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	<title>Archives des L’Autre Scène - Journal Zebuline</title>
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		<title>« C’est toujours l’invisible qui m’intéresse au théâtre »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Jul 2026 07:36:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Scènes]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Zébuline. Vous portez, seule en scène, un spectacle construit et mis en scène avec Guy Cassiers. Qui est à l’origine du projet&nbsp;?<br></strong><strong>Valérie Dréville</strong><strong>.</strong> Nous avions déjà travaillé ensemble, et avec Kae Tempest, pour <em>Tiresias</em>. Nous nous étions dit, à l’issue de ce travail, que nous voulions recommencer, que le premier qui trouvait un texte le proposerait à l’autre. Quand j’ai lu <em>Thésée</em> de Camille de Toledo ça a été tout de suite évident. J’avais trouvé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi&nbsp;?<br></strong>D’abord parce que la langue est très singulière, que le roman superpose plusieurs modes d’énonciation, récit, dialogue avec des personnes disparues, photos, poésie, prière… C’est une langue très orale aussi, travaillée pour être dite, je l’entendais en la lisant. J’avais l’impression que Camille de Toledo ne pensait pas à la littérature en l’écrivant, mais à faire entendre des voix. Et de fait c’est toujours l’invisible qui m’intéresse au théâtre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous êtes une femme, une comédienne, vous vous emparez d’un texte autobiographique d’un homme, que vous portez seule sur scène. Est-ce paradoxal&nbsp;?<br></strong>Je ne crois pas. D’abord, je ne pense pas qu’il fallait incarner Camille de Toledo. Et puis… je me conçois comme un intermédiaire entre le public et la quête. Camille de Toledo ne parle pas de son histoire pour parler de lui, mais de tous. Donc il s’agissait pour moi de traduire une pensée plutôt que d’incarner cette pensée. D’être le raconteur de cette histoire, pas un personnage. J’épouse tous les points de vue, tous les personnages, pour entrer dans la tête de chacun.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le spectacle est vraiment une adaptation, ou traverse-t-il d’autres écrits&nbsp;?<br></strong>C’est une adaptation qui suit le fil chronologique. Après le suicide de son frère, puis la mort de ses parents qui a suivi de près, l’auteur quitte «&nbsp;la ville de l’Ouest&nbsp;», change de philosophie, il change aussi socialement. Ses parents sont de riches industriels, des gens qui ont œuvré pour la prospérité de l’Après-guerre. Il part à l’Est, à Berlin. Mais même la radicalité de ce changement ne lui permet pas d’oublier. Les traces, les esprits de ses ancêtres apparaissent, et il devra faire un autre voyage, intérieur, jusqu’à son arrière-grand-père, au traumatisme initial. C’est à la fois une histoire privée et une histoire historique. Suivre sa famille c’est suivre le siècle. Il y mêle aussi le mythe, Thésée, et il fictionne énormément, il déplie, il éclaire les zones d’ombre, les failles, qu’il expose à la lumière. Il déconstruit le mythe de la force aussi, de la puissance, pour s’occuper de ce qui est fragile.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il est question, donc, de traumatisme transgénérationnel, d’épigénétique…<br></strong>Exactement. Notre héritage nous transforme, on sait désormais que les descendants de la Shoah ont été marqués génétiquement. Il s’agit de prendre soin, de nettoyer symboliquement les eaux du corps. Le chemin est très long pour lui, son corps est très impacté…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment Camille de Toledo a-t-il réagi à l’idée d’une mise en scène son livre, si intime et douloureux&nbsp;?<br></strong>Il a eu l’extrême générosité de nous donner tout son fonds d’archive, ses photos qui sont dans le livre, d’autres. C’est ce matériel qui est dans le spectacle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Des vidéos&nbsp;?<br></strong>Une à la fin. Vidéo et photo au théâtre, c’est très différent. Ce qui nous intéresse, ce sont les photos, qui sont de véritables pièces à conviction dans son enquête. Des preuves à interpréter. Il y a des caméras qui filment en gros plan la scène, et ont une autre fonction. Ce texte est une enquête.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi, au fond, la déplier au théâtre&nbsp;?<br></strong>Ce livre est un trajet de réparation et pour moi, c’est le théâtre qui est le lieu de la transformation. Celui qui permet de sortir du drame. La tragédie a toujours deux dimensions, une sombre et une lumineuse. Elle répare, elle est cathartique, elle permet aux fantômes enfouis, qui font mal, de faire surface et de soigner les blessures.</p>



