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	<title>Archives des Pascal Blanchard - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Pascal Blanchard - Journal Zebuline</title>
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		<title>François Mitterrand, l’envers africain du décor</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Jun 2025 14:39:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Diasporik&#160;:&#160;François Mitterrand a grandi dans une France où l’Empire était une évidence.&#160;Qu’en a-t-il gardé&#160;?&#160; Nicolas&#160;Bancel&#160;et Pascal Blanchard&#160;:&#160;François Mitterrand est effectivement dans sa jeunesse, comme l’immense majorité de ses contemporains, convaincu de la grandeur coloniale de la France, qu’il expérimente lors de sa visite à l’Exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931, son premier voyage à [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Diasporik&nbsp;:&nbsp;</strong><strong>François Mitterrand a grandi dans une France où l’Empire était une évidence.&nbsp;</strong><strong>Qu’en a-t-il gardé&nbsp;?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nicolas&nbsp;</strong><strong>Bancel</strong><strong>&nbsp;et Pascal Blanchard&nbsp;</strong>:&nbsp;François Mitterrand est effectivement dans sa jeunesse, comme l’immense majorité de ses contemporains, convaincu de la grandeur coloniale de la France, qu’il expérimente lors de sa visite à l’Exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931, son premier voyage à Paris. Issu d’une famille de la bourgeoisie provinciale&nbsp;conservatrice et catholique, ses idéaux politiques initiaux penchent vers la droite-extrême – il appartiendra au mouvement de jeunesse des Croix-de-Feu puis au Parti social français du colonel François de la Rocque – et son premier engagement politique est pour&nbsp;soutenir&nbsp;l’agression de l’Italie mussolinienne en Éthiopie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son parcours à Vichy&nbsp;va&nbsp;le convaincre que l’Empire doit être défendu coûte que coûte et, de surcroit,&nbsp;qu’il&nbsp;peut&nbsp;lui servir de tremplin politique après-guerre. Il sera d’ailleurs ministre de la France d’outre-mer dès 1950. La perte de&nbsp;l’empire&nbsp;est un véritable déchirement, il&nbsp;ne comprend pas le mouvement profond des décolonisations&nbsp;: pour lui, la France a été globalement bienfaitrice, elle a apporté, avec la «&nbsp;mission civilisatrice&nbsp;», le progrès et les lumières de la civilisation européenne. &nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’il arrive au pouvoir&nbsp;en 1981, tout ce bagage va peser lourd&nbsp;dans des décisions essentielles. Il va&nbsp;notamment&nbsp;perpétuer&nbsp;les pratiques de la françafrique, qui est pour lui, finalement, une continuité de l’empire et permet à la France de conserver son aire d’influence et sa puissance géopolitique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br><strong>Quel a été son rôle avant et pendant la guerre d’Algérie, en tant que ministre sous la IVᵉ République?</strong>&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><br>Lors du déclenchement de la guerre d’Algérie, François Mitterrand&nbsp;est ministre de l’Intérieur. Ses déclarations, après les attentats du 1<sup>er</sup>&nbsp;novembre 1954, sont sans ambiguïté&nbsp;: la seule réponse à apporter&nbsp;est une sévère&nbsp;et immédiate&nbsp;répression. Il espère que celle-ci, et quelques réformes, permettront de conserver l’Algérie, qui, ne l’oublions pas, est constituée de départements français. Ce qui rend d’autant plus incontournable le slogan, repris par François Mitterrand, «&nbsp;l’Algérie c’est la France&nbsp;». Lorsqu’il est ministre de la Justice, il va faire partie des «&nbsp;durs&nbsp;». Il soutient la répression et bien&nbsp;sûr les pouvoirs spéciaux. Alors qu’il connaît parfaitement la systématisation de la torture dès 1955-1956, il feint de l’ignorer.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Il a donné l’ordre de mettre à exécution les militants du FLN emprison</strong><strong>nés en Algérie et en métropole,&nbsp;</strong><strong>Montluc et autres</strong><strong>…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">François Mitterrand est celui qui a proposé le moins de grâces pour les condamnés à mort du FLN&nbsp;: à peine&nbsp;1 sur 5, bien moins que des gouverneurs généraux de l’Algérie, considérés pourtant comme des ultras. Son engagement dans la répression est total.