Voilà désormais plus de trente ans que Tous les matins du monde a ressuscité un instrument poliment oublié. La viole de gambe, instrument de prédilection de Marin Marais, y servait de relais entre l’esprit des compositeurs et leurs corps ; entre la virtuosité et l’art ; entre les morts et les vivants. Elle s’y révélait comme une sublimation de la voix masculine, consolation de la perte comme de la restitution prêtées à la mue. Un très beau récit, laissant cependant peu de voix aux femmes. C’est aujourd’hui une figure féminine qui s’impose aux manettes de cet instrument. Salomé Gasselin, saluée unanimement, entre autres, l’an dernier pour un enregistrement dédiée à Biber et à Bach, d’une finesse et d’une sensibilité inédites sur ce répertoire. Sans maniérisme, sans sécheresse, la gambiste insuffle aux œuvres choisies une poésie et une vitalité solaires.
Retracer l’Histoire
Le sens de l’Histoire y demeure présent : on découvre ainsi chez Biber, figure chère à Bach, un phrasé éthéré proche de Marin Marais ; lequel réapparaît ensuite chez Bach, dans cette sonate adaptée de l’Hortus Musicus de Reincken. On y découvre également Arnaud de Pasquale en soliste : interprète formé au clavecin comme à l’orgue, le claviériste explorant depuis plusieurs années les orgues baroques du monde entier, rappelle également sur ces pièces précurseuses sa maîtrise du pianoforte – à l’origine du très bel enregistrement Mozart à Paris, 1778. Le phrasé s’affranchit de la pulsation pour mieux faire entendre les textures. Seule sur sa transcription de la célèbre Suite BWV 1008, Salomé Gasselin retrouve ensuite son partenaire sur la plus méconnue BWV 1028, composée spécialement pour ces deux instruments et jouant habilement de leur complémentarité, sur le plan de la tessiture comme sur celui du timbre.
SUZANNE CANESSA
Le concert a été joué le samedi 21 mars au Palais du Pharo dans le cadre de la saison Marseille Concerts en partenariat avec Mars en Baroque.
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