Zébuline. Comment s’est passée l’année 2025, marqué par des baisses inédites des subventions, pour La Garance ?
Chloé Tournier. Nous avons eu des baisses de subventions de la région, comme toutes les structures, et de la DRAC. Toutes nos autres tutelles ont maintenu leur engagement, voir même l’ont augmenter. On a eu la chance d’avoir une aide exceptionnelle du département du Vaucluse, qui a mis en place le dispositif AMI de Diffusion avec lequel ils soutiennent des compagnies vauclusiennes en prenant en charge les coûts liés à leur accueil et leur diffusion.
On est aussi allé chercher des recettes propres, de mécénat, ou de projets parallèles, et on a multiplié les partenariats. Grâce à cela, on a réussi à finir l’année à l’équilibre, mais cela reste une situation précarisante pour moi et mes équipes.
Sur une note plus gaie, vous proposez une très belle seconde partie de saison, avec cette semaine, les seules représentations de Valentina de Caroline Guiela Nguyen dans la région.
Cette deuxième partie de saison est marquée par des propositions assez éclectiques, avec de grands noms. Vous avez cité Caroline Guiela Nguyen qui vient avec sa création Valentina, sur laquelle on s’est engagé en pré-achat. Je suis aussi très contente qu’on accueille David Geselson, qui est un metteur en scène que j’aime beaucoup, cette fois avec une reprise de répertoire, Doreen, qui est un spectacle qui a une dizaine d’année. C’est drôle, parce qu’avec ces deux exemples on a deux extrêmes de la prise de risque en termes de format.
Y’a-t-il des propositions de la Bande du futur ?
Oui ! La bande du futur, notre comité de jeunes programmateur·ices, a une enveloppe de 20 000 euros par an pour programmer des choses qui selon eux font sens et peuvent toucher leurs pairs. Cette année, ils ont choisi Vive de Joséphine Chaffin, qui a joué à La Garance en octobre, et Ma République et moi de Issam Rachyq-Ahrad (les 26 et 27 mars, ndlr). Depuis Issam est devenu artiste associé, donc c’est une jolie histoire.
Il est devenu artiste associé parce qu’il a été choisi par la bande ?
Non, on s’est rencontrés en parallèle. Je pense que ça montre bien l’alignement du projet.
Florianne Facchini, également artiste associée à La Garance, est aussi au programme de cette seconde partie de saison.
Elle crée son spectacle le 26 mai dans le cadre du festival Confit !, qui présente des projets artistico-culinaires. Son spectacle, La Pastasciutta antifascista de Casa Cervi s’intéresse aux histoires de lutte par l’alimentation en partant d’un évènement qui a eu lieu en 1942, dans l’Italie fasciste. À l’époque, pour différentes raisons, Mussolini interdit la consommation de pâtes. La famille Cervi décide alors de servir à des pâtes à tout leur village, dans l’espace public, et pour cela les sept frères de la famille sont exécutés.
Ce spectacle est produit par Ça mijote, un nouveau réseau dont La Garance est à l’initiative.
Oui, c’est un réseau qui est dédié aux projets artistico-culinaires. C’est une question de plus en plus travaillée, mais soumise à des biais, notamment des freins assez classiques liés à des questions logistiques. Il y a aussi, souvent, une lecture qui se concentre uniquement sur la question de la convivialité, qui est bien sûr centrale, au détriment d’une analyse dramaturgique et esthétique.
Ce réseau a donc trois objectifs : le partage de ressources sur les questions que chacun·e peut se poser sur la production et la diffusion de projets artistico-culinaire, la création d’un fond de production mutualisé, et la recherche. On s’associe avec un·e chercheur·euse pour réfléchir ensemble à ce que le culinaire fait à la culture.
Quelles sont les structures qui font partie du réseau ?
Pour l’instant, nous sommes quatre avec la scène nationale de l’Essone, la scène nationale du Channel à Calais, et le CDN de Thionville. Il nous paraissait important de ne pas penser qu’entre structures culturelles, donc on a aussi un chef cuisinier, une artiste et un·e journaliste et un·e chercheur·euse. On se donne quelque mois d’expérimentation avant d’accueillir d’autres structures.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE
Valentina
Écrite comme un conte à hauteur d’enfant, la nouvelle création de Caroline Guiela Nguyen invite le public à un voyage entre la France et la Roumanie. À la lisière de la réalité et du conte, la pièce aborde avec justesse ce que représente le poids des mots. À travers le récit de Valentina, neuf ans, et de sa maman venue de Roumanie pour guérir son cœur malade, Caroline Guiela Nguyen plonge ses personnages au cœur d’un destin bouleversant. Lorsque Valentina, en rentrant de l’école trouve un mot posé, elle devient la traductrice entre sa mère et le médecin. Entre deux pays, deux langues, les deux femmes doivent composer… Pour construire le récit, la dramaturge et metteuse en scène est allée chercher le réel, au contact de l’association Migrations Santé Alsace, qui favorise l’accès des populations exilées aux droits en matière de santé. C’est dans ce cadre là que la metteuse en scène a appris que, « faute de professionnels pouvant assurer la traduction, les familles avaient recours à leurs propres enfants ». Après Saigon, et Lacrima, Caroline Guiela Nguyen offre une œuvre sensible, intime et éminemment politique.
CARLA LORANG
21 et 22 janvier
La Garance, Cavaillon

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