Le 7 octobre 2023, en bordure de la bande de Gaza, des brigades du Hamas attaquent des bases militaires israéliennes, un festival de musique près de Réïm et d’autres kibboutz voisins. Plus de 1200 morts dont 828 civils. Liat Beinin-Atzili et son mari Aviv Atzili, un couple israélo-américains, installés à Nir Oz sont kidnappés ce jour-là, avec 251 autres personnes .
Deux semaines après les faits, Brandon Kramer et son frère producteur Lance Kramer, parents éloignés de la famille, quittent les U.S.A pour se rendre sur place. « Ce sera un documentaire d’observation, dit le réalisateur américain, nous avions un point d’accès unique pour créer un enregistrement historique de ce moment à travers le cadre d’une famille et nous avons été amenés à un endroit que nous n’aurions pu imaginer au début. »
Kramer va filmer l’impact de l’enlèvement de Liat sur les siens, le calvaire de l’incertitude et de l’impuissance, les démarches entreprises pour exiger du gouvernement des négociations, l’espoir, la colère, le découragement, les choix à faire – parfois contre ses convictions pour obtenir une libération. On va suivre le voyage de Yehuda, le père de Liat, à Washington pour demander l’aide de Joe Biden, des sénateurs et des associations de Juifs américains. Tout le show médiatico-politique où chacun cherche à se servir du drame pour ses propres intérêts. Puis le retour de Liat, libérée après 54 jours de captivité, son courage quand il se confirme que son mari est mort lors de l’attaque d’Octobre, ses retrouvailles avec ses enfants traumatisés. Liat reprenant sa vie, son travail d’enseignante …
On pourrait d’abord approcher ce film par ce qu’il n’est pas. Ni une reconstitution qui ménagerait une sorte de suspense en arc dramatique– on sait dès le début que Liat est revenue. Ni un tire-larmes qui jouerait indécemment sur le pathos. Ni un discours politique général sur le conflit.
Holding Liat c’est surtout le portait d’un homme, Yehuda, frappé dans son amour paternel mais aussi dans ses convictions de gauche laïque. Un homme blessé, un athée en colère contre les Religieux des deux camps antagonistes. Qui déteste Bibi (Benjamin Netanyahou) lui reproche de se foutre complètement des otages et de chercher surtout une justification à sa politique d’annexion. Un israélo-américain, qui est revenu vivre en Israël avec sa femme Chaya, dans les années 70, adhérant à un certain idéal socialiste, de coexistence pacifique. Son frère, désormais installé à Portland, n’a pas pu rester en Israël quand il a appris que le kibboutz où il croyait participer à un monde meilleur était construit sur les ruines de trois villages palestiniens. Dans le tumulte de ses sentiments, filmé souvent de très près, Yehuda crève l’écran.
L’enlèvement de Liat révèle les dissensions et la solidarité familiales. Yehuda a du mal avec les compromis qu’on lui demande. A Washington, il croise l’avocat palestinien Ahmed Mansour venu négocier au Congrès un cessez-le feu. « Nous avons plus de choses en commun que tu ne penses, lui dit Yehuda. « Avant le 7 octobre, je ne t’aurais jamais serré la main », lui avoue Mansour.
Et puis il y a Liat, elle-même, qui refuse de se complaire dans le rôle de victime et de veuve éplorée, qui veut donner « un sens à cette épreuve ». Elle se dit plus consciente des choses. Tu te plains des difficultés de ta vie lui avait dit Aziz son mari, mais pense à la vie de ceux qui sont de l’autre côté de la barrière. Tout le monde veut vivre ici, du Jourdain à la Méditerranée et pense que les autres pourraient vivre ailleurs, commente la jeune femme. La famille de son ravisseur, qui l’a bien traitée, était très religieuse, raconte-t-elle, elle pensait qu’on pourrait provisoirement, cohabiter, jusqu’à ce que tout le monde se convertisse à l’Islam. Comment ne pas exclure l’autre, comment le penser quand l’engrenage de la haine n’en finit plus de tourner ?
ELISE PADOVANI
Holding Liat de Brandon Kramer
En salle le 1er avril



