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	<title>Archives des Tansu Biçer - Journal Zebuline</title>
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		<title>Yellow letters : Liberté sous tension</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Les lettres jaunes, ce sont celles qu’ont reçues, entre 2016 et 2019, quelque 2000 artistes, suspendus et traduits en justice pour avoir signé une pétition pour la paix. <strong>Ilker Çatak</strong> est parti de faits réels&nbsp;: depuis la tentative de putsch de 2016, le régime d’Erdogan a poursuivi et intensifié sa politique de musèlement des oppositions. Le réalisateur voulait tirer un signal d’alarme devant ces attaques de plus en plus violentes contre la liberté d’expression. Mais il désirait aussi écrire une histoire d’amour et de mariage. Le scénario, co-écrit avec sa femme <strong>Ayda Meryem&nbsp;Çatak</strong> et <strong>Enis Köstepen</strong>, tissera intimement les deux fils.</p>



<p>Derya (<strong>Özgü Namal</strong>), star du théâtre national d’Ankara et Aziz (<strong>Tansu Biçer</strong>), dramaturge et professeur à l’université, forment un couple uni. Ils vivent dans un appartement bourgeois qu’ils achètent à crédit, et affrontent avec humour la crise d’adolescence de leur fille, Ezgi ( <strong>Leyla Smyrna Cabas</strong>). Leur vie bascule quand, comme ses collègues progressistes, Aziz reçoit des autorités la fameuse lettre jaune. Il est suspendu de ses fonctions universitaires, les représentations de sa pièce où jouait sa femme sont annulées. Derya, qui refuse de se soumettre, est éjectée de la troupe. Le procès intenté par le collectif des professeurs contre l’état pour licenciement abusif doit se tenir sept mois plus tard. Privés de travail et d’argent, Derya et Aziz partent à Istanbul où ils retrouvent leur famille. La mère d’Aziz les héberge dans son petit appartement. Le frère de Derya, commerçant aisé, conservateur et religieux, ami du chef de la police, trouve un boulot de taxi de nuit à son beau-frère. A côté de ce job alimentaire, Aziz écrit une nouvelle pièce. Le couple monte le projet avec un ami, directeur d’un théâtre privé&nbsp;: ce sera «&nbsp;<em>Yellow letters</em>&nbsp;» où Aziz se mettra à nu, au propre comme au figuré tandis que Derya se «&nbsp;compromettra&nbsp;» à la télé.</p>



<p>Comme dans son précédent opus, <em>La salle des profs</em>, <strong>Ilker Çatak</strong> place ses personnages sous une pression qui révèle leur nature et alimente l’énergie de la mise en scène. La caméra se porte au cœur des tensions et tout le film se tend. Aziz, l’idéaliste, convaincu que le théâtre peut sauver le monde, Derya, rebelle mais pragmatique. Jusqu’où peut-on aller pour subvenir à ses besoins et assurer l’avenir de ses enfants&nbsp;? Le film ne se contente pas de dénoncer l’arbitraire d’un pouvoir autocratique, il observe ses effets pervers dans la conscience même de chaque individu, et presque cliniquement les déchirures qu’il induit dans le couple.</p>



<p><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"><strong>Pas si exotique</strong></mark></p>



<p>Berlin et Hambourg figurent au générique aux côtés des acteurs. Les deux villes allemandes jouant respectivement les rôles d’Istanbul et d’Ankara. Sans souci de masquer cette convention &#8211; des inscriptions urbaines peuvent se lire en allemand, mais en effaçant par le cadrage et la dynamique du film, d’artificielles frontières -un ferry à Hambourg sera semblable à ceux du Bosphore. Ce dispositif particulier donne à cet artifice quasi théâtral (on fait comme si) une portée plus générale. <strong>Ilker Çatak</strong> refuse l’extériorité et l’extraterritorialité. Le mécanisme de mise sous tutelle des artistes et des universitaires dans des régimes fascisants n’est pas un phénomène «&nbsp;exotique&nbsp;». Il est présent et de plus en plus prégnant dans de nombreuses démocraties occidentales.</p>



<p>Le film s’ouvre et se ferme sur un plateau de théâtre. Non seulement parce que les protagonistes sont des gens de théâtre mais peut-être aussi parce que le théâtre, par son origine, est le lieu privilégié de la cité et de la démocratie.</p>



<p>ELISE PADOVANI</p>



<p><em>Yellow letters</em> de <strong>Ilker Çatak</strong> en salle le 1<sup>er</sup> avril</p>
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		<title>Yurt, l&#8217;histoire d&#8217;une déchirure</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elise Padovani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Feb 2024 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Can Bartu Arslan]]></category>
		<category><![CDATA[cinema turc]]></category>
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<p>Présenté à la dernière Mostra de Venise dans la section Orizonti, <em>Yurt,</em> premier long métrage&nbsp; de <strong>Nehir Tuna</strong>, s’est vu gratifier d’une standing ovation. Hommage mérité pour ce petit bijou de sensibilité, ciselé par les souvenirs de jeunesse du réalisateur turc. À propos de <em>Yurt</em>, on a évoqué Bellocchio, et son propre premier film de 1965 <em>Les poings dans les poches</em>, sur une jeunesse «&nbsp;<em>consumée dans un pays de sauvages</em>&nbsp;» mais on pourrait tout aussi bien penser au Truffaut des <em>400 coups</em>. Le noir et blanc pour une adolescence aux mille nuances de gris.</p>



