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	<title>Archives des Théâtre de l’Ouvre-Boîte - Journal Zebuline</title>
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	<title>Archives des Théâtre de l’Ouvre-Boîte - Journal Zebuline</title>
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		<title>Une tête importable</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 May 2026 07:44:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce qui frappe d’abord, chez Jean-Claude Bolle-Reddat, c’est une forme inédite et inattendue de douceur. Car le cynisme bernhardien, si ardent soit-il, n’est pas nécessairement un bloc de brutalité. Dans La Remise de prix, adaptée de Mes prix littéraires et sobrement mise en scène par Laurent Fréchuret, Thomas Bernhard raconte ses prix littéraires comme on [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Ce qui frappe d’abord, chez <strong>Jean-Claude Bolle-Reddat</strong>, c’est une forme inédite et inattendue de douceur. Car le cynisme bernhardien, si ardent soit-il, n’est pas nécessairement un bloc de brutalité. Dans <em>La Remise de prix</em>, adaptée de <em>Mes prix littéraires</em> et sobrement mise en scène par <strong>Laurent Fréchuret</strong>, Thomas Bernhard raconte ses prix littéraires comme on raconterait une série de catastrophes intimes. L’écrivain reçoit 5 000 marks, achète une voiture de luxe et la plante. Il en reçoit 10 000 autres, et se lance contre l’avis de tous dans un investissement immobilier épouvantable. Il vit chez sa tante, se rêve reclus, se rend aux cérémonies comme à l’abattoir, avec ce mélange de vanité, de honte et de dégoût qui rend le personnage à la fois insupportable et bouleversant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’un des très beaux moments du spectacle tient à une inaugurale histoire de costume. Il faudrait s’habiller pour recevoir le prix, se présenter, tenir son rang, entrer dans l’image que la société fabrique pour ceux qu’elle distingue. Mais Bernhard voudrait surtout pouvoir se changer lui-même. Aux vestiaires, il rêve moins d’enfiler un habit convenable que de se débarrasser de sa propre tête, devenue, elle aussi, « complètement importable ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Laurent Fréchuret laisse l’acteur tenir cette ligne délicate : faire entendre la férocité sans écraser la fragilité. Bolle-Reddat ne joue pas un imprécateur confortable, ni un atrabilaire satisfait de ses bons mots. Car il y a aussi la langue. Une langue de la répétition et de la rumination augmentées, où chaque reprise ajoute une couche de rage, de précision, de burlesque. Les mots enflent, se cognent, tournent autour d’une idée jusqu’à ce qu’elle devienne à la fois comique et intenable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le discours final, enfin prononcé et coupé court, est d’une violence considérable &#8211; et d’une drôlerie jubilatoire. On comprend alors cette autre phrase de Bernhard, lancée à une audience médusée : « Il y a aujourd’hui à Vienne plus de nazis qu’en 1938. » La formule est terrible, mais elle ne tombe pas comme une provocation gratuite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car le révélateur du monde est aussi celui qui peine décidément à y vivre. Le poète démasque les institutions, mais trébuche sur ses propres chaussures. Le choix de fin est très beau, d’une noirceur presque kafkaïenne. Après le rire, après l’éclat du discours, demeure la solitude.</p>



<pre class="wp-block-verse">SUZANNE CANESSA<br>Le spectacle a été joué les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color"><strong>20 et 21 mai </strong></mark>au Théâtre de l’Ouvre-Boîte à Aix-en-Provence</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles&nbsp;<a href="https://journalzebuline.fr/category/on-y-etait/"><em>On y était</em>&nbsp;ici</a></p>
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		<title>« Incorrigibles », des corps sous contrôle à l’Ouvre-Boîte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 09:43:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Incorrigibles, Océane Chapuis et Jeanne Zerwetz partent d’un fait historique précis : l’envoi de femmes au bagne de Guyane, entre 1859 et 1905, dans une logique coloniale où la peine ne s’arrête pas à l’enfermement. Il faut encore travailler, obéir, peupler. La pièce n’en fait ni une fresque scolaire, ni un tableau misérabiliste. Elle [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph">Avec <em>Incorrigibles</em>, <strong>Océane Chapuis</strong> et <strong>Jeanne Zerwetz </strong>partent d’un fait historique précis : l’envoi de femmes au bagne de Guyane, entre 1859 et 1905, dans une logique coloniale où la peine ne s’arrête pas à l’enfermement. Il faut encore travailler, obéir, peupler. La pièce n’en fait ni une fresque scolaire, ni un tableau misérabiliste. Elle choisit la danse, c’est-à-dire le corps, pour raconter ce que l’administration pénitentiaire et coloniale a voulu confisquer aux femmes : le mouvement, le désir, le choix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La forme est brève, mais très construite. Elle raconte la contrainte, l’attente, la surveillance, la tentative d’échappée. Une histoire violente, mais il refuse de réduire celles qui l’ont traversée à leur malheur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">La contrainte n’a pas le dernier geste</mark></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les corps sont empêchés, mais jamais punis par la chorégraphie. Une courte échelle devient désir de fuite. Les corps se superposent, s’étreignent, s&rsquo;accroissent, comme s’ils cherchaient à fabriquer plus d’espace que la scène ne leur en donne. Une parade nuptiale tourne au pugilat : la scène est difficile, parce qu’elle dit la violence faite aux femmes dans les situations de détention, de migration, de dépendance. Mais elle est tenue avec assez de netteté pour ne pas devenir complaisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux danseuses et chorégraphes, formidables, initient un langage expressif, très lié au théâtre. Leurs visages, leurs regards, leurs ruptures de rythme ouvrent le récit sans le condamner à la simple pantomime.<em> Incorrigibles</em> montre ainsi, sans ambages, l’inventivité de corps que l’on voudrait assigner, et qui trouvent pourtant le moyen de se déployer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">SUZANNE CANESSA</p>



