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L’Humanité pour seul rivage

Serge Barbuscia présentait à Avignon Le Syndrome d’Ulysse, sa nouvelle création. Une convocation mythologique, pour mieux parler des malheurs de notre temps

Les planches du Théâtre du Balcon n’accueillent pas simplement une pièce de théâtre, elles deviennent le réceptacle d’une urgence mondiale. Sous la direction de Serge Barbuscia, Le Syndrome d’Ulysse se révèle être une traversée onirique et poignante, un miroir tendu à notre époque où l’errance devient le dénominateur commun d’une humanité malmenée.

La force de ce spectacle repose sur la cohésion de cinq artistes d’exception. Serge Barbuscia, Jérémy Bourges, Théodora Carla, Bass Dhem et Aïni Iften ne se contentent pas d’interpréter un texte, ils habitent chaque silence, chaque cri. Leurs présences, à la fois fragiles et puissantes, portent la plume d’Ali Babar Kenyah et du metteur en scène vers des sommets d’émotion.

Sous l’impulsion de Jérémy Bourges, le piano, l’accordéon, la trompette et le tambour ne sont pas de simples ornements. Ils sont le souffle du récit, le rythme cardiaque de l’exilé. Les voix, d’une pureté sublime, s’élèvent dans une polyphonie de six langues – français, amazigh, espagnol, italien, pular et persan – rappelant que la douleur et l’espoir ne connaissent pas de frontières linguistiques.

De l’épure et un message

La mise en scène de Barbuscia fait le choix de l’essentiel. Les décors, sobres, laissent toute la place à la puissance du verbe et au jeu organique des comédiens. Ce dépouillement souligne l’universalité du propos : l’homme nu face à son destin. Les costumes, subtil pont entre les drapés de l’Odyssée antique et les guenilles du présent, ancrent la pièce dans une temporalité circulaire. Ulysse était hier, il est aujourd’hui sur nos côtes, cherchant une terre qui ne se dérobe plus.

En invoquant la figure d’Aimé Césaire, le spectacle interroge la substance même de notre existence. Que reste-t-il à l’être humain quand il devient cet « arbre sans racines qui cherche un sol se dérobant sans cesse » ? Dans le contexte actuel, où l’indifférence menace de l’emporter, cette œuvre agit comme un baume et un électrochoc. Elle nous rappelle que derrière chaque migrant, chaque déraciné, se cache une quête d’identité que nous partageons tous. La conclusion de ce voyage est d’une profonde noblesse : si la terre se dérobe, notre seule patrie véritable, notre seul sol ferme, demeure l’autre, la mémoire de l’autre.

DANIELLE DUFOUR-VERNA

« Le syndrome d’Ulysse » a été donné du 12 au 22 mars, au Théâtre du Balcon, Avignon.

Il sera présent dans ce même lieu pendant le off du Festival d’Avignon.
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