Deux générations d’artistes différentes : Ivens Machado (1942-2015) a accédé à la visibilité dans les années 1970, pendant la montée de la dictature militaire au Brésil, et Lucas Arruda, né en 1983, peintre paysagiste, devenu depuis le milieu des années 2010 un artiste reconnu de la scène contemporaine brésilienne.
Deux facettes d’un art brésilien aux antipodes formels : le premier pratiquant la performance et créant des sculptures évoquant à la fois architecture et corps organiques, le second proposant des tableaux de petits formats et une recherche picturale sur la lumière frôlantl’immatérialité.
Brisures
Les œuvres d’Ivens Machado exposées vont des années 1970 avec des dessins, vidéos et photographies, et diverses sculptures réalisées principalement dans les années 1980 et au début des années 2000, présentées au sol, sur des estrades ou accrochées aux murs.

Versus, 1974
Video 4’5”
Courtesy Acervo Ivens Machado and Fortes D’Aloia & Gabriel, São Paulo/Rio de Janeiro.
Des sculptures créées avec des matériaux liés à l’habitat : béton, tessons de tuiles et de verre, fer, gravats de brique rouge, carrelages blancs, charbon de bois. Des matériaux brisés,enveloppés, retenus, suspendus dans des grillages, un filet, mis en écho dans la première salle avec une série d’une dizaine de photographies noir et blanc, témoignages de performances où des parties différentes du corps de l’artiste sont enfermées dans des bandages.
Des liens entre corps organique, sculpture et architecture qu’on retrouve d’une autre façon dans des dessins présentant des ensembles de lignes horizontales sur papier, perforées de trous, de tâches. Ou dans deux de ses vidéos, l’une où il trace en bas d’un mur un trait de niveau, puis, se déplaçant le long du mur, des traits montant progressivement de plus en plus hauts, jusqu’à devoir accomplir des sauts impossibles à la fin. Une autre où on le voit prendreune inspiration en alternance avec un homme noir à côté de lui, de plus en plus vite, la caméracadrant l’un puis l’autre en suivant le rythme, duo de respiration se terminant par un face à face.
Espacements
L’accrochage des peintures de Lucas Arruda dans les salles du dernier étage est paradoxalement spectaculaire : de rares tableaux du même petit format, formant de petits ensembles disposés en lignes, accrochés de façon très espacée sur les différents murs. Un accrochage transformant les salles en vastes espaces vides, accentuant fortement la présence de ces petits formats.

Untitled, 1990
Béton, bois et gravier
64 x 130 x 53 cm
Photo : Eduardo Ortega
Courtesy Acervo Ivens Machado and Fortes D’Aloia & Gabriel, São Paulo/Rio de Janeiro.
Des paysages de marines ou de jungles, quasiment tous composés de la même façon : une couleur dominante, avec une ligne horizontale au bas du tableau, au-dessus de laquelle se déploie un espace lumineux, atmosphérique, travaillé de différentes façons, tendant vers l’abstraction.
Une exposition qui progresse dans les dernières salles par des formats un peu plus grands, des monochromes aux aplats lisses et aux couleurs plus soutenues, puis par des projections lumineuses, rectangle blanc au-dessus d’un autre rectangle peint directement sur le mur, associant matérialité et immatérialité.
Dans la dernière salle est projetée la vidéo d’un combat de boxe, montage réalisé par l’artiste, insistant sur les cordes horizontales qui délimitent le ring, derrière lesquelles, enveloppé des cris assourdis du public, un corps de boxeur s’immobilise dans un angle, chancelle et s’écroule.
MARC VOIRY
Lucas Arruda - Ivens Machado
Jusqu’au 5 octobre
Carré d’Art, Nîmes
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