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Le champ de bataille est aussi en nous-mêmes

Sommes-nous si confus que nous ne puissions plus analyser sans affolement un homicide a priori commis par des militants antifas ? Chacun s’est empressé, sans ambiguïtés, de condamner ce crime commis en groupe sur un homme à terre. Y compris à LFI. Mais pourquoi certains à gauche ressentent-ils le besoin de « rendre hommage » à Quentin Deranque, militant de groupuscules d’extrême droite prônant et pratiquant des actions violentes contre la France non blanche, non chrétienne et non hétérosexuelle ? Qui a fait partie de l’Action Française, clairement antisémite, et de Allobroges Bourgoin, groupuscule néofasciste assumé ? 

La République doit justice à toustes, mais ne rend hommage qu’aux héros. Ce que ce jeune homme venu assurer la sécurité d’une manifestation de « féministes d’extrême-droite » (?) n’était certes pas aux yeux de toustes celleux qui sont attachée·es aux valeurs démocratiques : Nemesis, mouvement qui porte le nom de la déesse grecque de la vengeance, voulait empêcher la conférence à Sciences Po d’une eurodéputée, au nom d’une dénonciation de « l’islamogauchisme ». Cela n’a rien d’héroïque, ni de démocratique…

Sortir de l’engrenage

Mais la violence de cet abominable lynchage signe indéniablement une défaite. Celle d’une gauche qui n’est plus sûre de ses valeurs, qui ne sait plus ce qu’elle défend, ce qu’elle veut construire et promouvoir, c’est à dire une société de paix, d’épanouissement commun, de bienveillance et de partage. Une société ouverte à l’autre et capable de voir dans son adversaire de classe, son ennemi politique, quelqu’un à convaincre plutôt que quelqu’un à tuer. Une gauche qui ne se dévoie pas sur des terrains des batailles rangées, qui ne cède pas au campisme, une gauche qui n’emploie pas, pour les combattre, les armes virilistes des fascistes. Et surtout, une gauche qui n’est pas contaminée par les parallèles médiatiques constants et inexacts entre « les extrêmes », et qui refuse de se reconnaître dans les miroirs que le système médiatique et le macronisme prétendument centriste lui imposent.

Car aujourd’hui, la violence politique prend corps. Dans le monde, dans les urnes, dans les rues, dans les facs. En moins d’un an, les actes racistes et antisémites ont explosé en France. En moins d’un an, Rochdi Laksassi, Hichem Miraoui puis Ismaël Aali ont été assassinés pour des motifs racistes, sans que le pays entier s’en émeuve. En moins d’un an, un nombre impressionnant  d’attentats d’extrême droite ont été déjoués par la DGSI : attaque de deux mosquées par le groupuscule Héritage blanc, projet d’assassinat d’un maire en Bretagne, tuerie de masse prévue par le groupuscule Vengeance 2025 dans un quartier populaire, projet de bombe contre un centre LGBTQI à Lyon…

Redouter Némésis

L’usage de la violence est constitutif des groupuscules d’extrême droite et Rue89 Lyon a recensé, depuis 2010, 102 actions violentes dans la capitale identitaire des Gaules. L’esprit de vengeance est fortement favorisé par le traitement médiatique et politique du lynchage de Quentin Deranque. Des photos de militants LFI circulent, accompagnées de menaces de mort, et des locaux ont d’ores et déjà été dégradés. La vague de rétorsion va déferler, et l’État doit la prévoir, et la contenir. La police doit s’y préparer et protéger les citoyens qui défendent diversité et l’égalité, et l’Arcom interdire les discours de haine qui fleurissent sur les plateaux Bolloré.

Quant aux militants de toutes les gauches, ils devront résister aux sirènes de la violence, et opposer fermement, mais sereinement, la démocratie, l’égalité, la solidarité et le dialogue, à tous ceux qui veulent en découdre. 

Agnès Freschel


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