<pre class="wp-block-verse"><em>Incorrigibles </em>a été joué le <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">7 mai</mark> à l’<a href="https://www.theatrelouvreboite.fr">Ouvre-Boîte</a>, Aix-en-Provence.<br><br><strong>À venir</strong><br>Du <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">12 au 16 juillet</mark> à 11 h à la Chapelle du Verbe Incarné, dans le cadre du Festival Off Avignon.</pre>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>La langue contre l’oubli</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Suzanne Canessa]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Nov 2025 08:51:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Reprise attendue du spectacle créé il y a dix-huit ans par le Théâtre du Maquis, La Compagnie des spectres, quipoursuit sa route à L’Ouvre-Boîte (Aix-en-Provence) Rose et sa fille Louisiane vivent recluses dans une cité. Un huissier frappe à la porte : inventaire avant expulsion. Mais pour Rose, le visiteur n’est autre qu’un envoyé de [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em><mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">Reprise attendue du spectacle créé il y a dix-huit ans par le Théâtre du Maquis, La Compagnie des spectres, quipoursuit sa route à L’Ouvre-Boîte (Aix-en-Provence)</mark></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Rose et sa fille Louisiane vivent recluses dans une cité. Un huissier frappe à la porte : inventaire avant expulsion. Mais pour Rose, le visiteur n’est autre qu’un envoyé de Darnand, ou pire, du Maréchal «&nbsp;Putain&nbsp;». Son frère, résistant de 18 ans, a été assassiné par la milice ; depuis, le temps s’est figé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur scène, un quasi-rien de décor : une table, une chaise, un miroir, quelques objets détournés, et c’est tout un monde qui surgit. <strong>Pierre Béziers</strong> dirige <strong>Florence Hautier</strong> au plus près du souffle : geste mesuré, parole offerte, justesse du corps. On touche ici à une forme de théâtre d’objet intérieur, où chaque accessoire – paquet de cigarette, verre d’eau – devient relais de mémoire et d’incarnation. Car Florence Hautier incarne tout&nbsp;: la mère, la fille, l’huissier, les spectres… avec une générosité qui refuse l’effet. Une main posée, un ventre ployé, un regard qui se perd : autant de signes minuscules qui suffisent à faire exister l’autre. Elle navigue dans la langue mouvante de Lydie Salvayre avec jubilation et précision, gardant son humour corrosif, sa désespérance, sa tendresse. On rit parfois, mais on tremble aussi : la folie de Rose est une clarté douloureuse sur notre monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car si le texte date de 1997, il résonne en 2025 avec l’inquiétude d’aujourd’hui : celle des expulsions, des frontières, de la peur. La logorrhée maternelle, drôle et tragique, dit aussi l’angoisse d’un présent rongé par la haine de l’autre, collective, institutionnalisée. 18 ans après la première création, l’actrice a voyagé vers la mère, comme si le rôle avait mûri avec elle. Il y gagne sans doute en gravité et en mélancolie.</p>



<pre class="wp-block-verse">SUZANNE CANESSA<br><br>À venir<br><br><a href="https://www.theatredumaquis.com/about-1">La Compagnie des spectres</a><br>Les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">13, 14, 15 novembre</mark> puis les <mark style="background-color:rgba(0, 0, 0, 0)" class="has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color">20, 21 et 22 novembre</mark><br><a href="https://www.theatrelouvreboite.fr/">Théâtre de L’Ouvre-Boîte</a>, Aix-en-Provence</pre>



<p class="wp-block-paragraph">Retrouvez nos articles <a href="https://journalzebuline.fr/category/scenes/">Scènes ici</a></p>
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