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Quelles ont été ses relations avec Def</strong><strong>f</strong><a></a><strong>erre durant la colonisation ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ce que nous en savons, François Mitterrand, en tant que ministre de la Justice, signe la loi-cadre préparée par Gaston Defferre en 1956,&nbsp;mais&nbsp;celle-ci va beaucoup plus loin dans les réformes que ce qu’il avait pu imaginer.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut penser que, pour lui, ces réformes – suffrage universel dans les colonies d’AOF, AEF, Madagascar, Togo et Cameroun avec la création d’Assemblées territoriales, érection de Conseils de gouvernement avec d’importantes attributions de responsabilités locales, etc. – allaient trop loin.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour autant, Gaston Defferre n’a jamais été un décolonisateur&nbsp;: la loi-cadre visait à transformer la politique impériale de la France en associant les élites locales, tout simplement pour conserver l’empire.&nbsp;Mais il&nbsp;avait au moins compris que la répression à outrance était sans avenir. C’est plus tard qu’ils se retrouveront, notamment lorsque François Mitterrand imaginera installer à Marseille son mémorial rendant hommage à l’entreprise coloniale de la France et aux pieds-noirs.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="653" height="1024" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=653%2C1024&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-130209" style="width:355px;height:auto" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=653%2C1024&amp;ssl=1 653w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=191%2C300&amp;ssl=1 191w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=768%2C1205&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=979%2C1536&amp;ssl=1 979w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=150%2C235&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=300%2C471&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=696%2C1092&amp;ssl=1 696w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?resize=268%2C420&amp;ssl=1 268w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/06/livre_galerie_646.jpg?w=1000&amp;ssl=1 1000w" sizes="(max-width: 653px) 100vw, 653px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment a t’il imposé&nbsp;le mythe du «&nbsp;grand décolonisateur&nbsp;» à ses hagiographes ?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">François Mitterrand&nbsp;va&nbsp;réécrire le passé, sa biographie. Par petites touches, dans ses ouvrages successifs et interviews, il se présente comme un visionnaire qui avait anticipé les décolonisations, alors qu’elles l’ont surpris. Plus encore, il insinue à plusieurs reprises qu’il aurait été anticolonialiste, ce qui&nbsp;est une pure fabulation. Mais ses écrits ont fait foi et plusieurs de ses biographes s’y sont laissé prendre, prenant pour argent comptant ce qu’écrit François Mitterrand dans ses ouvrages.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le sous-titre de votre ouvrage est « de la colonisation à la Françafrique », Quel a été sa position dans la période postcoloniale?&nbsp;</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est justement durant cette période&nbsp;que&nbsp;sa formation coloniale, sa vision du monde, s’actualise. En 1982, par exemple, il renvoie Jean-Pierre Cot, alors ministre de la Coopération, qui avait eu la naïveté de croire qu’il pouvait appliquer le programme commun dans ses points concernant l’Afrique et les anciennes colonies. Il s’agissait alors de normaliser les relations avec les ex-colonies, qui constituait alors le «&nbsp;pré-carré&nbsp;» de la France, ce que l’on n’appelait pas encore la françafrique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un tournant, car François Mitterrand va reprendre cet héritage postcolonial initié par de Gaulle dès 1960 et continuer donc de soutenir des régimes africains corrompus et parfois criminels. Mais il en va, pour lui, de la grandeur de la France&nbsp;et le «&nbsp;pré-carré&nbsp;» est la condition de cette «&nbsp;grandeur&nbsp;».