<pre class="wp-block-verse">ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL<br><br><strong> Thésée, sa vie nouvelle<br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du 12 au 24 juillet<br></mark></strong>L’autre scène, Vedène</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/"><em>Scènes</em> ici</a></p>
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		<title>La Distance, prétexte à l’universel </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé Macaire]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Jul 2025 09:26:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Scènes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un décor désertique, un arbre mort et un grand rocher. Une pile de livres et un vieux tourne disque. Un père (Adama Diop) se tient là, dans un costume vintage. Il vient de découvrir que sa fille, Amina (Alison Dechamps), a décidé de partir vivre sur Mars sans le prévenir. C’est en tout cas ce [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un décor désertique, un arbre mort et un grand rocher. Une pile de livres et un vieux tourne disque. Un père (<strong><a href="https://www.instagram.com/a_d_a_m_a_d_i_o_p/?hl=fr">Adama Diop</a></strong>) se tient là, dans un costume vintage. Il vient de découvrir que sa fille, Amina (<strong><a href="https://www.instagram.com/dechampsalison/">Alison Dechamps</a></strong>), a décidé de partir vivre sur Mars sans le prévenir. C’est en tout cas ce qu’on comprend dans le message qu’il enregistre pour lui envoyer. Telle est la première image de&nbsp;<em>La Distance</em>, pièce créée par <a href="https://tiagorodrigues.eu/fr/french/">Tiago Rodrigues</a> au <a href="https://festival-avignon.com/?cat=1001">Festival d’Avignon.</a> Celle-ci se construit autour de cette correspondance interstellaire entre le père, resté sur une Terre dystopique, et la fille qui a été sélectionnée pour participer à la création d’une Nouvelle Humanité sur Mars, une société eugéniste et autoritaire qui n’est pas sans rappeler d’autres dystopies qui ont nourri nos imaginaires &#8211; et les projets d’un milliardaire techno-fasciste.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Amina, contrairement à son père, y voit une utopie pour laquelle elle est prête à sacrifier sa vie, à oublier son passé. Car pour intégrer pleinement cette nouvelle société martienne, elle doit se soumettre à un traitement qui efface peu à peu ses souvenirs de sa vie d’avant. Chacun installé d’un côté d’un décor qui tourne sur lui même, ne laissant apparaître qu’un des deux à la fois, ils tentent de communiquer, de se dire les choses une dernière fois avant que sa mémoire s’efface complètement.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Un monde vide&nbsp;</mark></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Leurs convictions respectives se mêlent à leurs sentiments. Lui croit en la possibilité de créer un monde meilleur sur terre et cherche à la convaincre de rentrer. Elle a pris&nbsp;sa décision de rester et souhaite juste qu’il l’accepte. Le caractère presque caricatural de ce conflit est renforcé par leur séparation physique et par le manque de développement de l’univers dans lequel ils évoluent. Il est question de grands effondrements, d’une opposition entre des Républiques et des Corpo Nations,&nbsp;sans qu’on ne sache vraiment comment on en est arrivé là. Ce monde post-apocalyptique, dont on a à la fois trop et pas assez de détail,&nbsp;demeure&nbsp;une simple toile de fond pour leur relation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais si la pièce manque de substance à cet endroit, Tiago Rodrigues&nbsp;y&nbsp;déploie un lyrisme sans borne, appuyé aussi bien par l’interprétation d’Adama Diop, brillant dans son désespoir de père, que par la mise en espace. La rotation du décor qui accélère à mesure que le temps se fait plus pressant pour les personnages, puis s’interrompt pour leur offrir un moment de communion&nbsp;que&nbsp;l’on sait éphémère, l’exceptionnel jeu des lumières, qui alterne entre des ambiances chaudes et d’autres cauchemardesques&nbsp;plongent nos sens dans un état d’alerte permanent. On ressort bouleversé de cette pièce qui parvient à toucher à quelque chose d’universel, la peur de perdre un être cher, et ce malgré ses&nbsp;insuffisances.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">CHLOÉ MACAIRE</p>



<pre class="wp-block-verse"><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Jusqu’au 26 juillet&nbsp;</mark><br><strong>L’Autre Scène</strong>, Vedène</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/">Scènes ici</a></p>



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