Un matin ordinaire pour Olga (formidable Teresita Sánchez) une sexagénaire, qui se réveille, agacée par une mouche, puis par une autre qu’elle tente de supprimer, au risque de s’intoxiquer avec un insecticide. Dans l’appartement où elle vit, solitaire, seuls troublent le silence, le vrombissement des mouches, les gémissements de plaisir de la voisine. Une vie vide, meublée de parties de sudoku en ligne, d’émissions de télévision. Ses finances la contraignent à louer une chambre : c’est Tulio (Hugo Ramírez) qui la loue et reçoit des consignes très strictes ; il n’a pas accès au reste de l’appartement. Une chambre avec vue sur l’hôpital où est soignée sa femme. Il s’occupe de son fils, Cristian (Bastian Escobar), 9 ans, qu’il fait entrer en cachette, de nuit. Cristian est un passionné de jeux vidéo comme Cosmic defenders, son refuge. Père et fils sont très proches et tout est prétexte à jouer. Olga qui a découvert la présence de Cristian et n’a pas hésité à augmenter le loyer, se montre froide, agressive souvent. D’autant que Tulio est contraint de partir travailler et laisse son fils dans la chambre. Cristian n’a qu’un souhait, aller voir sa maman à l’hôpital et lui apporter ses pantoufles. Mais l’accès n’est pas autorisé aux enfants. Quand après plusieurs tentatives infructueuses, Cristian demande à Olga de l’accompagner, le cœur de cette dame blessée par la vie, s’ouvre…
Tourné en noir et blanc, plus organique, le cinquième long métrage du réalisateur mexicain, Fernando Eimbcke, parle des rapports père/ fils, des difficultés de la vie, mais aussi de la force de l’enfance. Eimbcke s’attache aux détails, filmant une main qui rassure, une mouche sur un rideau, le visage d’Olga comme un paysage qui se transforme au fil du temps. La caméra de la directrice de la photo Maria Secco suit Cristian qui court dans les rues, filme en gros plan ses yeux fixés sur le jeu où il détruit les Invaders, question de vie ou de mort : c’est par ce jeu que son père lui a expliqué la prolifération des cellules cancéreuses dans le corps humain.
Bastian Escobar qui incarne Cristian est « craquant » de sincérité. Il dit s’être bien amusé sur le tournage. Eimbcke, lui, précise avoir été inspiré par Le Voleur de bicyclette et Le Kid et avoir travaillé sur ce film comme un documentaire : le casting a été fait dans la cité où il a tourné. « J’aime le mélodrame où se mêle l’humour. » confie-t-il.
Moscas qui doit son titre aux mouches, motif récurrent et symbolique, est un film très réussi dont on sort les larmes aux yeux.
Annie Gava




