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	<title>Archives des Stanislas Nordey - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Stanislas Nordey - Journal Zebuline</title>
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		<title>« Éditer, c’est résister »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Apr 2026 09:55:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[À la Une]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Zébuline : Vous êtes un acteur célèbre, un metteur en scène reconnu depuis près de 40 ans, vous avez dirigé le Théâtre National de Strasbourg et son école supérieure … Qu’est ce qui vous amène à vous tourner vers une petite maison d’édition théâtrale de province ? Stanislas Nordey : D’abord, c’est en tant qu’acteur [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Zébuline : Vous êtes un acteur célèbre, un metteur en scène reconnu depuis près de 40 ans, vous avez dirigé le Théâtre National de Strasbourg et son école supérieure … Qu’est ce qui vous amène à vous tourner vers une petite maison d’édition théâtrale de province ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Stanislas Nordey</strong> : D’abord, c’est en tant qu’acteur et metteur en scène que je reprends cette maison, que j’ai toujours aimée. Ces livres d’Espaces 34, je les ai toujours saisis quand je les rencontrais en librairie, et je les achetais sans les ouvrir ou regarder la quatrième de couverture.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourquoi ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sabine Chevallier, qui dirigeait cette maison depuis les années 90, a toujours eu une ligne éditoriale très claire, qui ressemble à mes choix artistiques, qui travaillent à la frontière du politique et du poétique. Quand elle a décidé de passer la main j’ai cherché qui pourrait la remplacer, j’ai appelé ceux que j’imaginais à cette place d’éditeur de théâtre… et je me suis dis pourquoi pas moi ? Je me demandais si j’en avais le droit…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le droit ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Bon, j’avais la légitimité par rapports aux auteurs et autrices contemporain·es, j’avais aussi une idée de l’économie des maisons d’édition de niche comme celle-ci, dont le but est de se maintenir à flot et pas de gagner de l’argent… Je savais aussi que je pourrais y être un directeur artistique bénévole, et que la seule salariée serait Chantal Regairaz, qui au TNS s’occupait des auteurs-autrices. Mais je ne connaissais rien à la mise en pages, à la diffusion… même si au fond, en tant que metteur en scène et acteur, j’ai aussi la capacité de faire passer des textes, aux acteurs et actrices, metteur·es en scène, directeurs et directrices… en les connaissant vraiment, et en sachant vraiment ce qui, dans les nouvelles publications ou le répertoire d’Espaces 34, va leur parler, pour créer ces textes, les dire…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Les lire aussi. Vous vous définissez comme un lecteur de théâtre, alors que la pratique des lecteurs s’oriente majoritairement vers le roman…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. D’ailleurs, au fond, je me rends compte que je suis allé très logiquement vers l’édition de théâtre. D’abord parce que j’aime les textes écrits. Je fais partie de ces vieux crocodiles qui croient encore que le théâtre se fabrique dans l’épaisseur d’une langue creusée par un auteur, un poète, qu’un metteur en scène porte sur un plateau…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>On voit pourtant de plus en plus, sur scène mais aussi dans les maisons d’édition théâtrales, des textes portés par des auteurs/metteurs en scène qui travaillent leur écriture au plateau…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Personnellement j’aime bien quand la langue est première, quand le dramatique prend naissance dans le poétique. Lorsque la langue s’affirme hors du cadre de scène, le metteur en scène et l’acteur doivent se demander comment l’y porter. C’est ce qui m’intéresse, au théâtre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous avez porté sur scène un texte important pour l’histoire de l’édition, </strong><em><strong>La Question </strong></em><strong>d’Henry Alleg, qui révélait la torture en Algérie, et a valu un procès à Jérôme Lindon, directeur des Éditions de Minuit.