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L’ego tripes de Marina Otero

Avec Fuck Me, la chorégraphe argentine signe une performance extrême sur le corps empêché et l’obsession créative, entre confession et fiction. Une œuvre émouvante de narcissisme

Cinq hommes nus et dévoués. Il fallait bien ça à Marina Otero pour extérioriser ses tourments, exposer ses désirs, mettre en scène sa douleur physique. Il faut surtout un sacré aplomb pour chorégraphier avec autant d’insolence son narcissisme. Et ce n’est pas une colonne vertébrale, que ses excès ont réduit en compote, qui allait entraver la chorégraphe argentine dans la finalisation de sa création. Fuck Me est l’ultime volet d’une trilogie entamée avec Andréa (2012) et Se rappeler 30 années pour vivre 65 minutes (2014). Une œuvre au long cours pour se raconter, raconter l’engagement total d’un corps dévoué à l’art et, au final, dire comment cet art extrême qui guide sa vie fait fi des limites d’un corps blessé. Car ce spectacle n’aurait jamais dû voir le jour. En pleines répétitions, Marina Otero doit interrompre le processus de création pour cause de triple hernie discale et subir une intervention chirurgicale majeure qui l’empêche de se mouvoir pendant un an. Puisque l’outil cède, elle va le transférer vers d’autres contenants, ses « Pablo », amants fantasmés et hyper-sexués qui incarnent et exécutent ses plus radicales et obsessionnelles pulsions. Et de rester au centre de l’acte artistique en en devenant la narratrice, la maîtresse de cérémonie de cette autofiction transgressive.

Impudeur provocatrice
Une enfance déjà habitée par la passion de la danse, des secrets de famille, emportés dans la tombe de sa grand-mère veuve d’un officier de la marine sous la dictature argentine, les violences et outrages vécus au fil de son parcours, Otero se dévoile, mêlant l’intime au politique, le corps qui s’use à la mémoire qui s’effrite. Avec une impudeur provocatrice en miroir à la nudité de ses avatars auxquels elle inflige, non sans autodérision et après les avoir brièvement présentés – c’est à elle et elle seule que l’on doit s’intéresser –, l’appropriation de ses propres souffrances. Des danseurs qu’elle épuise et qui exaltent en l’érotisant la liberté de mouvement quand la chorégraphe, assise ou se déplaçant avec peine, commente des vidéos d’un passé encore récent où rien ne lui était interdit. On ne peut que penser à Frida Khalo que rien ne fit renoncer. Voire à Angélica Liddell, metteuse en scène espagnole à qui Otero adresse un clin d’œil filial. Mais l’Argentine, aujourd’hui installée à Madrid, ne cherche pas à provoquer les comparaisons. Elle veut qu’on l’aime et le confesse parmi les nombreuses confidences qu’elle prétend ici livrer. Car Fuck Me est aussi un jeu flou entre vérité et fiction qu’un final déconcertant (qu’il serait dommage de dévoiler) fait éclater au grand jour. De l’égo et surtout des tripes.

LUDOVIC TOMAS

Fuck Me a été donné le 8 décembre aux Salins, scène nationale de Martigues.
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