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Yellow letters : Liberté sous tension

Le 10 mars, au cinéma aixois Le Mazarin, le festival NOUV.O.MONDE proposait dans le cadre de son partenariat avec Sciences-Po Aix, une avant-première : Yellow letters de Ilker Çatak, Ours d’Or à la Berlinale 2026.

Les lettres jaunes, ce sont celles qu’ont reçues, entre 2016 et 2019, quelque 2000 artistes, suspendus et traduits en justice pour avoir signé une pétition pour la paix. Ilker Çatak est parti de faits réels : depuis la tentative de putsch de 2016, le régime d’Erdogan a poursuivi et intensifié sa politique de musèlement des oppositions. Le réalisateur voulait tirer un signal d’alarme devant ces attaques de plus en plus violentes contre la liberté d’expression. Mais il désirait aussi écrire une histoire d’amour et de mariage. Le scénario, co-écrit avec sa femme Ayda Meryem Çatak et Enis Köstepen, tissera intimement les deux fils.

Derya (Özgü Namal), star du théâtre national d’Ankara et Aziz (Tansu Biçer), dramaturge et professeur à l’université, forment un couple uni. Ils vivent dans un appartement bourgeois qu’ils achètent à crédit, et affrontent avec humour la crise d’adolescence de leur fille, Ezgi ( Leyla Smyrna Cabas). Leur vie bascule quand, comme ses collègues progressistes, Aziz reçoit des autorités la fameuse lettre jaune. Il est suspendu de ses fonctions universitaires, les représentations de sa pièce où jouait sa femme sont annulées. Derya, qui refuse de se soumettre, est éjectée de la troupe. Le procès intenté par le collectif des professeurs contre l’état pour licenciement abusif doit se tenir sept mois plus tard. Privés de travail et d’argent, Derya et Aziz partent à Istanbul où ils retrouvent leur famille. La mère d’Aziz les héberge dans son petit appartement. Le frère de Derya, commerçant aisé, conservateur et religieux, ami du chef de la police, trouve un boulot de taxi de nuit à son beau-frère. A côté de ce job alimentaire, Aziz écrit une nouvelle pièce. Le couple monte le projet avec un ami, directeur d’un théâtre privé : ce sera « Yellow letters » où Aziz se mettra à nu, au propre comme au figuré tandis que Derya se « compromettra » à la télé.

Comme dans son précédent opus, La salle des profs, Ilker Çatak place ses personnages sous une pression qui révèle leur nature et alimente l’énergie de la mise en scène. La caméra se porte au cœur des tensions et tout le film se tend. Aziz, l’idéaliste, convaincu que le théâtre peut sauver le monde, Derya, rebelle mais pragmatique. Jusqu’où peut-on aller pour subvenir à ses besoins et assurer l’avenir de ses enfants ? Le film ne se contente pas de dénoncer l’arbitraire d’un pouvoir autocratique, il observe ses effets pervers dans la conscience même de chaque individu, et presque cliniquement les déchirures qu’il induit dans le couple.

Pas si exotique

Berlin et Hambourg figurent au générique aux côtés des acteurs. Les deux villes allemandes jouant respectivement les rôles d’Istanbul et d’Ankara. Sans souci de masquer cette convention – des inscriptions urbaines peuvent se lire en allemand, mais en effaçant par le cadrage et la dynamique du film, d’artificielles frontières -un ferry à Hambourg sera semblable à ceux du Bosphore. Ce dispositif particulier donne à cet artifice quasi théâtral (on fait comme si) une portée plus générale. Ilker Çatak refuse l’extériorité et l’extraterritorialité. Le mécanisme de mise sous tutelle des artistes et des universitaires dans des régimes fascisants n’est pas un phénomène « exotique ». Il est présent et de plus en plus prégnant dans de nombreuses démocraties occidentales.

Le film s’ouvre et se ferme sur un plateau de théâtre. Non seulement parce que les protagonistes sont des gens de théâtre mais peut-être aussi parce que le théâtre, par son origine, est le lieu privilégié de la cité et de la démocratie.

ELISE PADOVANI

Yellow letters de Ilker Çatak en salle le 1er avril

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