Créé en 2019, le spectacle québécois mis en scène par Philippe Cyr enchaine les dates et les tournées internationales. En France pour la troisième fois, le spectacle est revenu dans la région, à L’usine d’Istres, au Pôle du Revest. Pour des représentations tous publics et scolaires de la pièce de David Paquet, éditée chez Actes Sud : un texte de théâtre drôle et corrosif, traversé de jolis personnages, mais surtout de questions politiques immédiates et cruciales.
Au Pôle du Revest-les-Eaux, pas très loin de La Seyne-sur-Mer qui vient de basculer RN et de Toulon qui est passé près, 5 classes de lycéens assistent à la représentation. Différentes, mais toutes extrêmement calmes et attentives, y compris celle en uniforme, chemise blanche et veste bleue, et celle, nettement plus diverse, qui s’agitait un peu avant la représentation. Le spectacle fait mouche et les gamins reconnaissent une réplique qu’ils entendent, qui prononcent, parfois « Je suis pas raciste mais… ». Ou des attitudes de repli et de rejet de la différence.
Dos ados
Le spectacle n’est pas tendre avec eux. Une génération d’ados perdus est mise en scène, bouffés par le virtuel, accaparés par les réseaux, dépolitisés, mous, capables de vendre leur vote contre une promesse de pizza. Entourés d’adultes qui ont renoncé à leur construire un avenir, largement hypothéqué par l’effondrement climatique et les bourrages de crâne médiatiques. Entourés d’adultes qui font l’autruche, se réfugient dans l’alcool, se défaussent de leurs responsabilités, renoncent à enseigner.
Parmi ces ados, une lycéenne révoltée qui détruit les publicités sexistes et lutte contre l’emprise capitaliste, et un timide écolo qui rêve que la terre flambe comme une guimauve, et déprime. Ils s’opposent aux élections lycéennes mais partagent une préoccupation commune : comment contrer l’effondrement du monde ?
Ensemble ils trouveront quelques solutions partielles : retrouver le plaisir, le dialogue intergénérationnel, s’étonner du poids des fourmis et des ongles qui poussent. Mais aussi : ne pas obéir aux diktats de la mode ni aux stéréotypes de genre, lire des livres, dire sa révolte, tenter de prendre le pouvoir politique, de se faire élire, pour changer le monde. Persister si ça ne marche pas.
Un propos ambitieux et fluide, mis en œuvre par quatre comédiens très engagés, et très convaincants, dans une scénographie astucieuse qui joue avec l’enfance, les illusions, les plongées vers le néant et les faux semblants. À mettre entre toutes les mains, y compris des adultes.
AGNÈS FRESCHEL
Le poids des fourmis a été joué le 17 mars à L’Usine, Istres et du 26 au 28 mars au Pôle, le Revest-les-Eaux.
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