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Anne Sylvestre, pour la vie…

Nathalie Miravette, Raphaëlle Saufinos et Isabelle Turshwell ont rendu hommage à Anne Sylvestre sur la scène du Petit Duc

Elles sont trois sur scène, peut-être une seule en fait. À l’appel « Anne ? Anne Sylvestre ? », chacune répond « oui, c’est moi ». Cette diffraction n’est pas qu’un effet de style. « Il y a toujours une chanson d’Anne Sylvestre pour toute situation et tous les moments de la vie », sourient les trois interprètes. Nathalie Miravette qui fut la dernière accompagnatrice au piano (et quel piano !) d’Anne Sylvestre, Raphaëlle Saudinos et Isabelle Turshwell, chanteuses, actrices, instrumentistes, réunies sous le nom de Lougarouve, terme inventé par Anne Sylvestre et retrouvé dans l’un de ses derniers cahiers dans une chanson inachevée.

C’est la cinquième représentation de Mille reflets d’Anne Sylvestre dans l’écrin intime du Petit Duc. Le concert de la petite salle est multiplié par des centaines d’internautes qui se connectent au moment où les lumières s’éteignent, vivant au même moment que les spectateurs présents émotions, rires, étonnements, découvertes, grâce à la superbe prise de son et d’images d’Éric Hadzinikitas (O-Live-Prod). Les trois artistes jouent, mettent en scène, resituent dans les contextes les plus fantaisistes les mots et les mélodies de celle à qui l’on demanda un jour alors qu’elle avançait en âge « vous écrivez encore ? » et qui rétorqua « non, j’écris toujours ! ».

Poignantes lorsqu’elles évoquent Carcasse, « sur toi le temps laisse des traces et je sens que je change aussi (…) / Et jusqu’à ce qu’on se défasse / Tu restes ma meilleure amie », les trois musiciennes parcourent à grandes enjambées l’énorme corpus des chansons de la compositrice. Quatre-cent cinquante chansons ! Toutes avec des textes poétiques, profonds, incisifs, éblouissants de pertinence et d’impertinence, abordant tous les sujets, librement, avec une justesse de ton, de vocabulaire, d’images, qui laissent une trace indélébile sur tous ceux qui les ont écoutés.

Pas de paraphrase, pas de tentative d’imitation, ce serait dégradant, parodique, ridicule, les actrices sont elles-mêmes et le souffle des œuvres les traverse dans une mise en scène qui accorde le mouvement de la vie. Comédie musicale, performance enlevée, tout peut être pensé à propos de ce spectacle inclassable et subtil. Les sujets qui divisent, avortement, homosexualité, féminisme sont abordés avec une finesse extrême par celle qui ne se qualifiait pas de féministe par allergie pour les mots en -iste mais se présentait comme une femme qui a conscience de sa dignité : « c’est la seule étiquette que je ne décolle pas », affirmait-elle. On rit aux Grandes ballades, on frémit avec Juste une femme, on sourit de façon amère sur Ça n’se voit pas du tout. On évite, et puis non, Les gens qui doutent. « J’en ai assez qu’on ne me parle que de cette chanson, comme si je n’en avais pas écrit d’autre » s’exclamait-elle. Un spectacle précieux, éloquent sans ostentation, émouvant sans mièvrerie, une pépite !

MARYVONNE COLOMBANI

Mille reflets d’Anne Sylvestre a été donné le 8 décembre, au Petit Duc, Aix-en-Provence.

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