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Doulcet fait son cinéma

Ce 8 janvier, le pianiste a proposé une soirée atypique à l'invitation de Marseille Concerts et du Conservatoire Pierre Barbizet, improvisant librement autour de dix films culte

Lauréat du concours Long-Thibaud en 2019, Jean-Baptiste Doulcet s’est produit dans les plus grandes salles françaises (Pleyel, Gaveau, Cortot). Mais le pianiste possède de multiples autres talents. Il est aussi compositeur, improvisateur et a été critique au sein des prestigieux Cahiers du cinéma car il possède une érudition, qu’il aime partager, sur le septième art.

Alliant toutes ses passions, Doulcet a présenté au public marseillais une soirée inédite. On est loin du ciné-concert classique. Il ne se contente pas de rejouer des extraits arrangés de bandes originales, mais improvise librement à partir de films qui l’ont marqué, engageant un véritable processus créatif de composition.

Le récital débute avec sa vision de L’Île nue de Kaneto Shindo (1960), ce film quasi muet où Hikaru Hayashi accompagne d’une partition lyrique le quotidien éprouvant de paysans japonais. Doulcet s’en empare pour développer des passages épiques et romantiques. Il traverse ensuite le Los Angeles noir de LA Confidential avant de s’arrêter longuement sur City Lights, « le plus beau film de Chaplin », selon lui. L’histoire du vagabond et de la fleuriste aveugle lui inspire une partition tragicomique où la mélancolie affleure sous la légèreté.

Ça pétille

Avec Le Bonheur d’Agnès Varda (1965), « admirable de beauté sur l’amour mais aussi la noirceur du couple », le pianiste reprend les thèmes mozartiens choisis par la réalisatrice : le Quintette pour clarinette K. 581 et l’Adagio et fugue K. 546 et les développe pour faire résonner ce bonheur apparemment léger mais finalement tragique. Puis 2001, l’Odyssée de l’espace entraîne le public dans un brouhaha cosmique un chaos sonore sidéral que le pianiste obtient en intervenant directement sur les cordes dans le coffre du piano.

Dans Vacances Romaines, les notes pétillent comme une coupe de prosecoportée aux lèvres d’Audrey Hepburn. Mais c’est Le Miroir de Tarkovski qui emporte les suffrages. Ce remarquable autoportrait du réalisateur qui voit sa vie se dérouler dans un miroir se conclue sur la partition de la Passion selon saint Jean de Bach, puis de se lancer dans une fugue baroque saisissante.

À l’entrée, une urne avait préalablement recueilli des suggestions du public. Doulcet les fait siennes, improvisant en direct sur la musique de Sakamoto dans le somptueux Furyo puis Jurassic Park et enfin nous emporte dans l’univers de Miyazaki, démontrant qu’aucun genre ne lui résiste.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 8 janvier au Conservatoire Pierre Barbizet, Marseille.

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