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">On voit aussi cette formation coloniale durant la tragédie du Rwanda : les « responsabilité accablantes » de François Mitterrand sont désormais bien établies, notamment par le rapport Duclert (un des auteurs du livre) paru en 2021. La dérive de la politique française au Rwanda sous l’égide de François Mitterrand s’éclaire lorsque l’on comprend que, pour lui, le Rwanda permettait à la France d’élargir sa zone d’influence, et donc l’aura et la puissance de l’hexagone. </p>



<p class="wp-block-paragraph">SAMIA CHABANI</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>François Mitterrand, le dernier empereur</em><br><em>De la colonisation à la Françafrique </em><br><a href="http://www.philippe-rey.fr">Editions Philippe Rey</a><br>Ouvrage collectif sous la direction de Nicolas Bancel et Pascal Blanchard  </pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/litterature/">Littérature ici</a></p>



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<p class="wp-block-paragraph">Nos articles Diasporik, conçus en collaboration avec&nbsp;<a href="https://ancrages.org">l’association Ancrages</a>&nbsp;sont également disponible en intégralité sur leur site</p>
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		<title>Migrations et colonisations, un continuum impossible ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Samia Chabani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Feb 2025 11:45:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<category><![CDATA[colonisation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Diasporik.&#160;France, terre d’immigration&#160;parcourt l’histoire depuis le&#160;début du VIIIe&#160;siècle. Pourquoi cet ouvrage aujourd’hui&#160;? Pascal Blanchard.&#160;La France vit avec l’Orient, depuis treize&#160;siècles, une relation&#160;complexe et riche. Ce livre propose&#160;le récit de cette longue histoire et de ses grandes étapes. La figure de l’« arabo-oriental&#160;» est mouvante mais centrale. Même s’il y a très peu de « turcs [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Diasporik.</strong><strong>&nbsp;</strong><strong><em>France, terre d’immigration</em></strong><strong>&nbsp;parcourt l’histoire depuis le&nbsp;début du VIII</strong><strong><sup>e</sup></strong><strong>&nbsp;siècle. Pourquoi cet ouvrage aujourd’hui&nbsp;?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pascal Blanchard</strong><strong>.</strong><strong>&nbsp;</strong>La France vit avec l’Orient, depuis treize&nbsp;siècles, une relation&nbsp;complexe et riche. Ce livre propose&nbsp;le récit de cette longue histoire et de ses grandes étapes. La figure de l’« arabo-oriental&nbsp;» est mouvante mais centrale. Même s’il y a très peu de « turcs » ou de « barbaresques » en France jusqu’au XV<sup>e</sup>&nbsp;siècle, puis des&nbsp;maghrébins avec l’histoire coloniale ou des Arméniens,&nbsp;cette histoire traverse les siècles et se prolonge dans le présent.&nbsp;Cette présence a catalysé un ensemble&nbsp;de stéréotypes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre ambition est d’appréhender les systèmes de représentation des «&nbsp;arabo-orientaux&nbsp;» en lien avec l’histoire concrète des flux migratoires, des relations diplomatiques, culturelles, militaires…&nbsp;Ces représentations sont animées par des archétypes comme ceux du «&nbsp;sarrasin&nbsp;», de l’«&nbsp;ottoman&nbsp;», du «&nbsp;musulman&nbsp;», du « levantin&nbsp;», du «&nbsp;bougnoule&nbsp;», du «&nbsp;barbaresque&nbsp;», du «&nbsp;sidi&nbsp;», de l’«&nbsp;oriental&nbsp;», du «&nbsp;métèque&nbsp;», du «&nbsp;beur&nbsp;» ou de l’«&nbsp;arabe musulman&nbsp;».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Votre ouvrage couvre une aire culturelle qui s’étend sur une vingtaine de pays du pourtour méditerranéen, des côtes de l’Atlantique à la Turquie, de l’Afrique du Nord à l’Arménie, du Liban au Sahara, de la péninsule arabique à l’Égypte… Pourquoi cette géographie ?