Jeyran, Hominaz et Shady sont trois sœurs iraniennes, nées au mitan du XXe siècle. Elles ont pris part à la révolution, traversaient les huit ans de guerre avec l’Irak et, pour deux d’entre elles, ont émigré en Europe. Elles sont aussi respectivement la mère et les tantes de l’artiste Gurshad Shaheman. En 2018, elles se retrouvent après 11 ans de séparation à l’occasion de la création de son deuxième spectacle au Festival d’Avignon. Ces retrouvailles, et les discussions auxquelles elles donnent lieu, inspire à l’artiste une nouvelle pièce, créée deux ans plus tard : Les Forteresses.
Le salon familial
Avec ce spectacle, Shaheman s’intéresse à la vie des femmes de sa famille au cœur de l’histoire récente iranienne. Pour cela, il a conduit de longs entretiens avec elles, séparément puis ensembles, pour recueillir leurs récits dans lesquels les événements personnels, mariages, naissances, cohabitent avec la révolution, la guerre, l’exil vus à travers leurs yeux. Sur scène, ces récits intimes, livrés dans l’intimité familiale, sont restitués tels quels (seulement traduits en français) par Guilda Chahverdi, Mina Kavani et Shady Nafar, trois comédiennes franco-iraniennes.
Le metteur en scène renforce cet aspect intime avec un dispositif scénique qui recrée un salon dont sa mère et ses tantes, qui partagent la scène avec Gurshad et les trois comédiennes, sont les hôtesses. « C’est presque comme si les spectateur·ices surprenaient par hasard ces conversations là […] comme s’ils étaient invités chez nous, dans notre intimité » explique-t-il dans une interview donnée à Zineb Soulaimani pour son podcast Le Beau Bizarre. D’ailleurs, une partie du public est installé sur le plateau, et des douceurs sont distribuées.
Filiation artistique
Cette pièce, pour laquelle il a reçu le prix Arcena, s’inscrit complètement dans la lignée du travail que mène Gurshad Shaheman depuis ses débuts en tant qu’auteur-metteur en scène en 2012. Tous ses spectacles et performances sont écrits à partir de récits réels et intimes, que ce soient ceux de réfugiés LGBTQ +, de jeunes en rupture avec leur famille, ou les siens, comme dans son triptyque Pourama Pourama, dans lequel il parlait déjà de sa mère et de ses tantes.
CHLOÉ MACAIRE
Les Forteresses
3 et 4 mars
Le Zef, Scène nationale de Marseille
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