Chimères tropicales porte bien son nom : le roman nous transporte dans une forêt dense, magique et inquiétante, où l’on croise des êtres hybrides, mi-morts mi-vivants, mi-humains mi-animaux, et où le rêve semble plus puissant que le réel.
Le récit se construit autour de l’histoire d’Ariane, ou plutôt de ses pensées et de ses émotions. Le lecteur comprend peu à peu que l’intrigue s’entrelace avec le déroulé chaotique du tournage du film Fitzcarraldo, tourné en 1982 par Werner Herzog, et dont Ariane est une fervente admiratrice. Celui-ci est marqué par deux crashs aériens, qui constituent le point de départ de l’obsession d’Ariane pour la recherche de trois enfants rescapés, perdus au beau milieu de la jungle.
Les allers-retours entre l’angoisse d’Ariane, infirmière à Paris et les tentatives de survie des enfants en milieu hostile se succèdent, accompagnés par les commentaires de la narratrice. Celle-ci explique à plusieurs reprises qu’« Ariane a parfois du mal à accepter la réalité ». De fait, peu à peu, la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre l’inconscient et le conscient, se brouillent. Dans la forêt, les repères se perdent, transformant le récit en une réflexion hallucinée sur notre rapport à la nature, à la folie et à la création artistique.
L’admiration et le respect de l’autrice pour la forêt tropicale jaillissent à chaque page de ce roman déroutant. Comme dans le réalisme magique sud-américain dont elle semble s’inspirer, Corinne Morel Darleux fait se côtoyer avec habilité le merveilleux et le familier, le réel et l’irréel. Une image, commune aux Chimères et au film de Herzog, le résume avec force et poésie : « Un voilier se détache de la canopée ».
GABRIELLE BONNET
Chimères tropicales, de Corinne Morel Darleux
Éditions Dalva - 21,50 €





