Treize ans après sa création par Renaud Capuçon et Dominique Bluzet, le Festival de Pâques s’impose comme l’un des événements musicaux qui compte en Europe. Avec 900 artistes, 21 concerts payants et 100 événements gratuits, dans les conservatoires, les villages mais aussi les écoles ou les hôpitaux, l’édition 2026 affiche son ambition artistique et marque l’essor de nouvelles initiatives solidaires.
Le Grand Théâtre de Provence (GTP) est le cœur du festival. C’est là que se joueront les grandes soirées qui font salle comble. Top départ, le 28 mars, avec l’Orchestre national de Lille – sous la baguette Joshua Weilerstein – et le violoniste Renaud Capuçon. Le programme débutera avec la Symphonie n°2 d’Elsa Barraine, suivie du Concerto pour violon de Samuel Barber et de la Symphonie n°1 en ut mineur de Brahms.
Le lendemain, le Requiem de Verdi dirigé par Gianandrea Noseda, et interprété par l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Zurich, ouvrira la séquence « sacré » du festival. Lui succèderont, le 1ᵉʳ avril, l’incontournable Jordi Savall, en compagnie du Concert des Nations et de La Capella Nacional de Catalunya pour deux œuvres religieuses : Le Christ au mont des Oliviers de Beethoven et Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix de Haydn. La Passion selon saint Jean de Bach résonnera, elle, le 3 avril, grâce au souffle de la cheffe Camille Delaforge et d’Il Caravaggio, son ensemble sur instruments d’époque et le concours des chanteurs et chanteuses d’Accentus.
Le point fort de la saison est la résidence de l’Orchestre philharmonique de Munich sous la direction de Lahav Shani, l’une des baguettes les plus convoitées de sa génération. La soirée de clôture, le 12 avril, réunira Renaud Capuçon et la phalange munichoise autour d’un programme Chostakovitch-Brahms qui promet d’être inoubliable.
Argerich, la légende vivante
Martha Argerich est de retour à Aix. À 84 ans, la pianiste argentine reste une force de la nature, dont chaque apparition sur scène fait l’événement. Pour son premier concert au festival, le 10 avril, elle retrouve Lahav Shani et l’Orchestre philharmonique de Munich autour de Mahler et Beethoven. Pour le second, le lendemain, elle partagera la scène avec Renaud Capuçon avec un programme Mozart, Debussy et Schumann. Deux soirées où l’on peut s’attendre à cette alchimie qu’Argerich installe dès qu’elle pose les doigts sur un clavier et qui fait d’elle une interprète sans équivalent.
Chamayou, le défi Liszt
Si Argerich incarne la légende, Bertrand Chamayou, lui, est la fierté de la nouvelle génération française. Après l’intégrale pour piano de Ravel l’année dernière au GTP, il relève cette année un nouveau défi : interpréter les deux concertos pour piano de Liszt. Il se produira le 5 avril aux côtés de l’ensemble Les Siècles, qui jouera sur instruments d’époque des extraits de Parsifal et de Tristan et Isolde de Wagner, révélant les liens profonds entre Liszt et son gendre Wagner, leur estime mutuelle, leur amitié fertile.
Parmi les autres solistes de tout premier plan qui se succèderont sur la scène du GTP, on peut noter la soprano américaine Nadine Sierra, les pianistes Yulianna Avdeeva, Mao Fujita, Mikhail Pletnev, Jean-Frédéric Neuburger et Jean-François Heisser, le violoniste Gidon Kremer, le flûtiste Emmanuel Pahud et, bien sûr, les deux frères Capuçon, qui interpréteront le Double Concerto de Brahms en compagnie de l’Orchestre de Chambre de Lausanne.
Mémoire au Camp des Milles
Au-delà de son excellence artistique, le Festival de Pâques a toujours revendiqué une dimension citoyenne et solidaire. Le 29 mars, une journée en collaboration avec le Site-Mémorial du Camp des Milles, baptisée « Penser, ne pas oublier », proposera une réflexion croisée sur la place de l’art face aux fractures de l’Histoire. Seul grand camp français d’internement et de déportation encore intact, le Camp des Milles fut aussi un foyer de création intense durant l’été 1942. Pour de nombreux prisonniers, peindre, écrire ou composer constitua alors l’ultime rempart contre la déshumanisation. Ce jour-là, les musiques de Gideon Klein, Hans Krása, Erwin Schulhoff et Viktor Ullmann résonneront avec intensité, éclairant les mécanismes humains qui mènent au pire ou, au contraire, permettent de résister.
La journée s’articulera autour de deux tables rondes animées par l’anthropologue des religions Alain Cabras. La seconde réunira Delphine Horvilleur, rabbin et auteure, et Laurent Berger, autour d’un dialogue entre engagement spirituel, responsabilité sociale et mémoire.
En point d’orgue, Renaud Capuçon au violon, Paul Zientara à l’alto et Krzysztof Michalski au violoncelle interpréteront les Variations Goldberg de Bach ainsi que l’Hymne des Milles, œuvre écrite en 1939 à l’intérieur même du camp par Max Schlesinger, musicien et poète interné.
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Festival de Pâques
Du 28 mars au 12 avril
Aix-en-Provence
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