Elle avait bouleversé l’an dernier, le Festival International de Salon de Provence avec des Lieder de Mendelssohn. Fidèle à cette forme musicale, Alma Sadé est revenue cette année à l’Abbaye de Sainte Croix avec les Dichterliebe, Op 48 (l’amour du poète) de Robert Schumann, joyau du répertoire romantique.
Âme germanique…
Soprane à la belle technique, Alma possède aussi une immense expressivité et… Beaucoup d’humour. Celle qui, en février dernier, interprétait, dans le cadre du festival de théâtre musical de l’Opéra-comique de Berlin, un cycle de cinq lieder du cabaret yiddish, s’excuse par avance du fait que sa langue puisse fourcher et que la pureté de la langue allemande vienne s’entacher d’accents yiddish. Il n’en n’est rien bien sûr et Alma bouleversante enchaîne avec conviction les seize poèmes d’Heinrich Heine traduits en musique avec délicatesse par Schumann. Ils déroulent la palette complexe des émotions de la passion à la douleur. Corporellement engagée, Alma nous emporte dans ce voyage amoureux avec une fougue théâtrale. Son phrasé est impeccable. Chaque mot est articulé, chaque phrase développée pour donner âme et sens au texte du poète allemand.
On apprécie particulièrement son interprétation de Im Rhein, Im Heiligen Strome (Dans le Rhin, dans ce beau fleuve), sa puissance dramatique dans le célèbre Ich, Grolle Nicht, (je ne t’en veux pas) et sa gaieté facétieuse dans Ein Jüngling Lieb Ein Mädchen, (un jeune homme aime une jeune fille), morceau qu’elle reprendra en Bis et bien en yiddish cette fois.
Elle est accompagnée au piano par le talentueux Orlando Bass, musicien aux multiples facettes.
… Et « vibrance » espagnole
En première partie de concert, ce dernier a offert au public le troisième livre de la suite pour piano Iberia du compositeur espagnol, Issac Albéniz (1860–1909), œuvre monumentale, composée entre 1905 et 1909 et sommet du répertoire pianistique espagnol impressionniste.
« Ce qui caractérise Albéniz, c’est sa « vibrance », estime Orlando Bass. Ce compositeur, qui influença Ravel et Debussy a écrit ces petites cartes postales musicales sur l’Espagne alors qu’il vivait à Nice épuisé physiquement et moralement ».
Pièce techniquement redoutable, El Albaicín est une évocation du quartier gitan de Grenade. Elle est suivie par El Polo, intense et expressive aux harmonies riches et sombres. Enfin, Lavapiés, référence au quartier populaire et multiculturel de Madrid, embarque le public dans une mélodie festive proche d’une zarzuela urbaine. Exigeant, limpide, flamboyant, Orlando Bass nous offre un grand moment.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Le concert s’est déroulé le 28 juillet à l’Abbaye de Sainte Croix à Salon de Provence
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