La plupart des Marseillais ignorent l’existence du Cirva, Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques, installé au 62 rue de la Joliette, dans une ancienne manufacture de vêtements. Il faut dire que le Cirva n’ouvre que très rarement ses portes au public. Il n’a pas vocation à être un musée, ni une galerie. C’est un lieu de résidences artistiques, de formation, d’apprentissage pour les verriers, laboratoire des possibles, avant tout.
C’est pourquoi l’exposition de pièces de sa collection au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne jusqu’en mars 2026 est l’occasion de mesurer sa place unique dans l’expérimentation et la création de cette matière. Une matière si particulière, à la fois liquide et solide, née de la silice, qui accompagne depuis si longtemps l’histoire de l’humanité.
Si l’institution stéphanoise accueille cette exposition, dont l’un des commissaires est Stanislas Colodiet, directeur actuel du Cirva, ce n’est pas totalement un hasard. Les deux structures sont nées dans les années 1980 et ont accordé toutes les deux, au design, une place de choix.
L’histoire commence en 1983
En 1982, Jack Lang inaugure l’exposition New Glass, verriers français contemporains, art et industrie, au musée des Arts décoratifs à Paris. L’année suivante, le Cirva voit le jour à Aix, puis déménage à Marseille en 1986. Le Centre répond alors à des commandes publiques à des travaux de recherche dont celles de Pierre Soulages pour les futurs vitraux de Conques.
Le grand designer italien Gaetano Pesce y travaille sur des lustres et avec les équipes techniques, met au point le brevet de « Mistral », procédé de projection de particules de verres à haute température, dans les années 1990. À la fin de cette décennie, Othoniel, natif de Saint-Étienne, met au point un prototypage des perles du Kiosque des noctambules de la station de métro Palais Royal à Paris. Plus récemment, en 2023, le Mucem commande à Mathilde Rosier des dizaines d’œil-graines en verre, œuvre poétique s’il en est.
L’exposition dévoile donc la plupart de ces réalisations signées par de grands noms de l’art contemporain et du design international. Les noms de tous les intervenants techniques les accompagnent justement sur les cartels. Le verre est soufflé, thermoformé, fusionné, peint ; il joue avec la lumière, l’opacité. Bob Wilson lui crée des séries conceptuelles. Il est objet du vase qui peut devenir nature morte comme le triptyque C de l’Américaine Betty Woodman, ou figure comique chez Hervé Di Rosa.
Pour admirer certaines œuvres et les savoir-faire du Cirva, il faudra passer par Saint-Étienne ces prochains mois, ou attendre les prochaines Journées européennes du Patrimoine, et passer la porte de ce précieux centre marseillais.
MARIE DU CREST
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