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Don Pasquale prend l’air du temps

Au Zénith, l’Opéra de Toulon présentait le chef d’œuvre du bel canto de Donizetti, dans une mise en scène spectaculaire portée par un plateau d’exception

Deux représentations de l’opéra Don Pasquale, écrit par Donizetti, ont été données au Zénith de Toulon pendant les Fêtes, en programmation hors les murs de l’Opéra de Toulon. La cheffe d’orchestre coréenne, Sora Elisabeth Lee, signait la direction musicale aux côtés de Tim Sheader à la mise en scène et une répartition solide des premiers rôles, avec David Bižić en tête d’affiche pour incarner un Don Pasquale dépassé par les événements.

Une belle distribution

Le rideau s’ouvre sur un « building » où est inscrit en grand « Pasquale » – on y devine les bureaux de son empire. La cheffe fait démarrer l’orchestre, d’un geste soucieux et précis. L’ouverture est marquée par un passage lyrique au violoncelle solo, repris par les flûtes, instaurant un climat presque cinématographique pendant qu’entre le docteur Malatesta, incarné par le baryton argentin, Armando Noguera

Celui-ci incarne à la perfection ce manipulateur rusé et charismatique qui manigance tout le complot, en jouant sur les désirs des uns et des autres. Il boit son café, observant l’immeuble comme si c’était le sien, puis surveille les employés qui entrent, dont la belle Norina, interprétée par Lauranne Oliva. La soprano brillera tout le long dans son rôle d’héroïne stratège et vive, avec une grande agilité dans la voix lorsqu’elle parcourt les mélodies rapides et pétillantes de Donizetti. Face à elle, l’arrivée d’un Ernesto hipster et babos, guitare sur le dos, écouteurs dans les oreilles, avec casquette et banane autour du torse. Il reste ici amoureux mais assez enfantin et naïf, et pourri gâté. La voix de Jonah Hoskins, ténor lumineux animé d’un beau vibrato, porte les différents états de son personnage. 

Mise en scène contemporaine

La scénographie repose sur un cube mobile et, de scène en scène, on passe de la devanture des bureaux où apparaissent les employés de bureau, tantôt au téléphone, tantôt devant leurs ordinateurs, même si les interprètes se retrouvent souvent au-devant d’un espace un peu trop étroit.

Puis apparaît la demeure luxueuse de Don Pasquale, ornée de lustres, d’artefacts et de trésors, un sol en marbre et une dernière disposition permet de voir le côté du building comme l’espace pause-clope des employés. Ici, on y retrouve la scène où Norina chante l’air So anch’io la virtù magica où elle se vante de son tempérament séducteur et de sa « larme trompeuse ». Lorsque Malatesta vient lui proposer le plan pour berner le vieux chef, elle lui démontre qu’elle sait parfaitement jouer le jeu en exerçant ses charmes sur lui. 

Dans un moment comique et contemporain, ils referment la porte du garage derrière eux et se se livrent à un acte sexuel. Cet ajout questionne le public sur les intentions de Norina, est-elle réellement amoureuse d’Ernesto ou cherche-t-elle, comme Malatesta, à renverser sa position de pouvoir ? On comprend par là également l’interprétation du metteur en scène, qui affirme trouver « tous les personnages antipathiques ». Une vision peut être cynique, mais qui paraît adaptée au drame.

LAVINIA SCOTT

Don Pasquale a été joué au Zénith de Toulon dans le cadre de la programmation de l’opéra hors les murs les 31 décembre et 2 janvier.

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