C’est une compétition qui fait vibrer tout un continent et Marseille avec elle, tout en relançant le débat sur la nationalité sportive. Parmi les 24 équipes engagées, 21 comptent des binationaux. Ces profils, souvent formés en Europe, renforcent considérablement des sélections comme le Maroc où brillent Achraf Hakimi et Brahim Diaz (nés en Espagne) ou Noussair Mazraoui (nés aux Pays-Bas) ; l’Algérie avec Ryad Mahrez, Ismael Bennacer et Luca Zidane, ou encore le Sénégal avec Pape Gueye.
Ces sélections africaines, revitalisées par leurs diasporas, suscitent autant d’enthousiasme que de débats autour de la nationalité sportive. Nationalité civile ou sportive ? Il convient de rappeler que la nationalité civile, acquise par filiation ou naissance est inaliénable : nul besoin d’en faire la demande si elle découle du droit du sang. Le droit international privé admet d’ailleurs le cumul de plusieurs nationalités, parfois jusqu’à trois selon les États. En revanche, la nationalité sportive obéit à des règles précises édictées par la FIFA. Un joueur déjà sélectionné par un pays peut en changer, à condition d’avoir eu moins de 21 ans lors de sa dernière apparition, de ne pas avoir disputé plus de trois matchs officiels (hors phases finales) et d’observer un délai de trois ans avant de représenter une nouvelle nation.
Footballeurs du monde
Ces assouplissements récents permettent une plus grande mobilité aux jeunes binationaux, non sans tensions. La figure de Luca Zidane, né à Marseille, formé en Espagne, éligible avec l’Algérie via ses grands-parents paternels, et titulaire des Fennecs à la CAN 2025, est à ce titre emblématique. Il fait le choix de jouer sous les couleurs de l’Algérie. Pour ces footballeurs, choisir une sélection nationale tient autant à l’origine familiale qu’aux opportunités professionnelles. Leur trajectoire traduit la fluidité d’un marché du travail globalisé, où le sentiment d’appartenance devient une variable stratégique plutôt qu’exclusive.
Achraf Hakimi (Maroc, né en Espagne), Pape Gueye (Sénégal, formé au Havre) ou Eduardo Camavinga (France, né en Angola, origines RD Congo) symbolisent cette mobilité assumée. Dans son essai The Road to Somewhere (2017), le journaliste britannique David Goodhart oppose les « somewheres », attachés à un ancrage territorial et identitaire, aux « anywheres », citoyens du monde, mobiles, cosmopolites et adaptables.
Ces « anywheres » du football incarnent une génération fluide, naviguant entre plusieurs appartenances, à la croisée des racines et des ambitions transnationales. Ils disposent de supporters à leur image, aussi présents en Afrique qu’à travers les diasporas mondialisées. Cette nouvelle donne autour de la notabilité des anywheres suscite le plus grand intérêt des marques comme des politiques, comme l’illustre la récente création du Haut Commissariat aux diasporas par Emmanuel Macron. Espérons que cette dimension participe de l’esprit compétitif propre au sport et que le meilleur gagne !
SAMIA CHABANI
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