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Raconter l’Est

L’autrice bulgare Joanna Elmy était de passage à Marseille pour présenter son premier roman, Porter la faute, paru au Bruit du monde

Le roman de Joanna Elmy suit le parcours de Yana, jeune bulgare exilée aux États-Unis, vivant dans la précarité. Elle y est témoin d’un accident mortel impliquant une réfugiée d’Europe de l’Est. Le choc fait ressurgir les voix de sa mère et de sa grand-mère. Entrelacées, elles forment la trame du récit sur trois générations.

« Au départ, il s’agissait d’une nouvelle pour laquelle j’avais gagné une bourse », explique l’autrice. Le grand auteur Georgi Gospodinov, emballé par le texte de la jeune femme – elle n’a alors que 26 ans –, estime qu’il y a matière à un roman. « Cela me semblait impossible. Mais j’ai essayé. Deux ans plus tard, le roman était là. » Et quel roman ! Publié en 2021 en Bulgarie, Porter la faute est aujourd’hui traduit en quinze langues.

« Il y a un peu de mon histoire personnelle », poursuit Joanna. « Je suis partie aux États-Unis en 2015, l’année des élections entre Hillary Clinton et Trump. J’observais à la télé cet homme aux cheveux orange qui racontait des choses folles. Cela a été le point de départ : comprendre pourquoi ce pays dont l’Est rêvait basculait dans de tels extrêmes. »

Culpabilité en héritage

Joanna veut aussi faire le récit de la génération des enfants de la transition, nés après la chute du Mur. « On a pensé alors que tout serait “magnifique” comme à l’Ouest. Mais les choses ont été bien compliquées : inflation monstrueuse, rayons vides dans les magasins. Mes parents ont connu une pauvreté que l’on peut à peine imaginer. » Le roman relate aussi la vie d’Eva, la grand-mère, qui incarne la période du communisme : « Je m’intéresse à la violence, celle des hommes et celle de l’État, elles se ressemblent beaucoup. »

Tous les personnages portent en eux une culpabilité héritée de la génération précédente ; une transmission qui se reflète dans la forme même du roman : récit à plusieurs voix, éclaté. « Je n’arrive pas à penser une histoire de manière linéaire. Mon écriture est sans doute le reflet d’une existence moderne où l’on consomme l’information en scrollant. »

Comme son héroïne, Joanna fait partie d’une génération qui a grandi « avec l’idée qu’en Bulgarie, il n’y avait pas de futur, que “réussir”, c’était partir ». Sur six millions de Bulgares, deux millions vivent à l’étranger. Mais aux États-Unis aussi, « où tout se compte en heures et en dollars », la désillusion attend Yana : « Les exilés y sont les petites mains du nettoyage, des restaurants…  Difficile de s’intégrer dans une société qui ne veut pas de vous. »

Avec ce roman dense et intense, l’autrice brosse un portrait d’une Bulgarie méconnue : « L’Europe de l’Est n’est vue que sous l’angle de la dictature. Il me semblait important de raconter une autre histoire qui ne se résume pas à la seule division entre libéraux et communistes. »

ANNE-MARIE THOMAZEAU

La rencontre s’est déroulée le 30 janvier, à la librairie des Arcenaulx, Marseille.

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