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	<title>Archives des Philippe Pujol - Journal Zebuline</title>
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		<title>Philippe Pujol : « Le Monstre, c’est moi, c’est vous »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Anne-Marie Thomazeau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Sep 2024 06:59:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Idées et rencontres]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
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<p><strong>Zébuline.</strong> <strong>Quel est le thème du troisième tome de votre «&nbsp;trilogie&nbsp;» marseillaise&nbsp;?<br>Philippe Pujol.</strong> Il n’était pas prévu que j’écrive un troisième livre mais le sujet s’est imposé. <em>La Fabrique du monstre</em> était une analyse des liens entre système politique, économique et banditisme. Ils ne sont pas spécifiques à Marseille mais ici la situation est devenue systémique. <em>La</em> <em>Chute du monstre </em>était un pamphlet sur les logiques mafieuses qui ont conduit au drame de la rue d’Aubagne en 2018. Le prochain, <em>Cramés </em>(Julliard)aurait pu s’appeler <em>Les Enfants du monstre. </em>C’est un livre de littérature du réel qui s’intéresse aux répercussions des réseaux sur la jeunesse. Les trois peuvent se lire dans n’importe quel ordre. Elles sont les différentes faces du <em>Monstre.</em></p>



<p><strong>Pourquoi vous êtes-vous intéressé à la jeunesse&nbsp;?<br></strong>Parce que les très jeunes sont désormais au cœur des réseaux. Le grand banditisme a compris que les règlements de compte n’étaient pas bons pour les affaires. Vous avez la police sur le dos, la concurrence, les ventes de terrains… Ils se consacrent désormais à l’import-export. Ce sont des grossistes de la drogue. Ils ont délégué le «&nbsp;terrain&nbsp;» aux «&nbsp;petits&nbsp;» qui passent leur temps à s’entretuer pour des histoires de dettes ou de sanctions. C’est une forme d’ubérisation, comme il en existe dans d’autres domaines. Les «&nbsp;détaillants&nbsp;» comme les Yoda et Dz Mafia [<em>deux réseaux qui se sont livré une guerre sanglante ces dernières années, ndlr</em>] ou La Frappe– le nouveau gang qui monte –, ne sont ni plus ni moins que des marques, des«&nbsp;franchisés&nbsp;», comme McDo, qui communiquent avec leurs visuels ou grâce aux liens avec certains rappeurs. Les plus forts exploitent ceux qui ont le plus de vulnérabilités : les sans-papiers, ceux qui ont des handicaps, des troubles mentaux, des problèmes familiaux. Ils fabriquent aussi des «&nbsp;bébés tueurs&nbsp;» en sélectionnant les plus perturbés et les font monter en violence. Dans ce livre très romancé, je suis l’itinéraire de deux garçons et deux filles dans les milieux de la drogue et de la prostitution. Ces jeunes je les connais, je les ai vu naître. J’ai vu comment <em>Le Monstre</em> les a captés en les transformant soit en bourreaux, soit en esclaves. Derrière eux, il y a milliers de gamins «&nbsp;cramés&nbsp;». &nbsp;</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>Dans une République qui fonctionne on doit s’occuper de tout le monde</p>
</blockquote>



<p><strong>Les jeunes filles sont-elles aussi concernées&nbsp;?<br></strong>Le milieu des «&nbsp;stups&nbsp;» est réactionnaire. Si quelques-unes sont à leur compte, elles ne sont pas représentatives. Elles jouent les «&nbsp;chèvres&nbsp;» qui attirent un concurrent qui sera torturé, tué, les «&nbsp;mules&nbsp;»qui transportent la drogue. Elles sont surtout victimes des «&nbsp;loverboys&nbsp;», ces dealers qui font prostituer leurs copines d’abord pour payer leurs dettes puis uniquement pour ramener des sous. Elles sont «&nbsp;recrutées&nbsp;», mineures dans les foyers de l’Aide sociale à l’enfance «&nbsp;les foyers de putes&nbsp;», comme on dit dans le milieu. Elles devraient être mises à l’abri. Elles sont jetées dans la prostitution. Les éducateurs font un boulot extraordinaire mais leurs moyens sont dérisoires.</p>



