Cet anniversaire se déroulera sans faste : « Cela ne nous ressemblerait pas » estime Michael Dian, directeur de cette scène conventionnée devenue une institution culturelle alpine. « Plutôt qu’une célébration spectaculaire, nous avons choisi de faire de ce moment un jalon, un bilan pour explorer et approfondir ce qui fait notre essence : un projet de territoire »,tissant des liens subtils entre musique, humain et ruralité. Pour « revérifier ce nord magnétique, comme une boussole qu’on recalibre, un engagement qu’on souhaite réaffirmer », une enquête sera menée auprès des bénévoles, dont certains sont fidèles depuis l’origine. Le but : recueillir leur parole, comprendre ce que le festival a transformé dans leurs vies et réinterroger les valeurs de partage, de coopération et de lien social, au cœur du projet.
Développer les coopérations
L’espace culturel de Chaillol se distingue par sa capacité à faire circuler la musique vivante dans des communes rurales parfois très isolées. Il mêle musique classique, jazz de création et traditions populaires, avec une attention constante au territoire qui l’accueille. Dans un contexte anxiogène et de baisse des budgets qui peut inciter au repli, au « rabougrissement », le festival veut à l’inverse « étaler et aérer la pâte ». Cette orientation se manifestera cette année par un engagement renforcé en matière de production déléguée. Chaillol fait désormais le choix d’accompagner des démarches artistiques sur le long terme.
Le pianiste et compositeur de jazz Julien Grassen Barbe en bénéficiera avec ¡Adios Toledo !, création puisant dans les traditions musicales indiennes et la liturgie judéo-portugaise. Après une résidence au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme à Paris, celui-ci s’installera du 26 au 31 janvier au Studio Alys de Manteyer pour poursuivre ce voyage rendant hommage à Garcia da Orta, médecin séfarade ayant fui l’Inquisition vers Goa au XVIe siècle. Chaillol est également lauréat d’un programme européen autour du Duo Ourika, en partenariat avec des festivals au Kosovo et en Allemagne. « Plus que jamais, il faut resserrer nos forces, développer les coopérations », estime Dian.
En attendant l’été et ce festival anniversaire qui prévoit quelques belles surprises, la saison de Chaillol se déploiera jusqu’en juin – une proposition par mois et plusieurs concerts dans une trentaine de communes hautes-alpines – avec son éclectisme caractéristique : musique de chambre avec les solistes de l’Orchestre national d’Avignon-Provence autour de Brahms et Beethoven (16 au 18 janvier) ; jazz vocal intimiste avec le Mood indigo de Jody Sternberg et Frédéric Loiseau (19 au 22 février) ; puis Raga résonance, voyage en Inde du Nord (27 au 29 mars) avec trois maîtres de la tradition hindoustanie.
ANNE-MARIE THOMAZEAU