<p><em>Yurt </em>est un film d’apprentissage, inscrit dans un contexte politico-religieux déterminé et déterminant.</p>



<p>On est en 1996. La tension entre les laïcs se réclamant de Kemal Atatürk et les religieux appelant à un Islam politique, est vive. Pour la première fois, ces derniers arrivent au pouvoir. Les kémalistes manifestent dans les rues. L’armée opère des descentes dans les établissements religieux pour vérifier la conformité des enseignements. Si cette ébullition est bien présente dans le film, la macro-politique n’y sera jamais au premier plan. Nous vivrons la division du pays de l’intérieur, à travers l’écartèlement d’un jeune homme, entre deux âges de sa vie, et entre deux univers antagoniques.</p>



<p><strong>La déchirure</strong></p>



<p>Ahmet (<strong>Doğa Karakaş) </strong>a 14 ans, la bouille encore ronde de l’enfance mais le poil qui perce et une sexualité qui s’éveille. Son père Kerim (<strong>Tansu Biçer</strong>) appartient à la classe moyenne aisée. Il s’est depuis peu rallié au parti de Dieu et impose à sa famille de nouvelles règles de vie conformes à sa foi toute neuve. Il a vécu trop de temps en mécréant et cherche par l’intermédiaire de son fils, une rédemption. Pour éviter l’enfer éternel à Ahmet, il l’éloigne du confortable cocon familial, le sépare de sa mère, de plus en plus rétive aux nouvelles orientations de son mari. Ahmet intègre un yurt, pensionnat de garçons dans lequel on inculque un enseignement coranique, si besoin à coups de ceinture et de gifles. Là, il rencontre Yakup (<strong>Ozan Çelik</strong>), un surveillant qui en fait son souffre-douleur mais aussi Hakan (<strong>Can Bartu Arslan</strong> ) un élève issu d’un milieu très pauvre, qui l’initie aux règles de l’institution et aux façons de les contourner. Hakan lui donne également des conseils pour entrer dans le cercle des «&nbsp;élus&nbsp;» du yurt. Ensemble, ils rêvent de liberté, unis par une relation qui dépasse sans doute l’amitié. Parallèlement, Ahmet suit des cours d’anglais dans un lycée privé mixte, développant des ruses de sioux pour cacher à ses camarades laïques son adresse religieuse. Le jeune garçon fait des allers retours entre le yurt et le lycée. Dortoirs rustiques, prières collectives, télé vétuste où les séries romantiques sont prohibées, apprentissage de la soumission. Locaux modernes, célébrant la laïcité, montée du drapeau et chants nationalistes à la clé. Deux mondes d’autant plus irréconciliables qu’Ahmet tombe amoureux de Sevinç qui aime Vivaldi et exècre les islamistes. Ahmet n’est à sa place nulle part. Dans le yurt, c’est un nanti. Au lycée au milieu de camarades de son milieu, c’est un menteur.</p>



<p><strong>La couleur retrouvée</strong></p>



<p>Malgré ce malaise permanent, contrairement aux adolescents de cinéma, Ahmet n’est pas un rebelle. Dieu ne lui parle pas mais il veut devenir un bon musulman pour faire plaisir à son père, entrer dans le cercle, ne décevoir personne. Il veut exceller au lycée pour assurer un avenir. Ahmet est doux, studieux, consciencieux, intériorisant une violence qui explose dans ses cauchemars. Et finira par s’extérioriser pour l’inévitable affrontement fils-père. &nbsp;Délaissant le noir et blanc du carcan scolaire et religieux, c’est la puissance de la jeunesse qui éclate dans la couleur retrouvée des images&nbsp;: échappée belle en point de bascule du film tandis qu’une chanson italienne nous rappelle en ritournelle que «&nbsp;<em>la vie n’est rien sans amour&nbsp;»</em>.</p>



<p>Le jeune réalisateur et son chef op, le français <strong>Florent Herry</strong>, excellent à traduire les émotions à l’image. Quelques cheveux en gros plan dans le cou d’une jeune fille saisissent la totalité du désir, deux doigts qui se touchent, la connexion absolue de l’amitié entre Ahmet et Hakan. Le quotidien du yurt, les rouages de l’institution se révèlent dans les détails. C’est un film d’observation qui ne juge personne, rend tangible la violence politique, sociale, religieuse et rappelle l’enjeu que représentent les jeunes pour les idéologues de tous poils.</p>



<p>ÉLISE PADOVANI</p>



<p><em>Yurt</em>, de <strong>Nehir Tuna</strong></p>



<p>En salles le 3 avril</p>
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