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui. Effectivement, pour moi, éditer c’est résister. J’ai été marqué par la dernière scène de <em>Fahrenheit 51</em>, par cette idée que chacun devient un livre pour résister. Le livre est la trace du théâtre, aux deux sens du mot : il trace une ligne directrice, il garde une trace mémorielle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Pourtant l’édition est en danger, les auteurs des éditions Grasset prennent la tangente pour fuir la mainmise de Bolloré…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelque part, nous avons la chance de ne pas être à cette échelle ! L’édition indépendante, de&nbsp;théâtre, dans l’Hérault, c’est une niche ! même si j’ai conscience que ma notoriété permet aujourd’hui une plus grande visibilité. Mais nous n’avons pas les problèmes de rachat des maisons parisiennes. Notre problème, c’est plutôt que les aides à l’édition se raréfient. Il y a trois ans, sur les 12 titres annuels du catalogue, 9 ont été aidés. Aujourd’hui, c’est plutôt 3. Et évidemment l’édition théâtrale ne vit pas de ses ventes, qui sont faibles. À part Wajdi Mouawad qui est au programme du Bac, aucun auteur dramatique ne gagne sa vie avec ses livres, parfois avec ses droits de représentation…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais je reste persuadé qu’il ne faut pas déserter cet endroit de l’édition. Qu’il faut que les livres vivent, que les auteurs doivent être aidés. J’ai lu tous les auteurs du catalogue, plus de 300 titres, pour pouvoir les défendre, les porter. Chacun est singulier…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Et quels sont les nouveaux projets d’Espaces 34 ?</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">D’abord, continuer le travail de Sabine Chevallier, remarquable en tous points, y compris dans l’équilibre économique qu’elle a maintenu dans ce difficile contexte. Ses collections françaises et étrangères, sa collection Hors cadre sur des textes qui ne se disent pas directement dramatiques, sa collection jeunesse. C’est incroyable l’inventivité de forme des auteurs jeunesse de théâtre, ils imaginent des biais pour s’adresser au enfants ou aux jeunes qui travaillent un imaginaire foisonnant, des métaphores…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Vous annoncez des nouveautés…</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’instant j’ai continué les projets d’édition de Sabine Chevallier, mais depuis septembre je suis entièrement responsable des parutions. Sont donc publiés deux livres de Claudine Galéa, <em>Tango</em> dans Hors cadre (voir ci-contre, <em>ndlr</em>) et <em>Leurs coeurs se balancer</em> en Jeunesse. Et deux de Gwendoline Soublin, en théâtre contemporain et en Jeunesse. Je vais aussi créer d’autres collections, en commençant par Les Introuvables, consacrés à des perles inconnues du répertoire, comme<em> L’Orestie</em> de Pasolini, un inédit de Gabily, <em>Zoologie</em>. Je pense aussi à une collection Mémoires, qui se penchera sur les archives de spectacles, en commençant par Jean-Pierre Vincent… Et je vais éditer un Théâtre complet de Claudine Galéa, que j’aime beaucoup, qui était déjà éditée par Sabine Chevallier, et a été une de mes autrices associée au TNS.</p>



<p class="wp-block-paragraph">ENTRETIEN RÉALISÉ PAR AGNÈS FRESCHEL</p>
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		<title>Quelle est cette chose ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé Macaire]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Jan 2026 12:31:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un décor dépouillé, quelques objets au sol et de grands panneaux de cuivre patiné suspendus. Un homme entre, s’assoit sur une nappe, se relève, se dénude, dépose un os en plastique et s’allonge à côté. Deux personnes entrent et déplacent son corps apparemment inanimé. Il se relèvera quelques minutes après, pendant que Gaël Baron, qui [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Un décor dépouillé, quelques objets au sol et de grands panneaux de cuivre patiné suspendus. Un homme entre, s’assoit sur une nappe, se relève, se dénude, dépose un os en plastique et s’allonge à côté. Deux personnes entrent et déplacent son corps apparemment inanimé. Il se relèvera quelques minutes après, pendant que <strong>Gaël Baron</strong>, qui est entré entre temps, joue un commissaire-priseur qui tente de vendre un portant à cartes postales dans une langue inventée. Absurde ? Oui, mais pas plus que ce qui va suivre.