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Jean-Marc Coppola  : Marseille, ville de cinéma ? 

Rétrocession du cinéma Le César, nouveaux lieux partagés, formation, éducation à l’image, tournages… Jean-Marc Coppola, adjoint au maire de Marseille en charge de la Culture, détaille les axes et les équilibres de la politique municipale pour le cinéma

Zébuline. Le César vient de faire l’objet d’un vote au dernier Conseil municipal. Que recouvre cette décision ?

Jean-Marc Coppola. Le Conseil municipal a adopté une délibération permettant la rétrocession du cinéma Le César à un porteur de projet. Pour rappel, Le César est un cinéma historique, inauguré en 1938 par Marcel Pagnol. En 2023, lors de la liquidation judiciaire, la Ville a préempté le fonds de commerce : sans cela, le lieu aurait changé de destination, les propriétaires étant en discussion avec une enseigne de restauration.

Nous avons ensuite lancé un appel à manifestation d’intérêt. Six candidatures ont été déposées, trois auditionnées, et nous avons retenu le projet le plus en adéquation avec notre cahier des charges : préserver un cinéma, mais en l’inscrivant dans une logique de pluridisciplinarité, car un cinéma seul n’était pas économiquement viable dans ce contexte de concurrence.

Le projet retenu est porté par des sociétés expérimentées : le Lucernaire, qui gère un lieu à Paris depuis quarante ans, et le Théâtre des Criques à Marseille. Il prévoit deux salles de cinéma, une salle de 200 places modulable pour le théâtre et le cinéma, une librairie et un espace de convivialité. Le bail est rétrocédé pour 29 000 €, les porteurs assurant l’investissement et environ 18 mois de travaux.

Vous insistez sur le mélange des pratiques artistiques. Pourquoi est-ce un fil conducteur ?

Parce que c’est la réalité du travail artistique aujourd’hui. Les comédiennes et comédiens passent du théâtre au cinéma, parfois à la musique ou à l’image. Cette porosité est une richesse.

On le voit à la Friche la Belle de Mai, qui accueille plus de 70 structures : avec l’arrivée de La CinéFabrique, future école nationale de cinéma, à proximité de l’Eracm, il y aura des interactions évidentes entre formation au jeu, à la mise en scène et à l’image.

C’est la même logique à La Plateforme à Bougainville [l’ancien Dock des Suds, ndlr], où cohabiteront une école du numérique gratuite, l’antenne de la Cinémathèque française, une salle de cinéma gérée par William Benedetto (L’Alhambra), et à terme le Nomade Café. Ces lieux partagés créent une émulation qu’on ne peut pas décréter, mais qu’on peut rendre possible.

Le site de La Plateforme actuellement en travaux doit accueillir l’antenne de la Cinémathèque Française à Marseille (photo maquette) © Encore heureux

L’éducation à l’image demeure comme un enjeu central. Comment la Ville s’y engage-t-elle ?

L’éducation artistique et culturelle est une priorité dès le plus jeune âge, et l’éducation à l’image en fait partie. Le Centre national du cinéma (CNC) y est très attaché, et nous aussi. Marseille dispose aujourd’hui d’un écosystème dense : La CinéFabrique, les Ateliers de l’Image et du Son, l’Ina, les formations universitaires comme la Satis à Aubagne, sans oublier les classes préparatoires. Cela permet à des jeunes de se former ici, sans devoir partir ailleurs.

La future antenne de la Cinémathèque française, qui ouvrira à La Plateforme, aura trois missions : diffusion de films, actions pédagogiques et expositions. L’objectif est clair : une antenne ancrée à Marseille, avec ses spécificités, et non un simple copier-coller de Paris.

Marseille est aussi devenue un territoire très attractif pour les tournages. Comment l’expliquez-vous ?

La Ville n’a pas de compétence sur la production cinématographique : cela relève du CNC et de la Région. En revanche, elle joue un rôle clé dans l’accueil des tournages via la mission cinéma : autorisations, logistique, accompagnement.

Les retours sont excellents. Marseille est aujourd’hui saluée pour la qualité de son accueil. Les tournages génèrent environ 90 millions d’euros de retombées économiques, dont près de 30 millions réinjectés dans l’emploi local.

Les équipes apprécient aussi les conditions de travail : proximité des lieux, qualité des techniciennes et techniciens sur place, ambiance générale. Certains projets ont refusé des propositions plus avantageuses ailleurs pour rester ici. Cela montre que le cinéma à Marseille n’est pas seulement une question d’attractivité économique, mais aussi de projet culturel.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

Le cinéma à Marseille en chiffres (source CNC/2024)
- 13 établissements
- 72 écrans 
- 1 fauteuil pour 77 habitants (c’est 59 en France). La deuxième commune de France est ainsi 88e au classement des 122 communes de plus de 50 000 habitants équipées de salles de cinéma
- Prix moyen du ticket : 8,86 euros 
- 2,33 millions d’entrées
- 2,66 entrées par habitant
- Seulement quatre cinémas (30,8 % du parc marseillais) et 10 écrans (13,9 % du parc marseillais) sont classés Art et Essai en 2024. Sur l’ensemble du territoire, le parc Art et essai représente 62,8 % des établissements et 45,0 % des écrans

Retrouvez nos articles Politique culturelle ici

Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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