Le bruit des coups portés, la danse des boxeurs sur le ring, le Bleu contre le Rouge, les consignes criées par le coach, puis au vestiaire, en selfie, les ados rieurs et chahuteurs : on entre dans le film de Valery Carnoy comme dans une arène, in media res.
On est dans un internat sport-études, entouré par une forêt où rodent les renards. Les jeunes « mâles » de l’établissement puent des pieds, parlent de sexe, et fanfaronnent. Camille, au prénom androgyne, a encore un visage d’enfant, le corps en devenir, une douce blondeur et une grande réserve. Il est la star de l’établissement. Champion de France dans sa catégorie, médaillé, sélectionné pour les championnats d’Europe, il est admiré – et sans doute jalousé, par ses camarades dont il porte sur ses jeunes épaules, le rêve. Il partage tout avec son meilleur ami, Matteo (Fayçal Anaflous) qui l’a amené à la boxe. Matteo cherche à échapper à son milieu, aux embrouilles de ses « cousins » voyous et Camille, on le comprend, cherche à échapper à un père violent en apprenant à se défendre. Ensemble, ils nourrissent les renards de la forêt en volant de la viande aux cuisines et se projettent dans l’avenir. Camille est différent par son statut de vedette, par sa sensibilité. Au Centre, il croise Yas (Anna Heckel), une taekwondoïste à la voix grave et au caractère affirmé, un peu « spéciale » elle aussi, qui joue du Charlier à la trompette.
L’univers de Camille bascule au propre et au figuré lorsque, poursuivant un renard, il tombe d’une falaise. Comme le remarquait Pascal Quignard dans Les Désarçonnés , ceux qui font une chute grave, naissent à nouveau – ou deviennent ce qu’ils sont. Le bras fracturé de Camille se répare mais la douleur qu’il porte en lui depuis longtemps sans doute, s’est réveillée et ne le quittera plus. Une douleur psychosomatique sans causes mécaniques, bien plus difficile à gérer. La longue cicatrice qui court sur sa peau et que Yas effleure du doigt est une ligne de faille.
Faire le poing
Si les séances d’entraînement sportif intenses, les codes de la boxe, les dures lois de la compétition, les relations avec leur intraitable coach Bogdan (Jean-Baptiste Durand) sont soigneusement décrits. Si la cinégénie et l’intensité de ce sport sont habilement utilisées. Si les rapports de classe de cette discipline populaire sont subtilement suggérés, Valéry Carnoy ne veut pas réaliser un « film de boxe ». Comme dans son court-métrage précédent Titan – où un jeune garçon de 13 ans se confrontait aux codes de la virilité, il s’intéresse aux injonctions qui pèsent sur des êtres en devenir, à leur mal-être, au rapport à la faiblesse, à la souffrance. A cette chape de plomb, allégée ici par une amitié adolescente, une rencontre avec une fille libre de ses choix, la compréhension d’un surveillant d’internat.
La caméra ne quittera guère Samuel Kircher qui incarne avec une grande justesse Camille- et dont on nous dit qu’il a suivi un entrainement particulièrement intense, pour rendre crédibles les scènes de combat. Le casting mêlant acteurs novices et expérimentés est particulièrement réussi. A ce naturalisme de fond se mêlent l’étrangeté intrinsèque à l’adolescence et un discret symbolisme. Le renard, figure de ruse, d’intelligence mais aussi d’isolement, et de marginalité, est celui qui souffre et est mis à mort.
ELISE PADOVANI
La Danse des Renards de Valéry Carnoy
Sortie : 18 mars 2026









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