Zébuline. Comment résumeriez-vous le thème de la pièce?
Myriam Marzouki. C’est l’histoire d’un collectif et d’une expérience commune. Le personnage principal de la pièce, c’est un groupe, sept personnages qui sont réunis par les circonstances, parce qu’ils ont manifesté, et ont fait l’expérience de la répression.
Pourquoi ce choix ?
Il y a deux raisons. La première est esthétique, liée au monde du théâtre. J’avais envie de cet exercice, d’avoir du monde au plateau, des corps nombreux, ce qui est de plus en plus difficile à cause des conditions de production qui sont terribles. Je me suis dit c’est maintenant ou jamais, et on a réussi à produire un spectacle avec huit interprètes sur le plateau.
La deuxième raison est plus politique. Je pense qu’aujourd’hui on a besoin d’histoires de collectifs, où ce ne sont pas des héros ou des sauveurs, mais le fait d’être ensemble qui permet de faire avancer une histoire, l’Histoire tout court.
Le sujet des luttes collectives était déjà au cœur de votre pièce précédente, Nos ailes brûlent aussi.
C’est quelque chose qui traverse tout mon théâtre. En tant qu’artiste, je ne suis pas intéressée par l’individu dans son intériorité ou dans la recherche obsessionnelle du soi, mais par la pluralité, la collectivité, l’articulation des destins individuels et des destins collectifs. Et aussi, par comment faire exister le temps long de l’histoire et l’espace du collectif avec les moyens artisanaux d’un plateau.
Comment cela se traduit-il sur scène et dans le texte ?
Au départ du spectacle, comme de tous les autres, il y a un travail préliminaire, mené surtout par Sébastien Lepotvin qui a écrit la pièce, de recherche de faits, de témoignages, d’éléments qui ancrent la dramaturgie dans une réalité, et donc dans une vérité.
On prend ensuite appui sur cette matière documentaire pour aller ailleurs. Le spectacle n’est pas, pour nous, un outil pour informer ou pour donner des connaissances que les spectateurs peuvent trouver ailleurs : ce qu’on veut, c’est raconter une histoire, écrire une forme et produire des émotions.
Le déploiement poétique de la pièce se fait par la création d’images scéniques, c’est-à-dire par une solidarité entre la dimension visuelle, la création sonore et l’écriture chorégraphique des corps telle que les spectateurs ne peuvent même plus décoller les unes des autres.
Quelles ont été les inspirations pour ces images scéniques ?
Les différentes écoles de la peinture européenne du début du XVIIe ont inspiré la recherche esthétique car j’avais envie, pour des raisons dramaturgiques, d’utiliser la technique du clair-obscur.
Outre l’intérêt esthétique, cela permet au spectateur de connecter l’image vivante qu’il voit avec des images qui appartiennent à nos musées imaginaires. Je voulais qu’il y ait cet aller-retour entre les imaginaires des spectateurs et puis l’imaginaire qui est produit sur le plateau.
Je note aussi que vous utilisez le terme « solidarité » pour parler du travail esthétique, ce qui fait le lien avec le sujet de la pièce.
Oui, bien sûr. Une mise en scène est signée par une personne qui réunit et fait la synthèse de toutes ces compétences, de toutes ces créativités. Mais elle n’est rendue possible que parce qu’il y a eu une collaboration, et les collaborateurs ne sont pas simplement les exécutants d’une vision. Ils produisent des idées, du sens, des choses qui n’étaient pas forcément prévues au départ.
Ce que j’aime au théâtre, c’est justement cette dimension collective : on peut écrire un roman en ayant besoin de personne, mais pas monter une pièce.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE
Je me souviens de la terre
25 et 26 mars
Le Zef, Scène nationale de Marseille
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