Beata a dépassé l&rsquo;âge de douze ans et sa mère est une adulte. On aurait peut-être aimé une plus grande force littéraire même dans ce cadre très documentaire. Mais sans doute la volonté de laisser parler les faits a-t-elle motivé l’écriture.</p>



<p>MARIE DU CREST</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Le convoi</em>, de <strong>Beata Umubyeyi Mairesse</strong><br>Flammarion - 21 €<br>Sorti le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">10 janvier 2024</mark></pre>
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		<title>Épopée sur le « caillou »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anne-Marie Thomazeau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Aug 2024 06:19:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[A la une]]></category>
		<category><![CDATA[Alice Zeniter]]></category>
		<category><![CDATA[Bouches-du-Rhône]]></category>
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		<category><![CDATA[Nouvelle-Calédonie]]></category>
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		<category><![CDATA[Rentrée Littéraire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alice Zeniter, écrivaine et dramaturge, s’est fait connaître du grand public en 2017 avec l’art de perdre, récompensé par six prix littéraires, contant la trajectoire de migration de sa famille et des harkis d’Algérie vers la France dans les années 1960. Dans Frapper l’épopée, l’auteure nous emmène sur une terre où on ne l’attendait pas : [&#8230;]</p>
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<p>Alice Zeniter, écrivaine et dramaturge, s’est fait connaître du grand public en 2017 avec <em>l’art de perdre, </em>récompensé par six prix littéraires, contant la trajectoire de migration de sa famille et des harkis d’Algérie vers la France dans les années 1960. Dans <em>Frapper l’épopée</em>, l’auteure nous emmène sur une terre où on ne l’attendait pas : la Nouvelle-Calédonie. Un roman d’une actualité brûlante puisque depuis trois mois les émeutes ont repris sur l’île sur fond de crise économique et de société – plus que jamais fracturée. On suit son héroïne, Tass, qui a grandi sur le « caillou » et qui revient à Nouméa comme professeure, après sa rupture avec Thomas resté sur le continent. Parmi ses élèves, des jumeaux kanaks, avec leurs tatouages mystérieux, la fascinent. Sont-ils liés à cet insaisissable mouvement indépendantiste « l’empathie violente »qui mène des actions de « terrorisme poétique » destinée à faire vivre aux « zoreilles » (comme sont appelés les Métropolitains) des expériences sensibles et humoristiques de « dépossession » ? Dépossession qu’eux-mêmes, kanaks ont vécu depuis des siècles. Dépossession d’un territoire, d’une vision du monde, d’une identité malmenée par des vagues de peuplement successives, par le métissage, par l’exode des jeunes des villages ancestraux vers des cités de Nouméa lépreuses ; dépossession mais aussi exploitation et explosion des inégalités.<br><br><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Tout est nickel ?<br></mark></strong><br>Lorsque les jumeaux disparaissent, Tass part à leur recherche, une quête qui va la mener à la découverte de sa propre histoire, qui croise celle de l’île : celle des Kanaks, de l’arrivée des premiers colons, de l’installation du bagne avec ses matons, ses 25 000 forçats exilés parmi lesquels Louise Michel, écrivaine féministe, figure emblématique de la Commune de Paris – et décédée à Marseille en 1905. Le destin aussi plus méconnu des Algériens déportés, des Vietnamiens et des Indonésiens traités comme des esclaves. Et puis, ce seront les arrivées opportunistes de « métros » durant le boom du nickel. <em>Frapper l’épopée</em> est aussi une fresque politique des quarante dernières années marquées par les luttes pour ou contre l’indépendance, la répression et les tentatives de compromis toujours insatisfaisants.C’est bien une <em>épopée,</em> intime et collective, que nous offre Alice Zeniter, riche, foisonnante, créative, politique et subtile comme à son habitude. Un vrai bol d’oxygène et d’intelligence en cette rentrée littéraire. Et comme nous sommes chanceux, on pourra la retrouver du 27 novembre au 1<sup>er</sup> décembre à La Criée avec <em>Édène,</em> inspirée du roman <em>Martin Eden</em> de Jack London, une ode aux femmes et à la l’écriture qui fait écho à<em> je suis une fille sans histoire,</em> son précédent spectacle, joué à La Criée en 2023. </p>



<p>ANNE-MARIE THOMAZEAU</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Frapper l’épopée</em>, d’<strong>Alice Zeniter </strong><br>Flammarion - 22 €<br>Sorti le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">16 août</mark></pre>
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		<title>Les rivages du fric </title>
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		<dc:creator><![CDATA[journalzebuline]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Dec 2023 16:37:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Agnès Mathieu-Daudé]]></category>
		<category><![CDATA[Bouches-du-Rhône]]></category>
		<category><![CDATA[Flammarion]]></category>
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<p>L’écriture d’<strong>Agnès Mathieu-Daudé</strong> emporte le lecteur jusqu’à la pensée intime de la narratrice principale : «<em> Élevée sur le tremplin de la frustration, Suzanne Valeyre était prête à être propulsée le plus loin possible. </em>» Ce travail de la pensée, travail de re-construction identitaire, forme la matière principale du roman. Il est rendu particulièrement éprouvant par la transplantation du personnage d’un milieu modeste à un milieu doré, à la faveur du mariage improbable de cette belle française avec Paolo. Ce dernier est l’héritier d’un riche capitaine d’industrie italien, Ercole Signorelli, spécialisé dans la fabrication de roulements à billes, entrant dans la fabrication d’armements. </p>



