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AccueilÀ la UneAu Zef, le baroque rencontre le flamenco

Au Zef, le baroque rencontre le flamenco

Ana Pérez et José Sanchez adaptent le poème médiéval Stabat Mater dans une création mêlant danse, musique et chant

Le Stabat Mater, poème liturgique du XIIIe siècle, raconte la douleur de Marie au pied de la croix. Une femme debout malgré l’insoutenable perte de son enfant. Cette figure, à la fois meurtrie et digne, sublimée à l’époque baroque, se retrouve dans l’esprit du flamenco, qui possède cette même capacité à exprimer la souffrance sans perdre sa verticalité. C’est ce rapprochement qu’explorent la danseuse marseillaise Ana Pérez et le musicien José Sanchez dans leur nouvelle création au Zef, coproduite avec Klap – Maison pour la danse.

Après Stans – « rester debout » en latin –, un premier duo créé en 2024, les deux artistes élargissent leur recherche avec l’apport des danseuses espagnoles Miranda Alfonso et Marina Paje et d’un chanteur, Alberto Garcia, considéré comme l’une des plus grandes voix du flamenco en France. Leur version profane du texte sacré mêle chant, parole et danse. Cette architecture à plusieurs permet de multiplier les dialogues. Mouvements, couleurs et rythmes se répondent, se défient, se confondent aussi. Ana Pérez part des codes du flamenco traditionnel mais les réinvente pour développer un « néoflamenco » engagé et sensuel.

Le refus de plier

Cette dernière danse depuis l’âge de trois ans. Elle a passé huit ans à Séville à perfectionner sa technique auprès des meilleurs maîtres, dont Pilar Ortega qui reste sa référence. Son sens du rythme et son « soniquete », cette capacité à faire sonner la danse, ont rapidement attiré l’attention. Elle a été la première danseuse française programmée au Festival de Mont de Marsan, puis les grands tablaos espagnols lui ont ouvert leurs portes.

Depuis 2017, installée à Marseille, elle dirige sa propre compagnie. José Sanchez, lui, mène une double carrière. Guitariste flamenco de haut niveau, formé à Grenade auprès d’Emilio Maya, il est aussi virtuose du théorbe baroque. Ce choix n’est pas qu’un exercice de style. Il révèle des filiations réelles entre musique baroque espagnole et racines du flamenco : une même intensité rythmique, des techniques de jeu qui se répondent. Sur son théorbe aux quatorze cordes, Sanchez transpose sa virtuosité flamenca et adapte Bach, Vivaldi ou Purcell pour des artistes comme le chanteur Alberto Garcia et maintenant avec cette version de ce Stabat Mater qui a traversé les siècles.

Mis en musique par Vivaldi, Pergolèse, Rossini ou Poulenc, le poème a aussi nourri en peinture l’iconographie de la Pietà comme celle de Michel-Ange ou des tableaux de Bellini. Ana Pérez et José Sanchez prolongent cette tradition en y ajoutant la dimension du corps dansant, qui porte la mémoire du chagrin mais refuse de plier.

ANNE-MARIE THOMAZEAU
Stabat Mater, les voix du corps d’Ana Pérez et José Sanchez
9 et 10 janvier
Zef, Scène nationale de Marseille

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