Misa Fujisawa (Mone Kamishiraishi) et Takatoshi Yamazoe ( Hokuto Matsumura) se rencontrent dans une petite entreprise familiale Kurita Science qui conçoit et fabrique microscopes et télescopes pour enfants. Tous deux ont été licenciés par leurs employeurs précédents et sont éloignés de leur famille et amis. Tous deux souffrent d’une pathologie qui, dans la société policée du Japon, leur rend la vie difficile. C’est Le SPM (syndrome pré menstruel) pour Fujisawa qui ne contrôle plus ni son corps ni ses émotions une fois par mois avant ses règles. La jeune femme gentille, attentionnée, douce, discrète, devient alors une furie agressive et violente. C’est le trouble panique pour Yamazoe qui ne peut prendre un transport en commun se rendre au restaurant ou chez le coiffeur sans se paralyser, suffoquer, et se prostrer. Certes leurs proches cherchent à prendre soin d’eux. La mère de Fujisawa lui envoie des colis, et lui tricote des moufles. La fiancée de Yamazoe l’accompagne chez le psychiatre. Mais ils demeurent seuls face à leur maladie et leur découragement. Peu à peu les deux jeunes gens vont se reconnaître, se rapprocher et s’épauler.
La caméra va de l’un à l’autre, puis les réunit sur leur projet commun de planétarium itinérant, on fait une échappée vers la mère malade de Fujisawa, on suit les efforts de Yamazoe pour réintégrer son ancien job, on comprend le deuil inconsolable du directeur de Kurita Science. Pourquoi cette fabrique de jouets co-fondée par son frère défunt a une âme, et pourquoi on y est si bienveillant. Des lycéens réalisent un reportage télévisuel sur son fonctionnement, ajoutant un regard – une focale.
De loin, de près
La terre tremble un peu. Les voix intérieures des personnages racontent, commentent. Le thème musical revient en ponctuation lancinante. Les saisons passent. La nouvelle année se fête et on exprime des vœux. Comme dans La Beauté du geste (https://journalzebuline.fr/sur-le-ring-de-tokyo) le quotidien se décline en petits riens ; le réalisateur refuse le spectaculaire. Plans fixes. Dialogues a minima.
Dans cet univers, il n’existe rien qui ne change pas, dit Fujisawa.
La nuit urbaine, piquetée de milliers de lumières électriques, la ville diurne striée de réseaux et de fils suspendus– en plans de coupe récurrents, s’opposent aux lieux resserrés de l’action. Les bureaux, les appartements exigus de chacun, la table d’un restaurant, le cabinet médical, ou le cercle de parole.
Un dialogue constant s’établit entre l’individu et la société, le particulier et le collectif, l’intériorité et l’apparence, l’infiniment petit et l’infiniment grand. Comme synthèse et symbole, un planétarium itinérant créé par les protagonistes figurera le cosmos illimité dans le lieu circonscrit d’une tente sphérique.
Pour le réalisateur, il s’agit d’amener ses personnages jusqu’à l’aube. C’est à dire un point où l’espoir est encore permis.
ELISE PADOVANI
Jusqu’à l’aube de Shô Miyake
Titre original : Yoake no Subete
Sortie : 14 janvier 2026




