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	<title>Archives des Marie-Suzanne de Loye - Journal Zebuline</title>
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		<title>Chakâm et ses vents brûlants</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anne-Marie Thomazeau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2026 07:36:13 +0000</pubDate>
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<p>Chakâm, est un mot issu du persan classique désignant un poème bref et intense, porteur de récit et d&rsquo;éloge. À la Cité de la Musique de Marseille, le trio en a livré une belle démonstration. <strong>Sogol Mirzaei</strong>, formée en Iran à l&rsquo;art des luths târ et sétâr, est aujourd&rsquo;hui l&rsquo;une des interprètes les plus recherchées de la musique savante persane. Couronnée de succès en Iran, elle s&rsquo;installe en France et poursuit sa carrière en Europe depuis 2006 : « <em>Si nous n&rsquo;avons pas de plumes, nous avons 91 cordes pour raconter avec nos propres compositions</em> », témoigne-t-elle.</p>



<p>Le târ iranien qu&rsquo;elle déploie, le qanun syrien de <strong>Rimonda Naanaa</strong> et la viole de gambe de <strong>Marie-Suzanne de Loye </strong>engagent un dialogue que rien ne prédestinait à résonner ensemble. Déracinement, nostalgie, sont parmi les thèmes de leur album <em>Les Vents Brûlants</em>, sorti il y a un an « <em>l</em><em>es vents brûlants, ce sont nos souvenirs, notre vécu, les absences, les silences, les familles dispersées, les cœurs déchirés, mais aussi l&rsquo;élan, l&rsquo;espoir et le renouveau </em>».</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Entre Bach et Al-Farabi</mark></strong></p>



<p>Le premier morceau, <em>Didor </em>(« rencontre ») plonge le spectateur dans un voyage entre Orient et Occident. Puis un solo de viole de gambe d&rsquo;une gravité sombre s&rsquo;élève comme composé par un Bach qui, au-delà des siècles, aurait croisé Al-Farabi. Les trois voix se rejoignent ensuite et la soirée se construit en tableaux ; trios entrecoupés de solos qui laissent apprécier toute la virtuosité des artistes. Rimonda Naanaa, au qanun, s&rsquo;y révèle stupéfiante. Issue d&rsquo;une famille de musiciens de Damas, elle joue depuis le plus jeune âge cet instrument à cordes pincées dont l&rsquo;histoire remonte à plus de mille ans. L’élégance fine est sans doute le terme qui caractérise le mieux ces trois musiciennes.</p>



<p>Les jeunes femmes multiplient les références littéraires. Elles rendent hommage aux femmes du monde entier qui « <em>rougissent comme l&rsquo;aurore qui déchire la nuit</em> » et qui se battent tous les jours pour leurs droits, «&nbsp;<em>debout dans l&rsquo;ombre comme face à la lumière</em>&nbsp;». Aux mères aussi, avec une berceuse vietnamienne inspirée de l’Américain Ocean Vuong dans son roman <em>Un bref instant de splendeur</em>. Puis vient <em>Le Chameau ivre</em>, pièce imaginée à la lecture du roman <em>L&rsquo;Absence de Soluch</em> de l&rsquo;Iranien Mahmoud Doulatabadi. L&rsquo;auteur y suit la marche d&rsquo;un chameau dans le désert : traînante, solennelle. Le chamelier s&rsquo;impatiente, sort son bâton, et le roman bascule. Il devient noir, cruel. Le chameau, ivre de colère, se retourne contre son maître.</p>



<p>Chakâm traduit cette tension qui monte et explose : les changements de rythme épousent la démarche de la bête, les accélérations en restituent la révolte. La démarche de l&rsquo;animal devient partition, et la rébellion, musique.</p>



<pre class="wp-block-verse">ANNE-MARIE THOMAZEAU<br><br>Le concert s’est déroulé le<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"> 27 mars</mark>, à la Cité de la Musique, Marseille.</pre>



