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	<title>Archives des Grand Prix du jury - Journal Zebuline</title>
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		<title>[BERLINALE 2026] : Salvation, un conte noir sur la folie des hommes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Feb 2026 16:40:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Salvation (Kurtulus) est un film qui a de l’ampleur. L’ampleur d’un paysage&#160;de western : les plateaux anatoliens. Immenses, déserts, loin de la loi des hommes des villes. L’ampleur aussi d’une réflexion sur le Mal qui se veut un Bien. C’est pourtant dans un microcosme que se joue la tragédie inspirée au réalisateur par le massacre [&#8230;]</p>
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<p><em>Salvation</em> (<em>Kurtulus</em>) est un film qui a de l’ampleur. L’ampleur d’un paysage&nbsp;de western : les plateaux anatoliens. Immenses, déserts, loin de la loi des hommes des villes. L’ampleur aussi d’une réflexion sur le Mal qui se veut un Bien.</p>



<p>C’est pourtant dans un microcosme que se joue la tragédie inspirée au réalisateur par le massacre de 44 personnes, hommes, femmes, enfants, par 12 membres d’une famille en 2009 dans un village kurde.</p>



<p>Tandis que les combattants kurdes indépendantistes sont traqués par la police turque comme terroristes, deux villages isolés vont rejouer la lutte fratricide d’Abel et de Caïn. &nbsp;Celui du haut, habité par les Hazeran. Celui du bas, réinvesti par les Beziki qui reviennent chez eux après avoir dû fuir. Pendant leur exil, les Hazeran se sont approprié leurs champs.</p>



<p>Le film s’ouvre sur ce conflit territorial qui pose la question de la spoliation et du droit au retour.</p>



<p>Le scénario épouse le crescendo d’une haine initiée sans doute depuis très longtemps. Cette haine se glisse dans les souterrains des maisons troglodytes, matrices d’une monstruosité en gestation. Les frontières entre le dedans et le dehors se fondent dans la nuit, comme le rêve et la réalité. Le somnambulisme du fils de Mesut, un des leaders du village, en métaphore de cette confusion-là, entre sommeil et éveil.</p>



<p>La superbe photographie signée <strong>Ahmet Sesigürgil</strong> et <strong>Baris Aygen</strong> joue des chromatismes ocres diurnes, creuse la nuit, et capte les ombres, donnant au film tout à la fois un côté ethnographique et merveilleux, symbolique et intemporel.</p>



<p>La peur exacerbe les tensions. Non seulement entre les deux villages mais à l’intérieur de la tribu Hazeran.</p>



<p>Le Cheikh en place, Ferit (<strong>Feyyaz Duman</strong>) prône le compromis et la paix. Le mystique Mesut (<strong>Caner Cindoruk</strong>), habité par des cauchemars ou des rêves dans lesquels le fantôme de l’ancien Cheik lui dicte sa loi, veut l’affrontement armé. La parole politique se légitime par celle, incontestable de Dieu. Les femmes, au second plan, subissent, hésitent ou adhèrent. La transe des prières soude la communauté et légitiment la « croisade ».</p>



<p>Tous les dictateurs sanguinaires (et l’actualité mondiale attestent qu’ils sont toujours aussi nombreux) se sentent investis d’une mission, dit le réalisateur, religieuse ou séculaire. Ils croient agir pour sauver leur peuple.</p>



<p>Dans une des scènes les plus terribles du film, Mesut -qui a tué de sang-froid un enfant Beziki sourd-muet, pleure et se plaint de la douleur d’avoir dû commettre ce crime. Il n’a aucun remords. Il verse des larmes sur son abnégation à suivre l’injonction divine, sur son propre sacrifice.</p>



<p>Dans son précédent long-métrage, le très noir <em>Burnings Days</em>, le réalisateur turc, opposait l’intégrité d&nbsp;’un jeune procureur fraichement nommé dans une petite ville d’Anatolie à la corruption des potentats locaux. Il s’élevait contre les populismes et la violence latente qu’ils alimentent. Dans ce dernier opus, la dimension devient universelle. Le titre <em>Salvation</em> renvoie au Salut, à la Rédemption. Qui nous sauvera&nbsp;? Et à quel prix&nbsp;?</p>



