Une fête joyeuse dans un jardin. Une jeune femme, visage triste, coupée des autres ; c’est Rosa (Michelle Tzontchev) qui a le vague à l’âme. Elle demande à son père de l’accueillir quelque temps avec son fils. Lui, c’est Mihail, un spécialise d’art, commissaire d’exposition ; il a quitté la Bulgarie presque 30 ans auparavant, s’installant à Montréal avec sa fille alors âgée d’une dizaine d’années. Il y a laissé ses souvenirs, une sœur et sa langue, ce que lui reproche Rosa, qui apprend le bulgare à son fils. Mihai est poussé à revoir son pays natal car on lui confie une mission : aller voir sur place le travail d’une fillette, repérée par une galeriste italienne, Giulia (Chiara Caselli), à partir d’une vidéo sur internet. D’abord réticent, il accepte de partir dans ce « pays arriéré ». L’arrivée dans son pays natal est un vrai choc. Il est accueilli avec chaleur par la communauté du village de Nina, même si on trouve qu’il parle bizarrement pour quelqu’un né à Sofia. « Il pense en français ! » Il rencontre Nina (incarnée par les jumelles Sofia et Ekatarina Stanina) un peu sauvage qui lui montre son atelier et lui confie ses cauchemars. Nina lui rappelle Rosa au même âge quand il l’a emmenée à Montréal. Invité à un anniversaire, où on chante et on boit la rakia, il retrouve le plaisir d’entonner un hymne bulgare et de danser avec les autres. Une des plus belles séquences du film : dans les couleurs chaudes du feu, il retrouve son âme bulgare. Quand il verra le travail de Nina qui semble communier avec le cosmos dans ses toiles, quand il sera sûr qu’elle peint avec ses doigts, toute seule, il sera confronté à un dilemme. Giulia l’agent italienne a un projet pour la fillette : une école d’art en Italie. Peut-il accepter de participer à cette chasse aux talents et risquer de couper Nina de ses racines ? C’est le comédien et metteur en scène Galin Stoev qui incarne avec sobriété et délicatesse cet homme, en plein voyage re-initiatique. La caméra d’Alexandre Nour Desjardins filme son visage tour à tour, fermé, plongé dans ses souvenirs – il revit en flashback des instants de bonheur familial-ou rempli d’un étonnement émerveillé devant les paysages de sa Bulgarie retrouvée.
Ours d’Argent bien mérité !
Annie Gava