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de <em>Cette autre chose…</em> de <strong>Bruno Meyssat</strong>, les tableaux de ce genre se succèdent presque sans parole. Les comédien·nes, le visage impassible, interagissent avec des objets divers mais sans intention, comme s’ils jouaient en pilote automatique.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des corps s’effondrent, pour bientôt se relever. Deux comédiens s’affrontent avec des tondeuses à gazon. <strong>Stanislas Nordey </strong>est crucifié contre un poteau électrique… autant d’images qui s’accumulent, faisant apparaître des motifs (des références à la mort, d’autres à l’accouchement et à la petite enfance, notamment autour d’une bassinette de bébé ; une certaine révérence vis-à-vis des objets, notamment lors d’une scène de troc) sans que l’on en comprenne le sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Statu quo </mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Apprécier le caractère surréaliste de la pièce nécessiterait de lâcher prise et de se laisser docilement porter d’image en image. Mais le dispositif complique tout : entre les bruits de claquements qui surgissent de toutes parts, et les coupures complètes des lumières qui interrompent régulièrement les scènes, le spectateur est maintenu dans un état d’alerte constant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un étrange statu quo est maintenu tout au long de la pièce. Rien n’a de conséquence, malgré la violence de certaines scènes – l’un déshabille l’autre avec sa tronçonneuse, un autre encore fait mine de fouetter un personnage enroulé dans un sac de couchage. Au début de chaque nouveau tableau, on revient à zéro, et si un comédien victimisé dans une scène devient agresseur dans une autre, cela n’est pas une vengeance mais simplement une autre action sans lien de causalité. Dans ce ballet millimétré, ils ne sont que des objets vivants, déshumanisés.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La récurrence de certains motifs suggère que la pièce a un propos, sur la mort ou le rapport aux choses matérielles peut-être, mais refuse de le délivrer. Au final, on ne sait pas si Meyssat a trouvé <em>Cette autre chose</em>, mais nous, on est bien content d’avoir trouvée la sortie.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">CHLOÉ MACAIRE</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Cette autre chose…</em> a été donnée les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">12 et 13 janvier</mark> <br>au <strong><a href="http://www.boisdelaune.fr">Théâtre du Bois de l’Aune</a></strong>, Aix-en-Provence </pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/"><em>Scènes</em> ici</a> </p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Feydeau, la tête dans le sable</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chloé Macaire]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Jan 2026 15:30:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>M. Pinglet, mécontent en mariage, fait des avances à la femme de son ami, Mme Paillardon, qui se sent également délaissée par son mari. Ensemble, ils décident de se rendre dans un hôtel de passe pour y avoir une liaison. Mais malheur ! Ils y croisent M. Paillardon, son neveu, une domestique, un ami bavard [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">M. Pinglet, mécontent en mariage, fait des avances à la femme de son ami, M<sup>me</sup> Paillardon, qui se sent également délaissée par son mari. Ensemble, ils décident de se rendre dans un hôtel de passe pour y avoir une liaison. Mais malheur ! Ils y croisent M. Paillardon, son neveu, une domestique, un ami bavard et ses quatre filles… <em>L’Hôtel du Libre-Échange </em>est un Feydeau des plus classiques, avec ses personnages et ses enjeux d’un autre temps. On peut alors se demander ce qu’y trouve <strong>Stanislas Nordey</strong>, plus connu pour son travail sur des textes contemporains. « <em>Feydeau inventait des machines, ce sont le démontage et l</em>’<em>assemblage de ces mécanismes qui m</em>’<em>intéressent&nbsp;</em>», écrivait-il en 2004 à propos de sa mise en scène de <em>La Puce à l’oreille</em>. Vingt plus tard, son approche semble inchangée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son Feydeau tient de l’exercice formel : sans altérer le texte, ni chercher à en moderniser le sens, il en décale l’interprétation. À rebours des conventions, cet <em>Hôtel du Libre-Échange</em> est porté davantage sur le texte que sur les péripéties. Ce parti pris a un impact évident sur le rythme, bien moins enlevé qu’il