&nbsp;</strong><strong><br></strong>Nous avons souhaité dépasser les anciens cadastres géographiques qui séparent habituellement&nbsp;le Maghreb du Proche et du Moyen-Orient. Ces divisions géographiques sont formelles et l’aire géographique que nous proposons est cohérente historiquement, par le réseau d’interrelations entre chacun des pays ainsi que la simultanéité des migrations vers l’Hexagone des populations de ces pays qui s’intensifient dès le XIX<sup>e</sup>&nbsp;siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pouvez-vous expliquer les ruptures et grands chapitres dans le livre ?&nbsp;</strong><strong><br></strong>Après un long prélude de près de dix siècles jusqu’à la Révolution française et l’expédition d’Égypte,&nbsp;nous avons articulé la période coloniale en cinq moments distincts (1798-1956) dont les guerres ont bien souvent été des césures majeures, et la période post-coloniale en cinq temps (1957-2024). Finalement, 11 chapitres structurent le livre, avec des moments de bascule comme la Révolution française,&nbsp;les débuts de la III<sup>e</sup>&nbsp;République et une nouvelle vague de colonisation, la Grande guerre&nbsp;et ensuite l’entre-deux-guerres, puis la période des&nbsp;Trente glorieuses, la décennie des années&nbsp;1970, puis&nbsp;la&nbsp;marche&nbsp;pour l&rsquo;égalité et contre le racisme comme moment de&nbsp;bascule,&nbsp;et enfin l’année 2001 et&nbsp;2014 comme les deux ruptures de la période contemporaine.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour toutes les populations de l’aire arabo-orientale, la France a suscité des vocations migratoires, révélant l’attractivité d’un royaume, puis d’une nation en partie liée à l’alliance franco-ottomane à partir de 1536, aux échos de la Révolution de 1789 et à l’« expédition » égyptienne de 1798.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chocs&nbsp;des années 1973-1974&nbsp;puis des années 1983-1984 marquent les premiers ressacs de cette passion. En un peu plus d’un siècle,&nbsp;la France semble être passée du statut de terre rêvée à celui de terre hostile, où les trois quarts des Français pensent désormais qu’il y aurait trop d’étrangers dans l’Hexagone, visant explicitement depuis plus d’une décennie les « musulmans ».&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment expliquez-vous qu’il n’y ait toujours pas un musée consacré à l’histoire coloniale en&nbsp;</strong><strong>France&nbsp;</strong><strong>?</strong><strong><br></strong><strong>Nicolas Bancel.</strong><strong>&nbsp;</strong>L’inertie politique. L’absence de volonté de construire un véritable musée consacré à l’histoire de la colonisation et à ses conséquences contemporaines tient au fait que la France hérite&nbsp;de son passé colonial. Plusieurs populations sont directement reliées au passé impérial&nbsp;: les harkis, les rapatriés (environ 800&nbsp;000 pour la seule Algérie), tous ceux dont un membre de la famille a pu exercer aux colonies et, bien sûr, les immigrés issus des colonies, depuis les années 1970 majoritaires dans les flux migratoires vers la France. Or, ces populations et leurs descendants n’ont pas du tout le même regard sur le passé colonial.&nbsp;Par exemple un projet de musée nostalgique de la période coloniale a été initialement porté par des associations rapatriées. Les immigrés issus des anciennes colonies et leurs descendants n’ont pas la même vision, les mêmes souvenirs, de la période coloniale. C’est donc un sujet socialement inflammable, qui explique en partie cette inertie des politiques. Par ailleurs, la période coloniale n’est pas spécialement glorieuse, elle remet fondamentalement en question les valeurs de notre démocratie républicaine, l’égalité en particulier. Affronter ce bouleversement n’est pas simple. Pourtant, on sait que le passé ne peut être dépassé que lorsque l’on a admis sa réalité. Nous n’en sommes pas encore là.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi l’articulation entre colonisation et migrations reste-t-elle si peu connue alors qu’elle est parfaitement documentée ?&nbsp;</strong><strong><br></strong><strong>P.B.