<p><strong>Qui est le «&nbsp;monstre&nbsp;»&nbsp;?<br></strong>Le monstre, ce n’est ni Gaudin, ni les dealers. Ils en sont les alliés ou les soldats. Le Monstre, c’est la défaillance de la République face aux plus vulnérables de la société. C’est le manque de prévention dans la santé mentale dans les quartiers populaires, ce sont les moyens insuffisants donnés aux associations, c’est vouloir «&nbsp;faire des sous&nbsp;» dans l’immobilier sans être conscients des conséquences. Le Monstre, c’est moi, c’est vous, c’est s’enfermer dans son indifférence et croire que les dealers, les salopards ce n’est pas notre histoire. Dans une République qui fonctionne on doit s’occuper de tout le monde. Ceux que l’on abandonne se radicalisent dans la délinquance, la religion ou l’extrémisme politique et se vengent.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img data-recalc-dims="1" fetchpriority="high" decoding="async" width="351" height="514" src="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/08/9782260056591ORI.jpeg?resize=351%2C514&#038;ssl=1" alt="" class="wp-image-125079" srcset="https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/08/9782260056591ORI.jpeg?w=351&amp;ssl=1 351w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/08/9782260056591ORI.jpeg?resize=205%2C300&amp;ssl=1 205w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/08/9782260056591ORI.jpeg?resize=150%2C220&amp;ssl=1 150w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/08/9782260056591ORI.jpeg?resize=300%2C439&amp;ssl=1 300w, https://i0.wp.com/journalzebuline.fr/wp-content/uploads/2024/08/9782260056591ORI.jpeg?resize=287%2C420&amp;ssl=1 287w" sizes="(max-width: 351px) 100vw, 351px" /></figure>
</div>


<p><strong>Vous vous êtes d’ailleurs retrouvé sur une liste de personnalités, journalistes, avocats, menacées par un groupe d’extrême droite.<br></strong>Le fait de s’attaquer à ceux qui dénoncent les systèmes corrompus ou soutiennent les plus fragiles n’est pas anodin. L’extrême droite a besoin de «&nbsp;vulnérables&nbsp;» en nombre pour progresser. Dans cette période très chaotique, il faut s’armer d’une grande lucidité et bien analyser la situation. C’est pourquoi je travaille à créer un Observatoire des vulnérabilités et je sollicite les institutions en ce sens. Il s’agirait de travailler sur toutes les zones d’exploitation des faiblesses par exemple dans le monde économique et sur la manière dont se construisent les vulnérabilités, qui ne sont pas forcément des inégalités. Ce serait aussi un centre de ressource de solutions, en particulier celles apportées par les gens de terrain que l’on ne doit pas seulement utiliser comme sources d’informations statistiques, mais former à raconter des processus sous une forme de récit narratif.</p>



<p>ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNE-MARIE THOMAZEAU</p>



<p>Une rencontre avec Philippe Pujol est organisée à la <a href="https://www.maupetitlibraire.fr/agenda-160384/philippe-pujol/">librairie Maupetit</a> (Marseille) ce 6 septembre à 18 heures. </p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Cramés – Les enfants du monstre</em>, de <strong>Philippe Pujol</strong><br>Juillard – 19,90 €<br>Sortie le<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"> 4 septembre&nbsp;</mark></pre>
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		<title>Journalisme : le combat du quotidien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Gaëlle Cloarec]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 May 2023 10:21:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Idées et rencontres]]></category>
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<p>Le 6 mai, quatre heures durant, la Faculté de droit et sciences politiques a ouvert l&rsquo;un de ses amphithéâtres au public de l&rsquo;Université populaire de Marseille-Métropole (Upop), venu rencontrer les lauréats marseillais du prestigieux prix Albert-Londres. Un plateau incomplet, puisque Alice Odiot et Marlène Rabaud n&rsquo;ont pas pu venir, et quelque peu empêché par des micros défectueux, mais qui n&rsquo;en a pas moins soulevé des points cruciaux sur le devenir des médias, des journalistes et de l&rsquo;information.</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Vieux dangers et nouvelles menaces</mark></strong></p>