<p>ELISE PADOVANI</p>



<p><em>Salvation</em> d<strong>’Emin Alper</strong></p>



<p>Prochainement en salle</p>
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		<title>« Loveable » : divorce à la norvégienne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 Jun 2025 13:25:39 +0000</pubDate>
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<p>«&nbsp;<em>C’était l&nbsp;‘été, pendant une fête. J’y étais allée avec une amie…&nbsp;et soudain il était là</em> »&nbsp;: Une jeune femme raconte son histoire d’amour. La cristallisation sur le mode «&nbsp;<em>Ce fut une apparition&nbsp;</em>». Ses stratégies de séduction pour conquérir ce beau célibataire désirable qui ne s’attarde guère dans une relation&nbsp; A qui s’adresse-t-elle&nbsp;? On ne le saura que bien plus tard. &nbsp;Elle, Maria (<strong>Helga Guren</strong>) est divorcée, a quarante ans et deux enfants en bas âge. Lui,&nbsp; Sigmund (<strong>Oddgeir Thune</strong>) – qui porte le même prénom que Freud, est libre, entouré d’amis et d’amoureuses. La romance-passion commence. Sept ans plus tard, Maria est au supermarché, avec deux enfants en plus. Les deux premiers sont devenus des ados en crise. Conflits avec eux, avec son ex. désinvolte. Tâches domestiques&nbsp;chronophages et ingrates qu’elle assume seule, en l’absence de Sigmund en déplacement depuis deux mois. Elle n’y arrive plus. Ils ont convenu de travailler chacun leur tour. Mais submergée par ses charges et responsabilités, elle ne trouve pas de boulot. Sigmund revient. Sigmund va repartir.&nbsp; Dispute et premier claquement de porte. Il y en aura de nombreux dans le film.</p>



<p>Maria quitte le foyer. Elle aime toujours Sigmund et souffre de son acceptation tranquille de cette séparation. <em>Ne me quitte pas,</em> chante une artiste de rue. Dans le feutré de la société et des élégants intérieurs scandinaves, dans lesquels nous enferme la mise en scène, on médiatise la violence par la parole et la thérapie.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"><strong>Rembobiner le film</strong></mark></p>



<p>A ce stade, le spectateur – surtout si c’est une spectatrice, pris.e dans cette histoire des plus banales, entre les deux conjoints-disjoints prend le parti de Maria contre cet égoïste de Sigmund. Sauf que ce n’est pas si simple et que la réalisatrice au fil des conversations entre Maria et sa psychologue, rembobine le film. Au propre comme au figuré&nbsp;: on revoit les scènes conjugales, comme si on revenait sur les lieux du crime dans un polar. Et ça devient plus intéressant. Un peu comme dans <em>Anatomie d’une chute</em>, sans la complexité de ce film, sans chute ni cadavre mais avec la même volonté d’explorer le récit conjugal contradictoire par essence. D’aller jusqu’à une vérité qui fait mal. La réalisatrice ne s’intéressera qu’à Maria, explorant ses rapports avec sa mère (<strong>Elisabeth Sand</strong>)&nbsp; avec sa fille aînée (<strong>Maja Tothammer-Hruza</strong>) laissant dans le flou&nbsp; Sigmund qui aurait peut-être mérité plus d’attention. Car il faut être deux pour rater un mariage. Et le prince charmant a ses propres névroses. Le mélodrame psychologique se concentre sur elle qui &nbsp;va devoir calmer sa colère, et surtout en trouver l’origine. Apprivoiser sa peur de l’abandon et comprendre les comportements vicieux qu’elle engendre&nbsp;: repousser pour retenir. <em>Si je fais en sorte que l’autre se sente mal et que je &nbsp;lui laisse croire que c’est de sa faute, il va penser que je vaux mieux que lui, qu’il est moins bien que moi. Il ne s’apercevra pas que je suis mauvaise et il restera.</em> S’aimer pour pouvoir aimer. &nbsp;Accepter de recevoir pour pouvoir donner. La leçon n’est pas bien neuve mais par la justesse de son casting, et son style maîtrisé, ce premier film made in Norvège parvient à nous prendre dans ses rets.</p>



<p>ELISE PADOVANI</p>



<p><em>Loveable</em> de <strong>Lija Ingolfsdottir</strong> : Grand Prix du Jury, Festival du Film les Arcs / Prix d’Interprétation pour Helga Guren, Festival du Film les Arcs. En salles le 18 juin.</p>



<p></p>
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