</strong><strong>&nbsp;</strong>L’articulation est&nbsp;parfaitement analysée mais il y a un refus des effets entre ces deux moments historiques. Comme si le statut des populations issues des immigrations en&nbsp;France n’était pas héritier&nbsp;des discriminations et du racisme colonial. Et&nbsp;comme si la rupture des années&nbsp;1960 ne pouvait avoir de continuum. Cette articulation entre colonisation et migration est donc pensée et politisée : soit elle s’impose comme une grille de lecture politique, soit elle récuse tout lien, empêchant de facto un travail en profondeur sur les ruptures et les continuités.&nbsp;</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img data-recalc-dims="1" decoding="async" width="653" height="1024" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637.jpeg?resize=653%2C1024&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-127407" style="width:295px;height:auto" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=653%2C1024&amp;ssl=1 653w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=191%2C300&amp;ssl=1 191w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=768%2C1205&amp;ssl=1 768w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=979%2C1536&amp;ssl=1 979w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=1305%2C2048&amp;ssl=1 1305w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=150%2C235&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=300%2C471&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=696%2C1092&amp;ssl=1 696w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=1068%2C1676&amp;ssl=1 1068w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?resize=268%2C420&amp;ssl=1 268w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?w=1632&amp;ssl=1 1632w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2025/02/livre_galerie_637-scaled.jpeg?w=1392&amp;ssl=1 1392w" sizes="(max-width: 653px) 100vw, 653px" /></figure>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Comment analysez-vous les débats décoloniaux actuels ?&nbsp;</strong><strong><br></strong><strong>N</strong><strong>.</strong><strong>B</strong><strong>.</strong><strong>&nbsp;</strong>Les débats publics sont particulièrement polarisés et caricaturaux, avec d’un côté un bloc totalement opposé aux perspectives décoloniales, par exemple les tribuns&nbsp;du<em>&nbsp;</em>Printemps républicain&nbsp;ou de l’Observatoire du décolonialisme. Ces mouvances s’en prennent violemment à tout chercheur soupçonné d’entretenir un lien de proximité avec&nbsp;la pensée décoloniale, sous prétexte que celles-ci fracturent la société, brisent l’universalisme, victimisent les dominés et propagent une «&nbsp;haine des blancs&nbsp;», jusqu’à favoriser le terrorisme islamique&#8230;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De l’autre, nous avons des «&nbsp;actions décoloniales&nbsp;», comme&nbsp;la tenue d’« ateliers non mixtes&nbsp;», réservés aux «&nbsp;racisés&nbsp;», en particulier dans plusieurs universités&nbsp;françaises depuis 2017. Divers&nbsp;de ces mouvements qui se réclament &nbsp;de la mouvance décoloniale, tels&nbsp;Les Indigènes de la République, ou encore&nbsp;CRAN, la&nbsp;Brigade anti-négrophobie&nbsp;ou la&nbsp;Ligue de défense noire africaine,&nbsp;véhiculent parfois une vision militante réductrice des études décoloniales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces blocs ne font que se renforcer l’un l’autre et parasitent une réflexion approfondie sur les études décoloniales. Celles-ci méritent évidemment un examen critique et plusieurs ouvrages sérieux d’universitaires sont parus récemment en France, offrant des perspectives contrastées qui alimentent, à l’université, des débats vifs mais argumentés. On peut ainsi espérer que l’on saura se saisir dans les études décoloniales ce qui a fait la fécondité de ce courant intellectuel en Amérique du Sud. Mais clairement, nous n’en sommes pas là…</p>



<p class="wp-block-paragraph">ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SAMIA CHABANI</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>France terre d’immigration</em></strong><br><a href="http://www.philippe-rey.fr">Éditions Philippe Rey</a> – 23 €<br>Paru le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">2 janvier 2025</mark></pre>



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