Diamanti est un récit encadré dans la grande tradition narrative des contes. Un film dans le film, s’inscrivant lui-même dans d’autres films références. Un hommage au septième art et aux femmes. Aux actrices et à celles qui les habillent – couturières, chapelières, brodeuses, teinturières, stylistes. Les premières incarnant ici les secondes. Toutes comparées par le réalisateur à des « diamants », résistantes, précieuses, offrant mille facettes.
C’est l’été romain. Dans un jardin, une vingtaine d’actrices de tous âges- un vrai vaginodrome, raille l’une d’elles, et deux hommes sont attablés autour de plats de lasagnes. Le réalisateur interprété par Ferzan Özpetek en personne, les a convoqués pour la lecture du scénario de son prochain film : Diamanti. Un film où les femmes seront « les protagonistes absolues ».
Les voix off de chaque lecteur-trice nous téléportent dans ce film, et les années 70. On est à Rome. Dans un fameux atelier de création pour théâtre et cinéma, la Sartoria Canova, dirigé par deux sœurs : Alberta (Luisa Ranieri) et Gabriella (Jasmine Trinca). La première inflexible, menant ses équipes à la baguette, en mode Meryl Streep du Diable s’habille en Prada, la deuxième cassée par un drame personnel, douce et triste. La commande en urgence d’un cinéaste réputé, pour un film se déroulant au XVIIIème siècle, et l’arrivée d’une terrifique costumière oscarisée pour mener ce projet, vont mettre tout l’atelier sous pression. On passe du lieu d’un travail qui occupe les journées et parfois les nuits mais solidarise les femmes, au domicile de chacune où elles sont isolées : de l’épouse battue à la célibataire libérée jouissant d’amants de passage, de la mère démunie face à son ado dépressif à celle abandonnée en charge d’un garçonnet. A l’Atelier, Silvana (Mara Venier), figure nourricière, déesse de la pasta, dont on devine la solitude, les materne toutes. Les destins des « patronnes » s’esquissent : amour perdu pour Alberta, deuil impossible pour Gabriella. Ensemble, ces femmes sont tout. Fortes et solidaires jusqu’au crime, prêtes aux défis. Seules, elles redeviennent vulnérables, soumises aux diktats sociaux.
Satin et crinoline
Le film s’habille de styles divers : un soupçon de comédie musicale, un peu de mélo, une pincée de comédie romantique glamour, une pointe de drame social, une rasade d’extravagances felliniennes…
Dans ce récit choral, les hommes restent au second plan, moins brillants : un cinéaste exigeant, un panel de pères (le despotique, l’absent, le démissionnaire), un mari violent et odieux ou des chics types sans oublier les jeunes livreurs ou acteurs à moitié nus que les couturières espiègles s’amusent à mesurer au centimètre.
Les drapés coulent à l’écran, perles et galons, jupes à paniers et coiffes à la Fontange ; 160 mètres de tissu doublé de crinoline noire pour la robe rouge en bouquet final.
Avec la complicité du chef costumier Stefano Ciammitti, Ferzan Özpetek célèbre les grands noms italiens de la discipline ( tous des hommes) : Pierro Gherardi (et ses robes sculptures pour Mina), Piro Tosi (chef costumier de Visconti), ou Danilo Donati (primé pour le Casanova de Fellini). On voit les robes inoubliables de Claudia dans Le Guépard et de Romy dans Ludwig.
Un film dédié in fine à Mariangela Melato, Virna Lisi et Monica Vitti. Trois actrices avec lesquelles Ferzan Özpetek aurait rêvé tourner, aujourd’hui disparues, mais éternelles comme les diamants.
ELISE PADOVANI
Sortie le 21 janvier 2026



