Au début des années 1980, la création de Jean-Claude Gallotta a bousculé les cadres esthétiques et narratifs de la danse contemporaine. Inspirée librement de L’Odyssée d’Homère, Ulysse ne cherche pas à illustrer le mythe mais à en capter l’essence : le voyage, l’errance, la métamorphose, le désir de retour. Une chorégraphie ludique et abstraite, fluide, tourbillonnante, une ode à la liberté du corps en mouvement et au voyage que Josette Baïz connaît de l’intérieur : elle fut l’une de ses interprètes à sa création.
Une traversée collective
Traversé d’un bout à l’autre par les atmosphères méditerranéennes créées par la musique répétitive d’Henry Torgue et Serge Houppin, le spectacle s’ouvre sur une mise en mouvement progressive du groupe (17 interprètEs de 10 à 14 ans), vêtu de costumes blancs, simples, fonctionnels, neutres. L’absence de hiérarchie visible entre les interprètEs induit l’idée qu’Ulysse n’est pas seulement un individu, mais une figure collective, portée et mise à l’épreuve par les autres.
Le plateau est parcouru par des successions de courses, d’arrêts brusques, de changements de directions, d’éclats de voix, de murmures, de respirations, avec des séquences où les danseurs se regroupent, se serrent, formant des masses mouvantes, et des moments plus suspendus, où le temps semble se dilater : un danseur isolé traverse lentement le plateau, pendant que les autres observent ou dessinent des gestes minimalistes en périphérie.
Une scénographie épurée
Une chorégraphie qui associe légèreté de la danse et rigueur de l’écriture, et se déploie dans un espace ouvert, épuré, sculpté par la lumière : un plan horizontal (le plateau) et un plan vertical (grand écran en fond de scène) à la jointure desquels se trouve une sphère de la taille d’un ballon, qui va glisser discrètement de gauche à droite du début à la fin de la pièce. Une Odyssée qui ne se conclut pas sur un retour triomphal : les danseurs quittent progressivement le plateau ou continuent de bouger dans un flux ralenti, comme si le voyage ne pouvait jamais vraiment s’achever.
MARC VOIRY
Ulysse était présenté au Zef, Scène nationale de Marseille, les 8 et 9 janvier
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