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AccueilCinéma : Rose, de guerre lasse

[BERLINALE 2026] : Rose, de guerre lasse

Markus Schleinzer fait résonner l’étrange destin d’une soldate de la guerre de Trente Ans avec notre présent

La terre retournée sur les champs de bataille fume encore et fait lit aux charognes et aux squelettes. Le film s’ouvre sur ces images de désolation. Il ne s’y attardera pas.

Il y a le Noir et le Blanc : le sang n’est pas rouge, l’herbe n’est pas verte. Pas de symbolisme chromatique, pas d’opposition, de complémentarité. Une palette de gris pour une photo superbe -signée Gerald Kerkletz qui recrée une Allemagne du 17ème siècle. Rurale, austère, meurtrie par la guerre de Trente ans.

Il y a dans le rôle-titre, Sandra Hüller – décidément une de nos grandes actrices européennes, qui décroche l’Ours d’argent d’interprétation.

Il y a les nombreux récits et archives juridiques, aujourd’hui étudiés par les historiens, révélant le destin de toutes ces femmes en Europe qui se sont travesties en hommes pour des raisons diverses. Le réalisateur Markus Schleinzer s’en inspire.

Vêtue en soldat, cheveux courts sommairement taillés, cicatrice à la joue, et un œil déformé, l’ex-soldate Rose, arrive vêtue en homme dans un village protestant isolé. Elle mordille la balle qui l’a défigurée, suspendue à une chaîne autour du cou. Elle présente aux autorités, un titre de propriété sur une ferme abandonnée dont elle prétend être l’héritier. Malgré les suspicions, on la laisse s’installer dans la communauté. Peu à peu, elle s’y intègre. Elle doit accepter un mariage arrangé avec Suzanna (Caro Braun), la fille d’un riche fermier.

Double usurpation : d’identité et de genre. Double crime pour quelqu’un qui n’aspire qu’à la paix. L’issue ne pourra être un happy end.

Protection et carcan

Le monde est dangereux pour les femmes et plus encore pour la mystérieuse Rose qui a connu la guerre et bien d’autres épreuves dont on ne saura rien. Elle risque à chaque moment de se faire démasquer. Son travestissement qui lui a donné la liberté de travailler, de posséder ce bout de terre, la corsette aussi. Protection et carcan. La narration en voix off est étrangement douce sur cette âpre réalité.

Tourné dans les montagnes du Harz au cœur de la vallée de Glasebach, le film s’ancre dans la matérialité paysanne, les travaux quotidiens. Il faut sans cesse gagner des batailles contre la nature, essuyer pluies et tempêtes, se garder des ours, s’extraire de la boue.

Et ce lieu étranger en ce passé lointain nous laisse pourtant l’impression d’être lié à notre présent.

ELISE PADOVANI

Rose de Markus Schleinzer / Prochainement en salle

Ours d’argent de la meilleure performance : Sandra Hüller dans Rose

Ours d’or : Yellow Letters d’İlker Çatak

Grand prix du jury Kurtuluş (Salvation) d’Emin Alper

Prix du juryQueen at sea de Lance Hammer

Ours d’argent de la meilleure réalisationEverybody Digs Bill Evans de Grant Gee

Ours d’argent du meilleur scénarioNina Roza de Geneviève Dulude-De Celles

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