Dans son exploration du thème de l’oubli, la Biennale des écritures du réel s’intéresse notamment à l’effacement volontaire de certains événements des mémoires collectives. La France, Empire, seul en scène didactique et autobiographique de Nicolas Lambert s’inscrit on ne peut plus parfaitement dans cet axe de réflexion.
Nicolas Lambert grandit dans une Picardie encore très marquée par le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. Sur le monument aux mort, beaucoup de noms d’hommes de sa famille. Un autre monument est dédié aux morts d’Indochine, ce qui intrigue le jeune Nicolas qui ne trouve pas ce pays sur le globe terrestre.
Il vit avenue Charles-de-Gaulle, en est très fier car il admire « l’homme du 18 juin » comme l’appelle sa grand-mère. Son grand-père lui chante La casquette du père Bugeaud. « J’aimais bien, mais je ne savais pas qui c’était Bugeaud », ce général qui regroupait des Algérien·nes dans des grottes pour les enfumer. À l’école, on ne parle pas de la colonisation, et peu des « événements d’Algérie ».
En replongeant dans ces souvenirs, le comédien rend compte de l’ampleur du tabou colonial, et de la manière dont celui-ci a façonné notre roman national. Il raconte aussi comment il a découvert les horreurs de la colonisation au Sénégal, lors d’une tournée internationale. « Il ne sait pas qu’il nous a massacrés » se sont moqués ses amis sénégalais, avant de lui expliquer le sort des tirailleurs africains, volontairement gommés des récits de la Libération, puis fusillés pour avoir réclamé leur solde. Combien de morts ? « Quand on aime pas, on ne compte pas ».
Des mots pour bien décrire
Il raconte tout cela d’un air de conférencier un peu distrait, se laisse aller à des tangentes autobiographiques un peu superflues, imite Charles de Gaulle, Sarkozy et son discours de Dakar, une Marianne en thérapie… et le grammairien et star de la télévision Maître Capello. Ce dernier est le plus récurrent, accompagnant le récit d’importantes précisions lexicales qui rappellent que dans l’écriture du roman national, le choix des mots est primordial.
Ces tangentes et imitations créent un rythme assez inégal et rendent parfois la pièce difficilement lisible, mais n’empêchent cependant pas de saisir les informations importantes, rarement restituées de manière aussi dense. Car si les exactions coloniales sont de plus en plus reconnues et décriées, elles restent encore majoritairement minimisées, marginalisées alors qu’elles faisaient système, et certaines sont complètement passée sous silence, comme l’illustre Lambert lorsqu’il dit « Je ne savais pas qu’il y avait une guerre au Cameroun quand j’étais petit ».
CHLOÉ MACAIRE
Le spectacle a été donné dans le cadre de la Biennale des écritures du réel le 2 avril aux Archives départementales, Marseille.
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