<p>Car au-delà de l&rsquo;aura des reporters, appuyée sur la légende Albertienne, avec pour antienne sa&nbsp; définition du journalisme – «&nbsp;porter la plume dans la plaie&nbsp;» –, l&rsquo;état des lieux n&rsquo;est pas fameux. On connaît les dérives du secteur&nbsp;: des titres aux mains de milliardaires tirant peu ou prou vers l&rsquo;extrême droite, des rédactions en sous-effectif, une profession qui se précarise (avec un phénomène révélateur&nbsp;: elle se féminise), un entre-soi culturel, des modèles économiques abîmés par les usages d&rsquo;Internet&#8230;&nbsp;</p>



<p>À cela s&rsquo;ajoute une nouvelle menace&nbsp;: l&rsquo;intelligence artificielle, vérolant une confiance entre les médias et leur audience déjà vermoulue. «&nbsp;<em>J&rsquo;ai demandé à ChatGPT de raconter</em> Les trois petits cochons<em> à ma façon</em>, rigole Philippe Pujol&nbsp;; <em>il les a tous rendus toxicomanes ou fait mourir.</em>&nbsp;» L&rsquo;auteur de <em>Quartier Shit</em>, série d&rsquo;articles qui lui ont valu le prix en 2014, soupçonne beaucoup de localiers d&rsquo;y faire appel, «&nbsp;<em>et</em>, précise-t-il, <em>je n&rsquo;aurais pas été le dernier à l&#8217;employer si ça avait existé quand je travaillais pour </em>La Marseillaise&nbsp;». Heureusement, «&nbsp;<em>l&rsquo;IA ne peut pas encore aller sur les terrains où les gens ne sont pas faciles à aborder. Si on a les moyens de se déplacer. Le principal problème du métier, c&rsquo;est vraiment la précarisation</em>&nbsp;».&nbsp;</p>



<p><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Revenir aux fondamentaux</mark></strong></p>



<p>En effet, c&rsquo;est bien en quittant les «&nbsp;desk&nbsp;» (bureaux) et en retournant sur le terrain que le journalisme a encore des atouts à faire valoir&nbsp;: revenir aux fondamentaux, prendre le temps de recouper, sourcer, confronter. Aller voir «&nbsp;<em>dans les angles morts de notre société</em>&nbsp;», comme le relève <strong>Jean-Robert Viallet</strong>, qui se penche en longs métrages documentaires sur les méfaits du capitalisme. Savoir «&nbsp;<em>écouter, se taire, avec humilité</em>&nbsp;», renchérit sa consœur <strong>Sophie Nivelle-Cardinale</strong>, grande reporter en zones de conflits. Avant d&rsquo;interpeller le public&nbsp;: «&nbsp;<em>Est-ce que vous êtes toujours prêts à lire, voir, entendre nos récits&nbsp;?</em>&nbsp;»</p>



<p>Pas évident, en effet, de produire de l&rsquo;information de qualité quand on n&rsquo;a pas les moyens de le faire, qu&rsquo;on n&rsquo;a que des mauvais choix, entre autocensure et publi-reportage, et que le lecteur, volatil, rendu méfiant par les <em>fake news</em> ou les biais idéologiques des lignes éditoriales, se désintéresse ou s&rsquo;enferme dans des bulles informationnelles. Mais ce n&rsquo;est vraiment pas le moment de baisser les bras, souligne <strong>Pauline Amiel</strong>, directrice de l’École de journalisme et de communication d&rsquo;Aix-Marseille&nbsp;: «&nbsp;<em>Sans confrontation des opinions, il sera plus difficile de vivre ensemble. On a tous notre responsabilité. Si l&rsquo;on se contente de copiés-collés en ligne, c&rsquo;est ce que l&rsquo;on aura comme presse de demain. On peut se poser collectivement la question de son avenir.</em>&nbsp;» On peut, et on doit&nbsp;: le droit à l&rsquo;information est fondamental.</p>



<p>GAËLLE CLOAREC</p>



<pre class="wp-block-verse">La rencontre <em>Quel avenir pour la presse&nbsp;? </em>s'est tenue le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">6 mai</mark> à la Faculté de droit et sciences politiques de Marseille.</pre>
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