<p>La psyché individuelle des personnages s’inscrit dans l’histoire italienne du milieu du siècle dernier, qui voit l’émergence conjointe du fascisme et de l’industrie pétrolière, après celle du charbon. Aussi, un deuxième travail auquel se consacre Suzanne structure le roman. Il consiste à enquêter sur le kidnapping de Paolo enfant, en 1976, à la faveur d’une révélation fortuite. Cet événement prend la forme confuse et obstinée du secret de famille, qui définit le rapport au monde des Signorelli&nbsp;: «<em>&nbsp;Taire des choses importantes, est le b.a.-ba des affaires&nbsp;</em>». En revanche, l’ancien métier de journaliste de Suzanne commande sa relation au monde, sous les formes conjointes d’une mauvaise conscience et d’une quête de vérité dont on ne sait jusqu’où elle la conduira…</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Western spaghetti et comédie de mœurs</mark></strong></p>



<p>Le texte procède de flash-back en flash-back, insérés dans le présent, qui balisent plusieurs histoires et mémoires&nbsp;: histoire de l’Italie, storytelling de l’entreprise, histoire de famille, l’ensemble étant réuni par les forces conjointes de l’héritage et de la filiation. Le passé – la poignée de main entre Giorgio Signorelli, grand-père de Paolo, et Mussolini en 1938 – est ramené à l’actualité, sur des questions d’écologie ou encore de flux migratoires (les migrants étant ces fameux <em>marchands de sable</em>).</p>



<p>Le référent cinématographique, propre à la génération d’Ercole, est récurrent. La beauté des corps, dans ce monde de l’apparence et du décorum, est une ressource sociale centrale. Pour l’inoxydable mère de Paolo, «<em>&nbsp;on ne laisse pas son corps à l’abandon&nbsp;</em>». Mais les descriptions des paysages sardes, au présent, ont un souffle poétique, puisant dans la beauté authentique et vulnérable de la nature, Suzanne étant particulièrement sensible à la dégradation écologique de l’île.</p>



<p>L’écrivaine aime saisir ses personnages de l’intérieur, à l’aide d’une minutieuse écriture du ressenti. Elle est équilibrée par la prise de distance qu’apporte un humour qui affleure constamment sous les mots&nbsp;: «<em>&nbsp;la grotte dédiée à Tanit […] sur le sol de laquelle s’amoncelaient porte-bonheur et autres ex-voto […], et même un préservatif non usagé, qui n’avait a priori pas grand-chose à faire dans un lieu dédié à la déesse de la fertilité […]&nbsp;</em>». Le marchand de sable qui traverse le roman comme les rivages de Sardaigne invite ici à ouvrir les yeux.</p>



<p>FLORENCE LETHURGEZ</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Marchands de sable, </em>d’<strong>Agnès Mathieu-Daudé<br></strong>Flammarion – 21 €</pre>
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		<title>« Tout une moitié du monde », ouvre les fenêtres de la fiction</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fred Robert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Sep 2022 16:41:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[En rayon]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Alice Zeniter]]></category>
		<category><![CDATA[Flammarion]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
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<p>« <em>Ce livre est un livre d&rsquo;écrivaine mais sans doute avant tout un livre de lectrice. </em>[&#8230;] <em>Si on considère ce livre comme un essai, il ne se comportera pas tout à fait bien. Il désobéira ici ou là. Il manquera à ses obligations de sérieux. Si on le considère comme une rêverie autour de la fiction, il péchera au contraire par excès de sérieux de temps à autre.&nbsp;</em>» Ainsi écrit <strong>Alice Zeniter</strong> dans le premier chapitre de son nouvel opus <em>Toute une moitié du monde</em>, annonçant par là un texte original, érudit et léger à la fois, commencé pendant la pandémie, à un moment où elle ne trouvait dans les fictions qu&rsquo;elle lisait que «&nbsp;<em>des modèles obsolètes&nbsp;</em>», incapables de répondre à son «&nbsp;<em>état impuissant et suspendu&nbsp;</em>». De son soupçon croissant vis-à-vis des fictions traditionnelles est née l&rsquo;envie de s&rsquo;interroger sur ce qui pourrait constituer la fiction à venir. Une forme romanesque tout sauf habituelle, au sein de laquelle «&nbsp;toute une moitié du monde&nbsp;», c&rsquo;est-à-dire les femmes, serait enfin correctement représentée. Puisant dans ses souvenirs de lectrice, très anciens ou ultra contemporains, comme dans ses impressionnantes références universitaires, Zeniter propose une réflexion, pointue mais jamais pesante, sur les notions de forme, de personnage, de récit choral&#8230;. Et on déguste cet «&nbsp;essai&nbsp;», mené avec un brio et un humour remarquables, comme on le ferait d&rsquo;une belle histoire que l&rsquo;écrivaine nous conterait à l&rsquo;oreille. Bravo, l&rsquo;autrice&nbsp;!</p>



<p>FRED ROBERT</p>



<p></p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Tout une moitié du monde</em>, <strong>Alice Zeniter</strong><br>Flammarion<br>21€</pre>



<p>L&rsquo;écrivaine sera présente aux prochaines <em>Correspondances de Manosque</em>, du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">21 au 25 septembre</mark>.</p>
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