n’est d’usage. Mais cela est contre-balancé par les ingénieux choix formels de Nordey. La sobriété du décor – peu de meubles, des murs blancs couverts d’indications de Feydeau – et le jeu brillamment incohérent des comédien·nes, dont aucun·e ne semble jouer dans la même pièce, renforce sans lourdeur l’absurde de la situation. <strong>Cyril Bothorel </strong>(Pinglet), est particulièrement marquant avec son jeu sur-expressif qui rappelle le personnage de dessin animé <em>La Linea</em>. L’hilarante <strong>Anaïs Muller </strong>propose pour Victoire (domestique du couple Pinglet) une interprétation si cérémonieuse qu’elle en devient intimidante – renversant les rapports de pouvoir jamais remis en question par Feydeau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Autruches de la farce</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’absurdité de cette version repose également sur son humour au premier degré très assumé, en particulier au cours du deuxième acte, qui se déroule dans le fameux Hôtel du Libre-Échange, où se retrouvent accidentellement la majorité des personnages. Tous sont vêtus du même accoutrement, une grosse robe en plume qui laisse leurs jambes nues, leur donnant l’air de grosses autruches. Et si l’analogie n’était pas assez claire, Nordey décide à plusieurs moments de projeter la photo d’une autruche en fond de scène, suggérant que peut-être les quiproquos qui se succèdent tiennent en partie du refus de la part de ces drôles d’oiseaux de voir l’évidence.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">CHLOÉ MACAIRE&nbsp;</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>L’Hôtel du Libre-Échange</em> a été donné du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">17 au 19 décembre</mark> à La Criée, théâtre national de Marseille.</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/on-y-etait/"><em>On y était </em>ici </a></p>
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		<title>Des bleus à l’âme</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Mar 2025 09:39:55 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À Marseille, les arts décoratifs déclinent leurs collections et leurs différents pigments bleus, sur le corps, la faïence, la peinture. Plus allégorique la Passion bleue à Toulon est celle de la mer, jusque dans ses tragédies. Et tandis qu’à la Friche on cherche à verdir la ville pour la rendre, par bribes, habitable, à Gap [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">À Marseille, les arts décoratifs déclinent leurs collections et leurs différents pigments bleus, sur le corps, la faïence, la peinture. Plus allégorique la <em>Passion bleue</em> à Toulon est celle de la mer, jusque dans ses tragédies. Et tandis qu’à la Friche on cherche à verdir la ville pour la rendre, par bribes, habitable, à Gap le Cercle de Midi avance que la ruralité a des modèles de production culturelle inédits. Un avenir en vert, un avenir en bleu&nbsp;?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les couleurs n’ont de réalité physique que notre perception, notre regard qui saisit les fréquences lumineuses et en transmet le message, à décoder. Produit de notre cerveau, sujet de nos subjectivités, la couleur est difficilement dissociable de sa symbolique. Le vert, couleur écologique, s’affranchit peu à peu de la verdeur des pousses et de la naïveté de la jeunesse mais y reste, inconsciemment, associé. Le rouge, couleur du combat et de la vivacité, est aussi celui du sang, de la violence effrayante. Mais le bleu&nbsp;?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Couleur de l’infini du ciel et de la mer se reflétant l’un l’autre, est aussi celui des uniformes et de la douleur, des bleus à l’âme, des mots bleus, du blues et du spleen. Et des petits garçons, construits sur une opposition binaire avec les petites filles en rose. Que les suffragettes anglaises refusèrent en adoptant le violet féministe comme une alliance, en elles, des deux genres.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Rainbow warrior</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Décrétée «&nbsp;couleur incontournable en 2024&nbsp;» par les magazines de mode et de déco d’intérieur, la résurgence de la couleur bleue aurait-elle à voir avec le retour de la droite, voire du masculinisme, sur la scène internationale&nbsp;? Les différentes nuances de bleu, surtout marine, s’affichent aujourd’hui comme un symbole d’apaisement&nbsp;face au mélange des genres, aux revendications féministes, au rainbow flag LGBTQI+, au rouge communiste, au vert écologiste, bref, à toutes les couleurs woke.