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L’Histoire face aux politiques identitaires

Une table ronde de l'Iméra sur la réaction des historiens quand leur discipline est instrumentalisée

L’Iméra (Institut d’études avancées d’Aix Marseille Université) a lancé cette année un cycle de rencontres, Ouvertures, qui s’adresse aux enseignants-chercheurs, aux doctorants et aux citoyens curieux. Le 12 février, une séance hors-les-murs se tenait au LaboFriche, laboratoire d’expérimentation de la Friche La Belle de Mai. Avec un panel d’historiens, rassemblés par Brian Sandberg, spécialiste des guerres de religion européennes, autour du thème L’Histoire contestée : les usages du passé et libertés académiques.

Points de résistance

Le moderniste Jérémie Foa, animateur de la première session, passionnante, mettait d’emblée la discipline Histoire au cœur de guerres culturelles sans merci : « mémoires concurrentes, récits identitaires, projets politiques, qui peuvent contourner ou nier le travail critique sur les sources ».

« Quelle réaction civique et intellectuelle pouvons-nous avoir ? », demandait-il à ses pairs. Thomas Glesener, intervenant sur l’islamophobie savante, répondait que l’offensive réactionnaire contemporaine a refait des universités des champs de bataille, « où l’on défend la pensée complexe auprès de jeunes cerveaux qui ne demandent qu’à apprendre : on crée des points de résistance ». Pour Paulin Ismard, historien de l’antiquité, « affronter le danger fasciste en 2027, cela se passe ailleurs que dans nos milieux ; dans la rue ! »

Quant à Clémence Revest, spécialiste du mouvement humaniste dans l’Europe du XVe siècle, elle suggérait fort justement de « se réunir, se mettre en réseau, se compter dans une dynamique de résistance avec les libraires, bibliothécaires, enseignants, musées. Nous pouvons aider à se déprendre de la mythologie des origines, poison fondamental. ».

Dans le public, Fabrice Denise, directeur du Musée d’Histoire de Marseille, opinait : « de plus en plus d’établissements rejoignent la Charte des musées engagés initiée par le Musée national de l’Histoire de l’Immigration ». L’Américain Brian Sandberg, tout du long, frémissait de rage en évoquant l’assaut mené contre l’Histoire publique par le gouvernement Trump. Aux USA comme de ce côté de l’Atlantique, si une profession aussi pondérée que celle des historiens se mobilise, c’est que l’heure n’est plus aux atermoiements.

GAËLLE CLOAREC

À venir

Le prochain rendez-vous du cycle Ouvertures aura lieu le 12 mars, avec les invités du sociologue Abdoulaye Gueye, pour revenir sur les libertés académiques.

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