jeudi 8 janvier 2026
No menu items!
Cliquez sur l'image pour vous abonnerspot_img
AccueilCritiquesFeydeau, la tête dans le sable

Feydeau, la tête dans le sable

Pour bien clôturer l’année 2025, La Criée accueillait la dernière création de Stanislas Nordey : L’Hôtel du Libre-échange de Feydeau, mis en scène à rebours des conventions du vaudeville

M. Pinglet, mécontent en mariage, fait des avances à la femme de son ami, Mme Paillardon, qui se sent également délaissée par son mari. Ensemble, ils décident de se rendre dans un hôtel de passe pour y avoir une liaison. Mais malheur ! Ils y croisent M. Paillardon, son neveu, une domestique, un ami bavard et ses quatre filles… L’Hôtel du Libre-Échange est un Feydeau des plus classiques, avec ses personnages et ses enjeux d’un autre temps. On peut alors se demander ce qu’y trouve Stanislas Nordey, plus connu pour son travail sur des textes contemporains. « Feydeau inventait des machines, ce sont le démontage et lassemblage de ces mécanismes qui mintéressent », écrivait-il en 2004 à propos de sa mise en scène de La Puce à l’oreille. Vingt plus tard, son approche semble inchangée. 

Son Feydeau tient de l’exercice formel : sans altérer le texte, ni chercher à en moderniser le sens, il en décale l’interprétation. À rebours des conventions, cet Hôtel du Libre-Échange est porté davantage sur le texte que sur les péripéties. Ce parti pris a un impact évident sur le rythme, bien moins enlevé qu’il n’est d’usage. Mais cela est contre-balancé par les ingénieux choix formels de Nordey. La sobriété du décor – peu de meubles, des murs blancs couverts d’indications de Feydeau – et le jeu brillamment incohérent des comédien·nes, dont aucun·e ne semble jouer dans la même pièce, renforce sans lourdeur l’absurde de la situation. Cyril Bothorel (Pinglet), est particulièrement marquant avec son jeu sur-expressif qui rappelle le personnage de dessin animé La Linea. L’hilarante Anaïs Muller propose pour Victoire (domestique du couple Pinglet) une interprétation si cérémonieuse qu’elle en devient intimidante – renversant les rapports de pouvoir jamais remis en question par Feydeau.

Autruches de la farce

L’absurdité de cette version repose également sur son humour au premier degré très assumé, en particulier au cours du deuxième acte, qui se déroule dans le fameux Hôtel du Libre-Échange, où se retrouvent accidentellement la majorité des personnages. Tous sont vêtus du même accoutrement, une grosse robe en plume qui laisse leurs jambes nues, leur donnant l’air de grosses autruches. Et si l’analogie n’était pas assez claire, Nordey décide à plusieurs moments de projeter la photo d’une autruche en fond de scène, suggérant que peut-être les quiproquos qui se succèdent tiennent en partie du refus de la part de ces drôles d’oiseaux de voir l’évidence. 

CHLOÉ MACAIRE 

L’Hôtel du Libre-Échange a été donné du 17 au 19 décembre à La Criée, théâtre national de Marseille.

Retrouvez nos articles On y était ici

ARTICLES PROCHES
Participez à l'indépendance de la presse

Don Pasquale prend l’air du temps

Deux représentations de l’opéra Don Pasquale, écrit par Donizetti, ont été données au Zénith de Toulon pendant les Fêtes, en programmation hors les murs...

Cette autre chose… 

Depuis près de 45 ans, Bruno Meyssat expérimente, au sein des Théâtres du Shaman qu’il a créés, une forme de théâtre singulière, fait d’écriture...