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme une force sourde, imposant leur robustesse, les artistes aujourd’hui rappellent que le bleu est aussi la couleur que les coups laissent sur les corps. Stanislas Nordey incarne Henri Alleg qui imposa ses convictions communistes face à l’armée tortionnaire pendant la bataille d’Alger. Les <em>Suppliques</em> rappellent que l’horreur du Vél’d’Hiv était légale et perpétrée par 9 000 Français en uniforme aux ordres de l’État français. Que le bleu de la loi a quelquefois viré au brun.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cet azur sombre, celui du <em>Flamenco Azul</em> se revendique inclusif, mondial et populaire. Marseille ouvre le portail Mars Imperium et explore sans complaisance sa mémoire impériale,&nbsp; coloniale et post-coloniale. Et le <em>Dictionnaire des Marseillaises</em> convoque une autre histoire qui tarde à s’écrire dans l’espace public.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ouverture sur le monde d’un <em>Babel Minots</em> s’exerce dès le plus jeune âge&nbsp;: la joie bigarrée de la jeunesse, rebelle à l’uniforme qu’on veut lui imposer dans les écoles, reste étrangère à la couleur dominante de l’apaisement, tourne le dos au ciel qui s’assombrit. Dans sa diversité inclusive elle ouvre un autre chemin, vers un ciel strié d’un arc-en-ciel triomphant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNES FRESCHEL</p>



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		<title>Torturé en Algérie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Mar 2025 10:03:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[Scènes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Henri&#160;Alleg&#160;est un des plus grands rôles de&#160;Stanislas&#160;Nordey. Tout en retenue et sobriété, qui n’atténuent en rien l’horreur de l’histoire, et le constat paradoxal de l’abjection et de la grandeur humaine. Juif fuyant à Alger en 1939, militant communiste dès lors, directeur de&#160;L’Alger Républicain&#160;interdit en 1955, son engagement&#160;en faveur de l’indépendance de l’Algérie et sa condamnation&#160;de [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Henri&nbsp;Alleg&nbsp;est un des plus grands rôles de&nbsp;<strong>Stanislas&nbsp;Nordey</strong>. Tout en retenue et sobriété, qui n’atténuent en rien l’horreur de l’histoire, et le constat paradoxal de l’abjection et de la grandeur humaine. Juif fuyant à Alger en 1939, militant communiste dès lors, directeur de&nbsp;<em>L’Alger Républicain&nbsp;</em>interdit en 1955, son engagement&nbsp;en faveur de l’indépendance de l’Algérie et sa condamnation&nbsp;de l’horreur colonialiste&nbsp;sont&nbsp;sans appel. Lui qui avait dénoncé dans&nbsp;<em>L’Humanité</em>&nbsp;les sévices subis par les indépendantistes est arrêté à son tour en 1957, chez Maurice&nbsp;Audin, quelques jours avant celui-ci. Il sera longuement torturé par les militaires français de la 10<sup>e</sup>&nbsp;division parachutiste.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>La</em>&nbsp;<em>Question</em>&nbsp;est le récit, insoutenable, précis, de ces jours de supplices. Récit écrit clandestinement dans sa cellule, remis à son avocat, passé sous le manteau, tapé par sa femme à Paris, publié en 1958 par Jérôme&nbsp;Lindon, interdit aussitôt par le gouvernement français. Publié à nouveau en Suisse, le livre, diffusé en 150&nbsp;000 exemplaires, traduit en 19 langues, contribua grandement à la prise de conscience de la torture exercée en Algérie. Ses phrases courtes, directes, écrites en économisant son papier et son bout de mine, sont d’une force littérale et littéraire foudroyante.&nbsp;</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Donner une voix </mark></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Stanislas&nbsp;Nordey&nbsp;met toute sa puissance d’acteur dans son incarnation, sans filtre, d’Henri&nbsp;Alleg. Racontant parfois, vivant souvent, les faits, l’effroi, la conscience politique allumée aussi longtemps que la conscience physique le permet, comme un rempart à la folie. Il fallait bien ses qualités d’interprète<strong>&nbsp;</strong>pour rendre justice au texte qui décrit la torture cliniquement&nbsp;: les réactions physiques, épidermiques, d’Alleg, sont moins commentées que les discours glaçants que lui livrent, par bribes, ses bourreaux. Les tortionnaires se réfèrent constamment à la Gestapo, et reproduisent les sévices de la baignoire, de la gégène, de l’électricité qui traverse le sexe, la nuque, jusqu’à la perte de conscience répétée, désirée.