Zébuline. Quel est votre rapport au théâtre de Feydeau ?
Aurore Fattier. C’est un auteur auquel je ne m’intéressais pas avant de faire du théâtre, et que j’ai découvert vraiment sur le plateau. Ça a été un grand choc théâtral et esthétique, en terme de déploiement de mise en scène, d’énergie… Pour moi, c’est avant tout un matériau théâtral très puissant qui donne beaucoup de plaisir tant aux acteurs qu’au public.
Pourquoi Le Dindon en particulier ?
Le Dindon n’est pas beaucoup monté parce que c’est une pièce difficile. Elle est très longue et traite de sujets qui peuvent paraître gênants, comme le harcèlement de rue. Des sujets qu’on relit d’une manière plus radicale après la révolution MeToo. On pardonne moins aux personnages qu’avant.
Il est énormément question de sexualité, de sexualité frustrée, de ce que c’est le fantasme, etc. Pour moi, c’est une pièce très psychanalytique et très profonde, sous ses airs un peu inoffensifs. C’est un texte dont la modernité nous surgit à la figure à chaque instant.
Comment avez-vous travaillé pour mettre en avant cette modernité ? Avez-vous dû altérer le texte ?
Au contraire, on a recherché les anciennes versions qui ont été censurées, avec des personnages entiers, des scènes entières qui ne sont plus dans la pièce telle qu’elle est publiée aujourd’hui. On a pratiquement fait un travail d’archéologue par rapport au texte. Il y a un ajout d’un texte supplémentaire, mais à part cela la pièce est très fidèlement reconstituée.
Pourquoi ces scènes avaient-elles été censurées ?
Soit parce que c’était trop long, soit parce que c’était trop bizarre. Par exemple, on a retrouvé une scène très étrange, avec des personnages inutiles à l’action qui amène une forme d’absurdité totale à la pièce.
Il y a aussi des passages assez théoriques sur le droit des femmes, le mariage etc., qui ont été coupées sans doute pour des raisons politiques.
Vous faites le choix d’une distribution que vous qualifiez de « queer ». Pourquoi ce parti pris ?
Je n’avais pas envie de monter la pièce avec des acteurs qui ont l’habitude de ce genre de matière et sont en maîtrise de la forme. On a donc été chercher dans le cabaret, dans le théâtre de rue, on a ouvert au maximum les possibilités de casting pour pouvoir rendre compte des différents mondes que traverse la protagoniste, et ouvrir un peu l’imaginaire du public par rapport au texte. L’idée était de ne pas remettre une couche de vernis mais au contraire de le faire craquer.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE
Le Dindon
Du 20 au 24 janvier
Friche La Belle de Mai, Marseille
Dans le cadre de la programmation hors-les-murs du Théâtre du Gymnase
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