En pleine nature, dans la neige, deux hommes montent une colline pour capter du réseau avec un ordinateur. A Sym, village perdu au milieu des montagnes, au sud de l’Azerbaïdjan, il n’y a pas de signal. Le plus âgé des deux veut absolument commander une ampoule pour un vieux projecteur : c’est Samid, l’ancien projectionniste, qui s’est déplacé pendant vingt ans dans les villages environnants pour montrer des films avec son matériel portable. Orkhan Aghazadeh l’a rencontré alors qu’il travaillait sur son film de fin d’études, The Chair. Marqué par cet homme qui rêve de redonner vie au cinéma dans son village, il décide de revenir et de le filmer ; ce qu’il va faire pendant deux ans nous faisant partager son projet. Il est aidé par un jeune cinéphile, Ayaz, que sa famille ne prend pas au sérieux et à qui il transmet son savoir-faire : manipuler l’appareil, faire démarrer les bobines…
Samid attend avec impatience l’ampoule qui tarde à arriver de… Lituanie. Il met tout le village à contribution : construire un écran, les hommes, coudre une toile, les femmes, qui assisteront à la future projection si elles y sont autorisées par les maris…On se réunit dans le village pour discuter de la future programmation : des films qui « ne heurtent pas les mœurs ». De petites affiches sont tirées et placées dans le village. Mais l’ampoule n’arrive toujours pas et dans la communauté, on jase. Le découragement gagne parfois Samid qui évoque son fils, mort deux ans auparavant. Heureusement, le jeune Ayaz avec qui a noué une vraie amitié l’encourage et quand, enfin, la lampe arrive et que la projection peut avoir lieu, la copie du film indien qui doit être projeté est en Hindi ! Les villageois quittent la salle. Ensemble, Samid et Ayaz vont essayer de trouver des solutions…
« Pour moi, c’est une histoire de persévérance malgré les obstacles. Ce n’est pas la success story typique. On parle du parcours qu’ils font, de leur passion partagée et des petites victoires qui surviennent en chemin. » précise Orkhan Aghazadeh.
On oublie parfois que Le Retour du projectionniste qui aborde les questions de transmission entre les générations, le pouvoir du cinéma, la vie dans un village de montagne est un documentaire. Samid et Ayaz semblent être de vrais Personnages de fiction. La mise en scène, les paysages font penser aux films de Kiarostami où la frontière entre réel et fiction disparait. Les gestes du quotidien, les conversations sont filmés par le directeur de la photo, Daniel Guliyev, avec une grande poésie ; le temps semble s’étirer et la magie du cinéma est là.
Annie Gava
Le Retour du projectionniste en salles le 21 janvier 2026