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La pensée colonialiste, son racisme, sa violence insoutenable face à toute idée qui la menace apparaît dans toute son horreur. L’acteur, soutenu par la mise en scène sobre de Laurent&nbsp;Meininger&nbsp;et la sonorisation sensible de Mikaël&nbsp;Plunian, livre une partition&nbsp;où la sidération physique s’imprime, et le sentiment croissant de solitude extrême.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois de retour en France après son emprisonnement en Algérie, Henri&nbsp;Alleg&nbsp;se verra, pour sa dénonciation des actes perpétrés par les parachutistes, de nouveau condamné à la prison. Il continuera à&nbsp;témoigner, jusqu’à sa mort en 2013&nbsp;: «<em>&nbsp;</em><em>Je tenais la plume pour tous ces milliers d’Algériens qui étaien</em><em>t passés par les mêmes épreuves</em><em>. Il n’y avait pas de journaliste algérien à l’époque, la majorité des Algériens étaient analphabètes… C’est un peu pour eux que je parlais&nbsp;</em>» déclarait-il en 2011 sur France Culture.&nbsp;Douze ans après sa mort, répandre cette parole unique s’avère plus que nécessaire pour ne pas oublier les douleurs endurées, et quel sentiment d’impunité anime les forces spéciales et troupes armées qui recourent à la torture. Dont Massu,&nbsp;Aussaresses, et un certain Jean-Marie Le Pen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA ET AGNÈ<a></a>S FRESCHEL</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong><em>La Question</em></strong><br>Du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">18 au 22 mars</mark><br><a href="https://www.lestheatres.net/fr/saison/?v=bernardines">Les Bernardines</a>, Marseille</pre>



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		<title>De maris natura</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Mar 2024 09:38:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Idées et rencontres]]></category>
		<category><![CDATA[Politique culturelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La scène nationale a pris l’habitude, dans ses deux pôles de Toulon et Châteauvallon, de proposer des temps thématiques, les Théma, autour de sujets déclinés en spectacles, concerts, expositions et conférences, mais aussi en activités partagées en journée. Ainsi il sera possible de faire du yoga avec la chorégraphe Marine Chesnais, juste avant son duo [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">La scène nationale a pris l’habitude, dans ses deux pôles de Toulon et Châteauvallon, de proposer des temps thématiques, les <strong><em>Théma</em></strong>, autour de sujets déclinés en spectacles, concerts, expositions et conférences, mais aussi en activités partagées en journée. Ainsi il sera possible de faire du yoga avec la chorégraphe <strong>Marine Chesnais</strong>, juste avant son duo <em>Habiter le seuil</em> (les 14 et 15 mars) écrit autour de sa rencontre avec des baleines à bosse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourra aussi parler des cachalots de la disparition de la diversité marine avec la militante écologiste <strong>Camille Etienne</strong>, des secrets des abysses inexplorés, du génie des animaux marins avec le naturaliste <strong>Bill François</strong>. On pourra aussi, ou pas, aller écouter <strong>Sylvain Tesson</strong> et son apologie misanthrope de la solitude du navigateur. Une grande exposition sur les <em>Travailleurs de la mer</em>, d’<strong>Aglaé Bory</strong>, se déploiera dans le hall du Théâtre Liberté : la photographe humaniste a cherché à capter la beauté de ces métiers passionnés, et difficiles. Les enfants ne seront pas en reste avec un animé de <strong>Masaaki Yuasa </strong>sur <em>Hinako</em> une jeune surfeuse, et <em>20 000 lieux sous les mers</em>, avec marionnettes, machinerie féérique et acteurs, mis en scène par <strong>Christian Hecq</strong> et <strong>Valérie Resort </strong>(les 15 et 16 mars).