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		<title>Chakâm</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anne-Marie Thomazeau]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Mar 2026 09:04:11 +0000</pubDate>
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<p>Chakâm (« poème » en persan littéraire) est né en 2014 à l’initiative de Sogol Mirzaei, virtuose iranienne du târ, formée à Téhéran et doctorante en ethnomusicologie à la Sorbonne. Avec Rimonda Naanaa au qanun (Syrie) et Marie-Suzanne de Loye à la viole de gambe (France), ce trio au féminin bâtit sa musique sur les codes du radif persan, du maqâm arabe et du répertoire baroque occidental. Compositions originales et improvisations se mêlent pour évoquer déracinement, nostalgie des terres quittées et vitalité du renouveau. Lauréates du Prix des Musiques d&rsquo;Ici 2023 et sélection officielle du WOMEX 2024, les trois musiciennes ont sorti leur premier album <em>Les vents brûlants</em> qu’elles nous feront découvrir.</p>



<pre class="wp-block-verse"> A.-M.T.<br><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">27 mars<br></mark><strong><a href="https://www.citemusique-marseille.com/evenement/ensemble-chakam/" type="link" id="https://www.citemusique-marseille.com/evenement/ensemble-chakam/">Cité de la Musique</a></strong>, Marseille</pre>



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		<title>Avalée par le vent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Oct 2024 10:09:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
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<p>C’est moins à un chant qu’à un cri de rage que <em>Vanda </em>nous invite, forte de son caractère unique dans le paysage musical contemporain. Adapté du texte de théâtre <em>Le Testament de Vanda</em> de Jean-Pierre Siméon, cet opéra de chambre transcende le simple cadre musical pour offrir une expérience sensorielle et émotionnelle rare. Il est porté, pour cet enregistrement, par la voix envoûtante, tour à tour rauque et éclaircie, moelleuse et intimiste de la mezzo-soprano <strong>Fanny Lustaud </strong>et la viole de gambe vive et vigoureuse de <strong>Marie-Suzanne de Loye</strong>. </p>



<p>La partition de <strong>Lionel Ginoux</strong> marie avec habilité les vestiges de la musique baroque, convoquée par la viole de gambe semblant poser par endroits de simples ostinatos, avec des sonorités contemporaines, dans la désarticulation de la tonalité, dans le choix d’une ligne vocale souvent disjointe mais aussi dans un recours savamment dosé à l’électronique. Il crée ce faisant un langage musical unique et évocateur. La musique se fait, comme dans <em>Sans Domicile Fixe</em>, cycle de mélodies composé quelques années plus tard par Ginoux également sur des textes de Siméon, vecteur de la parole poétique convoquée comme un témoignage. Chaque note, chaque inflexion de la voix narre sans détour l’histoire tragique de Vanda, une femme aux prises avec les ombres de l’exil, de la souffrance et de l’errance. Cette palette d&rsquo;expressivités, magnifiée par la voix lyrique de Lustaud et la douceur enveloppante de la viole de gambe, permet d’explorer les strates de souvenirs et de douleurs sur lesquelles s’est construite Vanda.&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Trauma tragique</mark></strong></p>



<p>Le choix de la viole de gambe, grave et enveloppante, permet au compositeur de mettre en évidence la fragilité de Vanda. Toujours audible et compréhensible, ce récit à la première personne se teinte de contrastes, oscillant entre douceur et tension.&nbsp;</p>



<p>Créé à l’Opéra de Reims en 2016 avec Ambroisine Pré dans le rôle-titre, <em>Vanda </em>impressionne encore, sans dispositif scénique, par la seule puissance de son histoire et des moyens musicaux convoqués pour la raconter : soit la voix résignée de Vanda, migrante venue des Balkans vers la jungle de Calais, décidée à abandonner sa fille, fruit d’un viol collectif. On croirait entendre par endroits des tirades extraites d’un Wajdi Mouawad ; ici encore, c’est la poésie et la force de la langue qui semblent seules aptes à guérir du trauma. Portée par ses élans, « avalée par le vent », Vanda aurait pu échapper à la tragédie de son destin. Mais lorsque son récit commence, il semble déjà être trop tard.</p>



<p>SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Vanda, </em>de <strong>Lionel Ginoux</strong><br>Label Nervure</pre>
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