</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Naviguer dans l’Histoire</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 12 mars un spectacle de <strong>Jeanne Mathis</strong>&nbsp;: accompagné d’un repas, conte en musique <em>Le voyage d’O</em> au fond des mers à travers les siècles, des océans caribéens ou glaciaires jusqu’aux mers de plastique. Avec <em>Vanish</em> (le 13 mars) <strong>Lucie Berelowitsch</strong> adapte et met en scène le récit de <strong>Marie Dilasser</strong> <em>Océanisé.es&nbsp;</em>: Rodolphe, parti en navigateur solitaire, disparaît…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à <strong>Christophe Perton</strong>, il confie à <strong>Stanislas Nordey</strong> (du 19 au 23 mars) une traduction libre de <em>De rerum natura</em> par Marie NDiaye. Le best seller épicurien de Lucrèce, illustrée d’images maritimes contemporaines, devient un <em>Evangile de la nature</em>, poétique et puissant, où le comédien tournoie dans les cercles d’images et de son des atomes que décrivait le philosophe latin, affranchi de l’idée d’une force divine qui gouverne la nature, conscient de son mouvement propre, cohérent, continu, où l’homme est inclus. Et qu’il détruit aujourd’hui comme s’il en était le maître.</p>



<p class="wp-block-paragraph">AGNÈS FRESCHEL</p>



<pre class="wp-block-verse"><strong>Passion Bleue #4</strong>,
<mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Du 12 au 29 mars
</mark>Scène nationale Châteauvallon-Liberté
Toulon, Ollioules</pre>
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		<title>Survivre à la Shoah</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Agnes Freschel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Jul 2023 09:29:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[On y était]]></category>
		<category><![CDATA[Scènes]]></category>
		<category><![CDATA[Avignon]]></category>
		<category><![CDATA[Festival]]></category>
		<category><![CDATA[Stanislas Nordey]]></category>
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		<category><![CDATA[Yuming Hey]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au Théâtre des Halles, plusieurs grands textes sont portés magnifiquement par de grands acteurs&#160;: La Question d’Henri Alleg par un Stanislas Nordey exceptionnel, On n’est pas là pour disparaître d’Olivia Rosenthal par Yuming Hey&#8230; La force littérale et littéraire de ces textes demande de grands acteurs, et de la simplicité.&#160; Jean-Baptiste Sastre est indéniablement un [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Au Théâtre des Halles, plusieurs grands textes sont portés magnifiquement par de grands acteurs&nbsp;: <em>La Question</em> d’Henri Alleg par un Stanislas Nordey exceptionnel, <em>On n’est pas là pour disparaître</em> d’Olivia Rosenthal par Yuming Hey&#8230; La force littérale et littéraire de ces textes demande de grands acteurs, et de la simplicité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Baptiste Sastre est indéniablement un très bon comédien, mais la mise en scène qu’il propose pour <em>L’Écriture ou la vie</em> manque de maitrise, d’espace, et repose sur de fausses bonnes idées. Portant des gants blancs, affublé par moment d’un masque, Jean-Baptiste Sastre est entouré de Hiam Abbas qui ne fait presque rien, sinon chantonner assez mal le kaddish, et d’une autre, masquée également, qui ne fait rien du tout. À ses côtés encore Geza Rohrig, magnifique acteur hongrois, qui au bout d’une heure de silence entre enfin en jeu et incarne Henri, compagnon de camp de Semprun. Très expressif, il s’exprime hélas en hongrois et en yiddish, sans traduction, durant de longues minutes incompréhensibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Effets indélébiles</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste que, en dehors de ce parti pris de mise en scène discutable, Jean-Baptiste Sastre lit très bien, un texte essentiel, et magnifique. <em>L’Écriture ou la vie</em> raconte le camp, la libération de Buchenwald, un déporté hongrois qui meurt dans ses bras, les monceaux de cadavres, le refus d’écrire, les années de silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Puis le suicide de Primo Levi, qui fait renaitre la nécessité de témoigner, mais surtout de ne plus se nier deux fois&nbsp;: comme victime de la Shoah, et comme écrivain. Car le récit, profondément philosophique, ne s’attarde pas sur l’inhumanité des bourreaux, mais sur leurs effets, indélébiles, sur les victimes. Les fantômes qui les traversent n’ont nul besoin d’être évoqués par des acteurs muets et masqués.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Agnès Freschel</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« L’Écriture ou la vie » se joue jusqu’au <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">26 juillet</mark> au Théâtre des Halles.</em></p>
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